En bref

  • Se mouvoir : autonomie réelle pour les transferts, la marche, l’équilibre ; aides techniques ; douleur au mouvement ; niveau habituel avant l’épisode.
  • Dormir : durée ressentie, réveils, horaires, rituels, cause des troubles (douleur, bruit, angoisse, mictions) ; retentissement en journée.
  • Comparez toujours avec le fonctionnement habituel de la personne, pas avec une norme générale.
  • Distinguez l’observé (« se lève seul en poussant sur les accoudoirs ») du rapporté (« je dors deux heures »).
  • Notez les risques liés : chute, escarre, confusion, épuisement de l’aidant.

Ce volet poursuit le parcours des quatorze besoins fondamentaux de Virginia Henderson. Après les fonctions vitales du premier volet, on aborde ici deux besoins qui décident souvent du projet de sortie : la capacité à se déplacer et la qualité du repos.

La méthode ne change pas. Vous observez et mesurez ce qui est visible, vous demandez à la personne ce qu’elle vit et ce qu’elle fait d’habitude, puis vous datez et vous sourcez. Pour ces deux besoins, la comparaison avec l’état de base compte plus que la norme : une marche avec déambulateur peut être le fonctionnement normal d’une personne depuis des années.

Se mouvoir et maintenir une bonne posture

À observer : transferts (lit vers fauteuil, assis vers debout), périmètre de marche, aide humaine ou technique (canne, déambulateur, fauteuil roulant), qualité de l’équilibre, chutes récentes et circonstances, douleur déclenchée par le mouvement, position au lit, capacité à se réinstaller seul, état cutané aux points d’appui, contention physique éventuelle et sa prescription.

À demander : « Comment vous déplacez-vous chez vous ? Sur quelle distance sans vous arrêter ? Utilisez-vous une canne, un cadre de marche ? Êtes-vous tombé récemment ? Avez-vous peur de tomber ? Qu’est-ce qui vous fait mal quand vous bougez ? »

Objectif ou subjectif : « marche 10 mètres avec déambulateur, pause pour reprendre son souffle » est objectif. « J’ai peur de tomber dans la salle de bain » est subjectif. La peur de tomber est une donnée à part entière : elle limite l’activité même quand la marche reste possible.

Signes d’alerte : chute avec impossibilité de se relever seul, déficit moteur d’apparition brutale, douleur intense au moindre mouvement, rougeur qui ne blanchit pas sur un point d’appui.

Exemple : Mme P., 84 ans, se levait seule avec une canne il y a une semaine. Depuis son entrée, elle a besoin de deux personnes et dit « ne plus oser ». Le recueil note l’écart avec l’habitude, l’aide actuelle et les mots de la personne. Cet écart oriente la suite mieux qu’un simple « mobilité réduite ».

Dormir et se reposer

À observer : heure du coucher et du lever dans le service, nombre et durée des périodes de sommeil constatées la nuit, siestes, somnolence en journée, traitement pour dormir, environnement (bruit, lumière, voisin de chambre), douleur nocturne, levers pour uriner.

À demander : « Combien d’heures dormez-vous d’habitude ? À quelle heure vous couchez-vous ? Vous réveillez-vous la nuit ? Pourquoi : douleur, angoisse, envie d’uriner, bruit ? Avez-vous un rituel avant de dormir ? Vous sentez-vous reposé au réveil ? Prenez-vous quelque chose pour dormir chez vous ? »

Objectif ou subjectif : « lumière allumée à 3 h, personne assise dans le lit » est objectif. « Je n’ai pas fermé l’œil » est subjectif, à noter tel quel même si l’observation de nuit dit autre chose. Le décalage se transmet, il ne se corrige pas.

Signes d’alerte : insomnie totale sur plusieurs nuits, inversion jour-nuit avec confusion, somnolence excessive nouvelle, endormissements pendant les repas.

Exemple : M. K. demande un somnifère « comme à la maison ». En cherchant, l’étudiant apprend qu’il ne prend rien chez lui, mais qu’il lit trente minutes avant de dormir, ce qui est impossible ici faute de lampe de chevet. Le recueil note l’habitude réelle et l’obstacle matériel, plus utile qu’une ligne « troubles du sommeil ».

Comment ces deux besoins s’influencent

Une personne qui dort mal bouge moins bien : réflexes ralentis, équilibre précaire, moins d’envie de se lever. À l’inverse, une immobilité forcée dans la journée réduit la fatigue physique et retarde l’endormissement. Notez donc les deux besoins ensemble quand ils sont liés, et précisez ce qui vient en premier selon la personne. Chez une personne âgée, ce cercle explique parfois une confusion de fin de journée sans qu’il faille chercher plus loin dans l’immédiat.

Un tableau pour ces deux besoins

BesoinÀ observer (objectif)À demander (subjectif)Signes d’alerte
Se mouvoirTransferts, périmètre de marche, aides, équilibre, points d’appuiFaçon de se déplacer chez soi, peur de tomber, douleur au mouvementChute sans relever possible, déficit brutal, rougeur persistante
Dormir et se reposerHoraires, périodes de sommeil observées, traitement, bruit, douleur nocturneDurée habituelle, cause des réveils, rituel, sensation au réveilInsomnie répétée, inversion jour-nuit avec confusion, somnolence nouvelle

Erreurs fréquentes sur ces besoins

  • Écrire « autonome » ou « grabataire » sans décrire un transfert précis.
  • Oublier de noter le niveau habituel avant l’hospitalisation.
  • Traiter la peur de tomber comme un détail alors qu’elle change le projet.
  • Écrire « a bien dormi » d’après un seul passage de nuit.
  • Ne pas relier une chute du soir à une nuit sans sommeil.

Questions fréquentes

Faut-il un score ou une échelle pour la mobilité ?

Les services utilisent parfois des grilles, mais pour un recueil, une description précise du transfert et du périmètre de marche suffit. Suivez la consigne du terrain et du formateur.

Comment noter le sommeil quand mes observations contredisent la personne ?

Notez les deux sans trancher. Le ressenti compte pour la personne, l’observation compte pour la surveillance. Le décalage lui-même est une information.

Ces besoins concernent-ils aussi l’aide-soignant ?

Oui pour l’observation et pour les soins de mobilisation et d’installation. L’analyse des conséquences et les décisions qui suivent relèvent du rôle infirmier. Dans un travail de formation, précisez depuis quel rôle vous raisonnez.

Le volet précédent couvrait respirer, boire et manger, éliminer. La méthode d’ensemble reste celle du recueil de données. Le volet suivant aborde se vêtir, la température du corps et l’hygiène.