LA COMMUNICATION THERAPEUTIQUE (HYPNOTIQUE)

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Soigner, c’est communiquer

Tout d’abord, la communication est à la base de la situation de soins et  de la relation soignant/soigné. Il est nécessaire d’adopter une communication efficace et chaleureuse pour accompagner, faciliter et faire accepter les soins, motiver le patient à évoluer vers un mieux-être.

Jusque-là sont enseignées la communication bienveillante, l’empathie. C’est aujourd’hui insuffisant au regard des connaissances sur l’hypnose et le cerveau.

C’est par ces mots que je terminais mon précédent article. Dans celui-ci, comme promis, je vais donc approfondir la communication thérapeutique ou hypnotique.

Quelques rappels

Comme nous l’avons vu la dernière fois, l’hypnose est un état, un mode de fonctionnement psychologique par lequel un individu en relation avec un praticien expérimente un champ de conscience élargi. L’hypnose fait en effet intervenir un état de conscience modifié, l’état hypnotique (transe)  et une relation singulière à l’autre, la relation hypnotique.

L’état hypnotique est un modèle mental physiologique et banal de la vie de tous les jours, lorsque se produit ce qu’on appelle la transe spontanée. Dans cette transe spontanée,  l’attention échappe au quotidien et l’individu réalise des actes de la vie quotidienne de façon quasi automatique. L’attention se focalise sur la pensée intérieure, un point précis (réalité intérieure ou extérieure) est comme passé au microscope pour mieux le percevoir. Un changement de résolution est alors possible favorisant un état émotionnel plus favorable. La transe spontanée permet de décompresser, se ressourcer mentalement et physiquement, rétablir une unité entre corps et esprit.

 La transe est favorisée dans plusieurs situations. Comme nous venons de le voir, elle peut se produire spontanément lors d’une focalisation de l’attention (autoroute, cours, ennui…) , lors d’une situation de choc ou de stress dans laquelle les capacités de réaction dépassées, lors d’une saturation de la conscience (surinformation +++, confusion…), lors d’une réaction à l’autorité dans un groupe (adhésion aux pensées d’un leader), et dans l’état amoureux (idéalisation de l’autre).               

La transe peut être déclenchée artificiellement  par un thérapeute (transe provoquée) ou par soi-même, par sa propre nécessité (auto-hypnose).

La transe est fréquente dans les établissements de santé. En effet, les patients y sont confrontés à l’ennui, aux situations de choc et de stress du fait de la pathologie, de  l’hospitalisation et des soins, mais aussi à la surinformation.

Un substratum anatomique particulier pourrait expliquer en théorie l’efficacité du langage hypnotique. Les travaux de Sperry sur les connexions entre hémisphères cérébraux, ont mis en évidence que les 2 hémisphères (droit et gauche) sont naturellement reliés par le corps calleux, mais qu’ils sont séparés au niveau du fonctionnement avec des rôles très différents. Ils traitent l’information de manière différente en ce qui concerne la perception du langage et de l’espace, la reconnaissance des visages, les jugements de valeur, le raisonnement et l’affectivité.

Ils ont des capacités différentes :

  • Le cerveau gauche (qui correspond à l’hémisphère gauche chez le droitier)
    • produit le raisonnement et le langage scientifique parlé
    • utilise les mots, la phonétique
    • est précis, logique et    analytique
  • le cerveau droit (hémisphère droit chez le droitier)
    • produit les émotions et les     métaphores 
    • utilise les images, les gestalts (formes) 
    • est affirmatif et intemporel (il ne peut exprimer la négation et la temporalité).

Ces deux cerveaux correspondent à deux modèles mentaux différents. Les travaux de Sperry ont amené à formuler l’hypothèse d’une conscience propre à chaque hémisphère : le conscient pour le cerveau gauche, l’inconscient pour le cerveau droit. Si on compare la conscience des hémisphères à un iceberg, le conscient correspond au sommet de l’iceberg (10%), l’inconscient à la partie immergée (90%).

L’état hypnotique (qu’il s’agisse d’une transe spontanée ou provoquée) a pour conséquences :

–          la saturation des fonctions réflexives (cerveau gauche occupé)   et il n’y a donc plus d’analyse de la situation extérieure avec les modes de raisonnement habituels (absence de jugement, de contrôle, de censure)

–          un cerveau droit non protégé et donc

o   une hypersuggestibilité (sensibilité +++ à toute communication verbale, non  verbale et paraverbale)

o   un imaginaire qui prend le pas sur la réalité avec une hypermémorisation des évènements de la séance d’hypnose ou du parcours de soin (et en particulier les      évènements indésirables).

Si le patient est en état hypnotique (transe) et si le langage n’est pas adapté au cerveau droit, les risques sont d’insécuriser le patient et de générer différents symptômes (froid, douleur, anxiété,…).

La communication hypnotique

Selon le SFAR en 2009, « … la communication hypnotique est l’application d’une technique relationnelle, qui cherche à séparer le patient de la réalité environnante, pour l’immerger dans un changement suggéré à l’imagination afin de procurer, dans le cadre de l’anesthésie, une analgésie ou une anxiolyse ».  

Le langage

Il s’agit de parler le langage du cerveau droit : pas de négation, des images positives, le présent.

En effet, le cerveau droit n’entend pas la négation… Les suggestions doivent donc être à la forme affirmative. Il est donc inapproprié de dire : « Ne pensez pas à un éléphant rose… », ou bien «ne vous inquiétez pas… », « n’ayez pas peur… »

Le cerveau droit est un cerveau image, il lui faut donc des suggestions  positives pour des images positives.

Le choix des mots est capital, la preuve par l’étude clinique : Anesthésie locale avant péridurale, chez des femmes enceintes avec 2 formules,

–          groupe 1 : « Vous pouvez maintenant sentir une douleur et une sensation de brûlure à l’arrière, comme si vous vous étiez fait piquer par une abeille, c’est la pire partie de l’ensemble de la procédure ».

–          groupe 2 : « Nous allons vous donner un anesthésie locale, ce qui endort la zone où nous réaliserons l’anesthésie péridurale afin que cela soit agréable pour vous »

La sensation de douleur moyenne pour le groupe 1 a été de 5/11 contre 3/11 pour le groupe 2. L’explication des complications possibles et les attentes négatives des patients augmentent l’incidence des effets indésirables.

IL FAUT DONC SUPPRIMER UN GRAND CLASSIQUE : LE FAMEUX « ATTENTION, JE VOUS PIQUE ».

Attention au questionnement qui peut orienter vers des images négatives !

Il faut projeter positivement au-delà de ce qui fait peur… (Utiliser le présent)

 

 

Il faut faire vivre l’expérience positive au présent (le cerveau droit est intemporel).

La position et la posture

Des attitudes positives génèrent des images positives. La position relationnelle est donc importante.

Une position haute signifie domination, savoir. C’est la position de celui qui «décide», la position du chef, du soignant en général.

A l’opposé, la position basse correspond à ne pas savoir, ne pas comprendre, ne pas discuter ce qui est dit. C’est la position de celui qui «obéit», la position du patient en général.

Il convient donc de privilégier la position intermédiaire  (complémentaire) qui permet un échange relationnel entre 2 personnes.

La position relationnelle est importante,  la preuve par l’étude clinique…
En service d’urgences les patients sous-estiment le temps passé par les médecins et les étudiants en médecine à leurs côtés s’ils restent debout. Ils surestiment le temps passé par les médecins et les étudiants en médecine à leurs côtés s’ils s’assoient.

Parlons maintenant de proxémie. Pour mémoire, la proxémie est la distance relationnelle physique    entre personnes en interaction. Elle est variable selon la culture (loin dans les pays nordiques et au Japon, proche dans les pays latins, au contact dans les pays africains) et aussi selon la personne.

Le patient se sent à l’aise, s’il y a bonne distance !!!

Quant à la posture, elle traduit l’état émotionnel.

L’habillement a lui aussi un impact :en témoigne le fameux effet « blouse blanche », bien connu.

Pour conclure, la communication thérapeutique, lorsque tous ces conseils sont bien appliqués, est un puissant outil thérapeutique. Elle peut être utilisé par nous tous soignants en respectant bien les quelques principes énoncés dans cet article : pas de négation, des images positives, le présent, mais aussi bien d’autres éléments de communication à développer…

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