En bref
- Éviter les dangers : risque de chute, erreurs de traitement, allergies, compréhension des consignes, état cognitif, environnement, douleur, risque infectieux, idées noires.
- Communiquer : langue parlée, audition, vision, élocution, capacité à exprimer un besoin et à comprendre, entourage, isolement, moyens utilisés (écrit, pictogrammes, appareillage).
- Ces deux besoins sont liés : une personne qui comprend mal une consigne est plus exposée.
- Vérifiez la compréhension en faisant reformuler, ne vous contentez pas d’un « oui ».
- Signalez sans attendre une désorientation nouvelle, des propos suicidaires, une douleur non soulagée.
Ce volet poursuit le parcours des quatorze besoins de Virginia Henderson. Les deux besoins réunis ici sont dits transversaux parce qu’ils touchent presque toutes les situations de soin et qu’ils conditionnent la sécurité de la personne.
La méthode reste la même : observer les interactions et les repères, poser quelques questions ciblées, distinguer l’observé du rapporté, dater et sourcer. Ni la sécurité ni la communication ne se cochent : elles se décrivent avec des faits.
Éviter les dangers
À observer : repérage dans le temps et le lieu, cohérence des propos, mémoire immédiate, comportement (agitation, apathie), risque de chute (mobilité, traitements, hypotension, sol, chaussage, éclairage), barrières de lit et leur prescription, bracelet d’identité, allergies connues et leur nature, gestion des traitements à domicile, dispositifs invasifs et risque infectieux, douleur et son évaluation, signes de mal-être ou propos inquiétants, consommation d’alcool ou de tabac, sécurité du logement pour un retour.
À demander : « Savez-vous où vous êtes, quel jour on est ? Prenez-vous vos médicaments seul ? Comment vous y retrouvez-vous ? Avez-vous des allergies, à quoi, avec quelle réaction ? Vous sentez-vous en sécurité chez vous ? Avez-vous mal maintenant, combien sur dix ? »
Objectif ou subjectif : « ne cite pas l’année, cherche la porte des toilettes » est objectif. « Je me sens perdu ici » est subjectif. Une allergie rapportée se note avec la réaction décrite et reste à confirmer avec le dossier.
Signes d’alerte : désorientation d’apparition récente, chute, douleur intense non soulagée, propos suicidaires ou grande détresse, confusion avec fièvre, erreur de traitement repérée.
Exemple : M. G., hospitalisé la veille, se lève la nuit sans appeler, marche pieds nus et cherche la sortie. Le recueil décrit l’épisode, l’heure, le chaussage, l’éclairage et l’absence d’appel. Il ne colle pas l’étiquette « chuteur » : il donne les éléments qui permettront d’agir sur l’environnement et sur la surveillance.
Communiquer avec ses semblables
À observer : langue maîtrisée, besoin d’un interprète, audition (appareil, côté, lecture labiale), vision (lunettes, cataracte), élocution (troubles d’articulation, aphasie, trachéotomie), capacité à formuler une demande et à suivre une consigne simple, expression du visage, participation aux échanges, présence de visites, coordonnées d’un proche, accès au téléphone et à la sonnette.
À demander : « M’entendez-vous bien ? Portez-vous un appareil ? Avez-vous vos lunettes ? Dans quelle langue êtes-vous le plus à l’aise ? Qui pouvons-nous joindre ? Voyez-vous du monde en ce moment ? »
Objectif ou subjectif : « répond à côté des questions, cherche ses mots » est objectif. « Je n’ose pas déranger en sonnant » est subjectif, utile pour comprendre pourquoi la personne attend avant d’appeler.
Signes d’alerte : trouble brutal de la parole ou de la compréhension, isolement total sans aucun contact, personne qui ne comprend pas les consignes de sécurité, détresse qu’elle ne parvient pas à exprimer.
Exemple : Mme A. hoche la tête à chaque question mais ne réalise pas les consignes. En cherchant, l’étudiant s’aperçoit qu’elle a laissé son appareil auditif chez elle. Le recueil note cet obstacle concret, plus utile que « communication difficile ».
Deux besoins qui se renforcent
La sécurité dépend de la communication. Une personne qui n’entend pas la consigne « sonnez avant de vous lever », qui ne lit pas le français ou qui n’ose pas déranger prend plus de risques. À l’inverse, une désorientation rend la communication moins fiable : le « oui » poli ne prouve pas la compréhension. Recueillez donc ce que la personne a réellement compris, en lui faisant redire la consigne avec ses mots, et notez les moyens qui l’aident (écrit, pictogrammes, proche présent, appareil auditif remis en place).
Un tableau pour ces deux besoins
| Besoin | À observer (objectif) | À demander (subjectif) | Signes d’alerte |
|---|---|---|---|
| Éviter les dangers | Repérage temps-lieu, risque de chute, allergies, douleur, dispositifs | Gestion des traitements, sentiment de sécurité, intensité de la douleur | Désorientation récente, chute, douleur non soulagée, propos suicidaires |
| Communiquer | Langue, audition, vision, élocution, participation, entourage | Confort auditif, langue préférée, personnes à joindre, visites | Trouble brutal de la parole, isolement total, consignes non comprises |
Erreurs fréquentes sur ces besoins
- Écrire « patient orienté » sans avoir posé une seule question de repérage.
- Noter une allergie sans préciser la réaction, ou confondre allergie et intolérance.
- Prendre un hochement de tête pour une compréhension.
- Oublier les lunettes et l’appareil auditif dans le recueil.
- Taire un propos inquiétant faute de savoir le formuler : rapportez les mots employés et transmettez.
Questions fréquentes
Comment évaluer l’état cognitif sans test formel ?
Quelques questions de repérage dans le temps et le lieu, la cohérence du discours et la mémoire immédiate suffisent pour un recueil. Un test structuré relève d’une prescription ou d’un protocole de service.
Que faire d’un propos suicidaire entendu pendant le recueil ?
Le prendre au sérieux, le noter avec les mots exacts, ne pas rester seul avec l’information et le transmettre sans délai à l’infirmière et au médecin.
La barrière de lit protège-t-elle des chutes ?
Pas toujours. Elle peut aggraver une chute si la personne l’enjambe. Sa pose répond à une évaluation et à une prescription. Notez-la comme une donnée, pas comme une solution acquise.
Le volet précédent traitait se vêtir, la température et l’hygiène, et la méthode d’ensemble est rappelée dans le recueil de données. Le dernier volet aborde croyances, occupation, loisirs et apprentissage. La question des barrières de lit rejoint aussi les dimensions éthiques et juridiques du soin.
