En bref

  • Pour chaque besoin, séparez ce que vous mesurez ou voyez (donnée objective) de ce que la personne dit (donnée subjective).
  • Respirer : fréquence, effort, coloration, toux, oxygène si prescrit ; ressenti d’essoufflement et situations qui l’aggravent.
  • Boire et manger : apports réellement pris, poids, état de la bouche, aide nécessaire ; appétit, goûts, difficulté à avaler.
  • Éliminer : selles et urines (fréquence, aspect), dispositifs, changement récent ; gêne, douleur, habitudes.
  • Datez chaque donnée, nommez la source, signalez ce qui reste à vérifier.

Ce volet ouvre une série en cinq parties qui parcourt les quatorze besoins fondamentaux décrits par Virginia Henderson. L’ordre suivi est celui utilisé dans la plupart des instituts de formation. Si votre IFSI ou votre terrain de stage classe les besoins autrement, gardez leur trame : la méthode de recueil ne change pas.

Pour chaque besoin, procédez toujours dans le même sens. D’abord, observez et mesurez ce qui est visible : c’est la donnée objective. Ensuite, demandez à la personne ce qu’elle vit et ce qu’elle fait d’habitude : c’est la donnée subjective. Enfin, notez la date, la source et ce qui manque encore. Un besoin se dit « satisfait », « non satisfait » ou « à surveiller » seulement après ce tri, jamais par principe.

Respirer

À observer : fréquence respiratoire sur une minute, amplitude, régularité, bruit audible, tirage, position adoptée pour respirer, coloration des lèvres et des ongles, toux et aspect des crachats, oxygénothérapie en place et débit, saturation si elle est prescrite, tabac.

À demander : « Vous sentez-vous essoufflé ? Depuis quand ? Dans quelles situations : au repos, en parlant, à la marche, en montant un étage ? Dormez-vous à plat ou avec des oreillers ? Avez-vous l’impression que cela s’aggrave ? »

Objectif ou subjectif : une fréquence à 24 par minute est objective. « J’étouffe quand je m’allonge » est subjectif et se note entre guillemets. Les deux comptent, mais ne se mélangent pas.

Signes d’alerte : respiration très rapide ou très lente, tirage, cyanose, confusion d’apparition récente, phrases coupées par le souffle, désaturation sous oxygène. Ces éléments se transmettent sans attendre.

Exemple : M. R., 70 ans, est assis penché en avant, parle par courtes phrases et décrit un essoufflement « présent depuis deux jours, même sans bouger ». Le recueil note la position, le rythme des phrases et les mots de la personne. Il ne conclut pas encore à une cause : il rend l’aggravation visible pour l’équipe.

Boire et manger

À observer : ce qui est réellement consommé sur un repas et sur la journée, quantité de boisson, poids et sa variation, état de la bouche (sécheresse, mycose, prothèse, dents), capacité à porter les aliments à la bouche, fausses routes pendant le repas, texture servie, régime prescrit, perfusion ou nutrition en cours, aide humaine nécessaire.

À demander : « Avez-vous faim ? Qu’aimez-vous manger, que ne supportez-vous pas ? Avez-vous du mal à avaler, à mâcher ? Buvez-vous facilement dans la journée ? Avez-vous maigri récemment ? Qui prépare vos repas chez vous ? »

Objectif ou subjectif : « un quart du plateau mangé » et « bouche sèche observée » sont objectifs. « Je n’ai plus goût à rien » est subjectif. Une perte de poids annoncée par la personne reste à confirmer par une pesée.

Signes d’alerte : fausse route, refus alimentaire prolongé, langue sèche et pli cutané, perte de poids rapide, confusion chez une personne âgée qui boit peu.

Exemple : Mme T. laisse la moitié de ses repas depuis trois jours et dit « avaler de travers avec le pain ». Le recueil sépare la donnée observée (moitié du plateau, toux au pain) de la crainte exprimée. Il signale la fausse route à l’infirmière responsable et note que le poids n’a pas été repris depuis l’entrée.

Éliminer

À observer : fréquence et aspect des selles, date des dernières selles, fréquence des urines, aspect et odeur, continence ou fuites, sonde urinaire, stomie, protections, diurétiques, globe vésical palpé, diarrhée ou constipation en cours.

À demander : « Allez-vous à la selle comme d’habitude ? Depuis quand est-ce différent ? Avez-vous mal, des brûlures en urinant, des envies pressantes ? Vous levez-vous la nuit ? Utilisez-vous des laxatifs ? »

Objectif ou subjectif : « pas de selles depuis quatre jours » et « urines foncées » sont objectifs. « J’ai l’impression de ne jamais vider complètement » est subjectif. La comparaison avec les habitudes de la personne donne le sens.

Signes d’alerte : absence de selles avec ventre tendu et vomissements, absence d’urines sur douze heures, sang visible, douleur lombaire avec fièvre, diarrhée abondante chez une personne fragile.

Exemple : M. B. n’a pas uriné depuis le matin et se plaint d’une envie douloureuse. Le recueil note l’heure de la dernière miction, la douleur au-dessus du pubis et l’absence de globe visible à l’œil. Il transmet, car une rétention se surveille rapidement.

Un tableau pour ces trois besoins

BesoinÀ observer (objectif)À demander (subjectif)Signes d’alerte
RespirerFréquence, effort, coloration, toux, oxygèneEssoufflement, position pour dormir, aggravationTirage, cyanose, confusion récente, parole hachée
Boire et mangerApports réels, poids, bouche, fausses routes, aideAppétit, goûts, gêne pour avaler, amaigrissementFausse route, refus prolongé, signes de déshydratation
ÉliminerSelles et urines (fréquence, aspect), dispositifsChangement d’habitude, douleur, brûlures, enviesRétention, arrêt du transit avec vomissements, sang

Erreurs fréquentes sur ces besoins

  • Écrire « bon transit » ou « respiration normale » sans aucun chiffre ni comparaison avec l’habitude.
  • Noter « déshydraté » : c’est une interprétation. Décrivez la bouche sèche, le pli cutané, les apports réduits.
  • Recopier le régime du dossier sans vérifier ce qui est réellement mangé.
  • Oublier la date des dernières selles chez une personne alitée ou sous morphiniques.
  • Relever une saturation « par habitude » alors qu’elle se mesure sur prescription ou protocole.

Questions fréquentes

Faut-il mesurer la saturation pour tout le monde ?

Non. La mesure de la saturation répond à une prescription ou à un protocole de service. En son absence, décrivez l’effort respiratoire, la coloration et le ressenti, et signalez si une mesure vous paraît utile.

Comment renseigner un besoin quand la personne ne peut pas répondre ?

Appuyez-vous sur l’observation, le dossier, les proches et l’équipe, en nommant chaque source. Indiquez clairement que la donnée subjective manque et qu’elle sera recherchée dès que possible.

Ces trois besoins sont-ils toujours prioritaires ?

Ils touchent des fonctions vitales, donc une anomalie franche passe souvent en premier. Mais la priorité se décide sur la situation entière, pas sur l’ordre de la liste. Vérifiez ce point avec votre tuteur.

La méthode générale et le tableau des quatorze besoins sont détaillés dans le recueil de données, première étape du raisonnement clinique. Le volet suivant continue avec se mouvoir et dormir. Une fois les besoins parcourus, vous relierez ces informations dans l’analyse des données.