En bref
- Croyances et valeurs : ce qui compte pour la personne, pratiques religieuses ou philosophiques, souhaits sur les soins, personne de confiance, directives anticipées.
- S’occuper : métier ou anciens rôles, responsabilités familiales, sentiment d’utilité, projets, retentissement de l’hospitalisation.
- Se recréer : loisirs, ce qui fait plaisir, liens sociaux, ennui.
- Apprendre : ce que la personne sait de sa situation, ses questions, son souhait et sa capacité d’apprendre, freins (langue, fatigue, anxiété, troubles cognitifs).
- Ces besoins sont souvent laissés vides : quelques questions ouvertes suffisent à les documenter.
Ce cinquième volet clôt le parcours des quatorze besoins de Virginia Henderson. Les quatre besoins réunis ici sont parfois qualifiés de psychosociaux. Ils font partie du recueil infirmier et s’articulent souvent avec d’autres professionnels que vous signalez (assistant de service social, psychologue, aumônerie).
La méthode reste la même, mais l’outil principal est l’entretien. Une ou deux questions ouvertes par besoin, puis vous notez les mots de la personne, la source et ce qui reste à explorer. Un besoin renseigné par « rien à signaler » sans qu’aucune question ait été posée n’a aucune valeur.
Agir selon ses croyances et ses valeurs
À recueillir : ce que la personne dit important pour elle, appartenance religieuse ou philosophique et pratiques qui en découlent (prière, alimentation, jours particuliers, rites), objets ou signes présents, refus ou demandes concernant certains soins, existence de directives anticipées, personne de confiance désignée, façon dont la personne veut être informée et décider.
À demander : « Y a-t-il des choses importantes pour vous que l’équipe devrait connaître ? Avez-vous des pratiques à respecter pendant votre séjour ? Comment souhaitez-vous être informé des décisions ? Avez-vous désigné une personne de confiance ? »
Points sensibles : refus de soin lié à une conviction, écart entre la demande de la personne et la prescription, absence de personne de confiance chez une personne isolée et fragile. Ces points se transmettent et se discutent en équipe, sans jugement.
Exemple : M. S. demande des repas sans porc et un temps calme le matin pour prier. Le recueil note ces demandes concrètes pour que l’organisation en tienne compte. Il ne commente pas la croyance, il facilite le soin.
S’occuper en vue de se réaliser
À recueillir : profession actuelle ou passée, statut (en activité, retraité, sans emploi, étudiant), rôles familiaux (parent, aidant d’un proche, grand-parent), responsabilités en cours qui inquiètent (animal, logement, travail), sentiment d’être utile, projets à court terme, effet de l’hospitalisation sur tout cela.
À demander : « Que faites-vous dans la vie, ou que faisiez-vous ? Avez-vous des personnes ou des choses à charge en ce moment ? Qu’est-ce qui vous manque le plus ici ? Qu’attendez-vous des prochaines semaines ? »
Points sensibles : personne qui s’occupe seule d’un proche dépendant resté à domicile, perte d’emploi redoutée, sentiment d’inutilité marqué.
Exemple : Mme V. répète qu’elle « doit rentrer, personne ne s’occupe de sa sœur en situation de handicap ». Le recueil note cette responsabilité : elle pèse sur l’anxiété et sur l’organisation de la sortie.
Se recréer
À recueillir : loisirs habituels, activités qui procurent du plaisir, lecture, télévision, radio, musique, sorties, visites, animaux, ce que la personne fait de ses journées ici, signes d’ennui ou de repli.
À demander : « Comment occupez-vous vos journées d’habitude ? Qu’est-ce qui vous détend ? Recevez-vous des visites ? Quelque chose vous aiderait-il à passer le temps ? »
Points sensibles : ennui massif, journées entières sans activité ni visite, renoncement à des activités par peur ou par douleur.
Exemple : M. L. reste assis sans rien faire et dit que « les journées sont longues ». En cherchant, l’étudiant apprend qu’il écoutait la radio tous les jours. Une radio prêtée change son quotidien, et le recueil rend cette information disponible pour l’équipe.
Apprendre
À recueillir : ce que la personne comprend de sa maladie, de son traitement et des surveillances, ses questions, les erreurs de compréhension repérées, son souhait d’en savoir plus, sa capacité à apprendre (attention, mémoire, fatigue, langue, anxiété), les besoins d’éducation identifiés (injection, régime, dispositif), ce qui a déjà été expliqué et par qui.
À demander : « Que vous a-t-on expliqué sur votre situation ? Qu’avez-vous retenu ? Qu’est-ce qui n’est pas clair ? Souhaitez-vous qu’on reprenne certains points ? Préférez-vous un schéma, un écrit ? »
Points sensibles : personne qui doit gérer un traitement à risque sans l’avoir compris, croyance erronée qui expose à un danger, sortie prévue sans éducation faite.
Exemple : Mme C. pense pouvoir arrêter son anticoagulant « quand elle se sentira mieux ». Le recueil note cette phrase précise : elle signale un besoin d’éducation prioritaire avant la sortie.
Assembler le recueil des quatorze besoins
Une fois les quatorze besoins parcourus, ne rendez pas quatorze paragraphes juxtaposés. Reprenez l’ensemble et dégagez une synthèse courte : quels besoins sont satisfaits et n’appellent rien de particulier, lesquels sont non satisfaits, lesquels sont à surveiller. Regroupez ce qui va ensemble, par exemple une alimentation réduite, une bouche sèche et une fatigue. Nommez les ressources de la personne autant que ses difficultés. Terminez par les données encore manquantes et par les priorités du moment, à valider avec le tuteur.
- Chaque besoin porte une phrase de conclusion, pas seulement une liste de constats.
- Le fonctionnement habituel est comparé à la situation actuelle.
- Les données sont datées et leur source est identifiable.
- Les ressources apparaissent à côté des difficultés.
- Les besoins liés entre eux sont regroupés.
- Les informations manquantes sont signalées, pas comblées.
- Les priorités sont proposées et soumises au tuteur.
Cette synthèse par besoin n’est pas encore une analyse. Elle prépare l’étape suivante, où l’on met les données en relation et où l’on formule des hypothèses de problème.
Questions fréquentes
Peut-on laisser un besoin vide s’il n’y a « rien à signaler » ?
Écrivez plutôt une phrase courte disant ce qui a été vérifié et pourquoi le besoin paraît satisfait. Un blanc ne dit pas si la question a été posée.
Ces besoins psychosociaux relèvent-ils vraiment de l’infirmier ?
Oui, ils font partie du recueil infirmier. Certains points, sociaux, spirituels ou éducatifs, s’articulent avec d’autres professionnels que vous orientez et informez.
Comment aborder les croyances sans être intrusif ?
Une question ouverte suffit : « y a-t-il des choses importantes pour vous que nous devrions savoir ? ». La personne dit ce qu’elle souhaite partager, et vous notez ses demandes concrètes.
Le volet précédent portait sur éviter les dangers et communiquer. Vous pouvez maintenant reprendre la trame complète dans le recueil de données, puis passer à l’analyse des données et l’identification de la problématique.
