En bref
- Se vêtir : capacité à choisir et à enfiler ses vêtements, gestes fins (boutons, fermetures), aide habituelle, tenue adaptée à la saison.
- Maintenir la température : température mesurée avec l’heure et la voie, frissons ou sueurs, sensation de chaud ou de froid, adaptation des couvertures et des vêtements.
- Être propre et téguments : autonomie pour la toilette, état de la peau et des muqueuses, points d’appui, plaies, ongles, cheveux, préférences et pudeur.
- Ces trois besoins se lisent surtout par l’observation pendant les soins, en expliquant ce que vous faites.
- Signalez toute rougeur persistante, plaie, fièvre ou température basse.
Ce volet continue le parcours des quatorze besoins de Virginia Henderson. Les trois besoins réunis ici se recueillent au fil d’un même temps de soin, sans multiplier les questions. Ce que la personne réalise seule, ce qu’elle délègue et l’état de sa peau sont des données précieuses pour la suite.
Gardez la même logique : d’abord l’observation directe pendant le lever et la toilette, ensuite une ou deux questions ciblées, enfin la date, la source et ce qui reste à vérifier. Un besoin n’est pas « non satisfait » parce que la personne est hospitalisée : c’est le détail de ce que vous constatez qui le dit.
Se vêtir et se dévêtir
À observer : choix des vêtements laissé à la personne ou fait par un tiers, capacité à enfiler le haut et le bas du corps, gestes fins (boutons, fermeture éclair, lacets), équilibre debout pendant l’habillage, adaptation à la saison et à la température de la pièce, membre douloureux ou perfusé qui gêne, vêtements personnels ou tenue de l’établissement.
À demander : « Vous habillez-vous seul d’habitude ? Qu’est-ce qui est difficile : les chaussettes, les boutons, passer un pull ? Quelqu’un vous aide-t-il le matin ? Préférez-vous vos vêtements ou une chemise d’hôpital ? »
Objectif ou subjectif : « enfile son gilet seul, renonce aux boutons » est objectif. « Je n’y arrive plus depuis mon accident vasculaire et ça m’agace » est subjectif. Le vécu de la perte compte pour le projet de soins.
Signes d’alerte : tenue inadaptée au froid chez une personne désorientée, incapacité nouvelle à s’habiller d’un côté du corps, refus de se vêtir associé à un repli.
Exemple : Mme D. met un pull d’été alors que la chambre est fraîche et dit « ne pas l’avoir remarqué ». Le recueil note le fait et la réponse, sans conclure à un trouble : il rapproche cette donnée du besoin « éviter les dangers » et de l’orientation dans le temps et l’espace.
Maintenir la température du corps
À observer : température avec l’heure, la voie de mesure (frontale, axillaire, tympanique) et le contexte, frissons, sueurs, extrémités froides, marbrures, rougeur du visage, nombre de couvertures, chauffage de la pièce, vêtements portés, prise d’un antipyrétique récente.
À demander : « Avez-vous chaud, froid ? Avez-vous eu des frissons, des sueurs cette nuit ? Vous sentez-vous fiévreux ? »
Objectif ou subjectif : « 38,7 °C en axillaire à 14 h, deux couvertures » est objectif. « Je suis gelé » est subjectif, à noter même si la température mesurée est normale.
Signes d’alerte : fièvre élevée avec confusion ou marbrures, température basse chez une personne âgée ou dénutrie, fièvre chez une personne fragile ou porteuse d’un dispositif invasif.
Exemple : M. F. a 35,4 °C au réveil, les extrémités froides, au retour d’une salle de surveillance. Le recueil note la valeur, l’heure, la voie et le contexte du retour de bloc, et prévoit un contrôle rapproché plutôt qu’une seule mesure.
Être propre, soigné et protéger ses téguments
À observer : ce que la personne fait seule pour la toilette (visage, haut, bas, dos, pieds), rasage, coiffage, soin de bouche, état de la peau (sécheresse, rougeurs, ecchymoses), points d’appui (sacrum, talons, hanches, coudes), plaies et pansements, œdèmes, état des ongles, odeur, propreté du linge, incontinence qui expose la peau.
À demander : « Comment vous lavez-vous chez vous : douche, lavabo, baignoire ? Avez-vous besoin d’aide pour le dos, les pieds ? Avez-vous la peau qui tiraille, des démangeaisons, une plaie qui traîne ? Préférez-vous un soignant homme ou femme ? »
Objectif ou subjectif : « rougeur au sacrum qui ne blanchit pas à la pression » est objectif. « Ça me gêne qu’on me lave » est subjectif, à respecter dans l’organisation du soin.
Signes d’alerte : rougeur persistante ou peau ouverte sur un point d’appui, plaie malodorante ou inflammatoire, mycose de la bouche qui gêne l’alimentation.
Exemple : pendant la toilette, l’étudiant voit une rougeur de 3 cm au talon droit qui reste marquée une minute après avoir soulevé le pied. Il la décrit précisément, avec sa taille et sa localisation, et la transmet le jour même : un stade de début se surveille sans délai.
Un tableau pour ces trois besoins
| Besoin | À observer (objectif) | À demander (subjectif) | Signes d’alerte |
|---|---|---|---|
| Se vêtir | Choix et enfilage des vêtements, gestes fins, aide, tenue adaptée | Habitude, gestes difficiles, vécu de la perte d’autonomie | Tenue inadaptée au froid, incapacité nouvelle d’un côté, refus avec repli |
| Température du corps | Valeur avec heure et voie, frissons, sueurs, extrémités, couvertures | Sensation de chaud ou de froid, frissons ou sueurs nocturnes | Fièvre avec confusion ou marbrures, hypothermie chez une personne fragile |
| Propre et téguments | Autonomie de toilette, peau, points d’appui, plaies, ongles, bouche | Habitudes de lavage, aide nécessaire, gêne cutanée, pudeur | Rougeur persistante, plaie inflammatoire, mycose gênant l’alimentation |
Erreurs fréquentes sur ces besoins
- Écrire « toilette faite » sans dire ce que la personne a réalisé elle-même.
- Noter une température sans l’heure ni la voie de mesure.
- Décrire une rougeur comme « escarre » : nommez ce que vous voyez, la qualification vient ensuite.
- Oublier de regarder les talons et le sacrum chez une personne alitée.
- Négliger la pudeur et les préférences, qui font partie du recueil.
Questions fréquentes
La toilette est un soin d’aide-soignant, pourquoi le recueil serait-il infirmier ?
L’observation est partagée et utile à tous. L’analyse de l’état cutané, l’évaluation du risque et la conduite à tenir relèvent du rôle infirmier. Transmettez des observations précises plutôt que des conclusions.
Faut-il une échelle de risque d’escarre pour le recueil ?
Certains services en utilisent une. Pour le recueil, une description des points d’appui et des facteurs (immobilité, dénutrition, incontinence) suffit à alerter. Suivez la consigne locale.
Comment recueillir sans transformer la toilette en questionnaire ?
Observez pendant le soin, posez une ou deux questions vraiment utiles, complétez plus tard. Le confort et l’intimité de la personne priment sur l’exhaustivité du moment.
Le volet précédent portait sur se mouvoir et dormir, et la méthode d’ensemble est rappelée dans le recueil de données. Le volet suivant aborde éviter les dangers et communiquer.
