En bref

  • L’analyse commence quand le recueil est assez complet : on arrête de collecter, on met en relation.
  • Triez chaque donnée : attendue pour cette personne ou inhabituelle, en tenant compte de son état de base.
  • Regroupez les données qui vont ensemble et qui pourraient relever d’un même problème.
  • Repérez les informations manquantes et les contradictions avant de conclure.
  • Formulez plusieurs hypothèses, gardez celles que les données soutiennent, écartez les autres avec un argument.

Cette page décrit le premier temps de l’analyse, à l’intérieur de la démarche de soins. L’objectif est de passer d’une liste d’informations à des hypothèses de problème argumentées. Le second temps, formuler l’intitulé, fait l’objet d’une page distincte.

Ce travail n’est pas une analyse de situation ni une étude de cas : il vise à identifier des problèmes de santé à partir d’un recueil. Prenez le temps d’avoir des données fiables avant de raisonner, mais ne repoussez pas l’analyse en attendant une information parfaite.

Savoir quand passer du recueil à l’analyse

Le recueil n’est jamais « fini », mais il devient exploitable quand vous avez de quoi comprendre la situation présente : identité et contexte, état clinique, autonomie habituelle et actuelle, traitements, risques, ressources. Si des données essentielles manquent et bloquent le raisonnement, retournez les chercher. Si les manques sont secondaires, notez-les et commencez l’analyse. Attendre une information parfaite avant de réfléchir fait perdre du temps et retarde les priorités.

Trier : normal ou anormal pour cette personne

Reprenez chaque donnée et posez deux questions : est-ce dans les limites attendues, et est-ce habituel pour cette personne ? Une pression artérielle à 110/70 est banale en général, mais préoccupante chez quelqu’un qui vit à 160/90 et se sent mal depuis la baisse. Une marche avec déambulateur est « anormale » dans l’absolu et « normale » pour une personne qui fait ainsi depuis deux ans. Le point de comparaison est l’état de base de la personne, pas seulement la norme du manuel.

Classez alors les données en trois groupes : ce qui est normal et stable, ce qui est anormal, ce qui est incertain faute de repère. Le groupe « incertain » nourrit la liste des données à vérifier.

Regrouper les données qui vont ensemble

Une donnée isolée dit peu. Plusieurs données convergentes dessinent un problème. Rapprochez ce qui pourrait avoir un lien : par exemple des apports alimentaires réduits, une bouche sèche, des urines foncées, une sensation de fatigue et une pression artérielle basse au lever. Ce groupe oriente vers un problème d’hydratation et d’apports, à explorer. Un autre groupe, douleur à la mobilisation, appréhension à se lever, marche plus courte, chute récente, oriente vers un problème de mobilité et un risque de chute.

Un tableau simple aide à visualiser ces regroupements.

Données qui se regroupentPiste de problème à explorerÀ vérifier avant de conclure
Apports réduits, bouche sèche, urines foncées, fatigue, tension basse au leverDéficit d’hydratation et d’apportsPoids récent, bilan des entrées et sorties, ionogramme si prescrit
Douleur au mouvement, peur de tomber, périmètre de marche réduit, chute il y a trois joursAltération de la mobilité, risque de chuteCause de la chute, hypotension au lever, chaussage, environnement
Réveils multiples, douleur nocturne, somnolence le jour, irritabilitéSommeil non satisfaisant lié à la douleurHoraire et efficacité des antalgiques, bruit, angoisse

Repérer les manques et les contradictions

Avant de retenir une hypothèse, listez ce qui manque : une donnée jamais recueillie, une valeur trop ancienne, une réévaluation non faite. Notez aussi les contradictions : un traitement déclaré différent de l’ordonnance, une autonomie décrite par la personne plus haute que ce que l’équipe observe. Ces écarts ne se gomment pas, ils se signalent et se vérifient. Un recueil honnête montre ses trous, il ne les comble pas par supposition.

Formuler des hypothèses sans conclure trop vite

Pour chaque groupe de données, proposez plusieurs explications possibles. Fatigue et tension basse peuvent venir d’un manque d’apports, d’un effet de traitement, d’une infection, d’un trouble du rythme. Gardez les hypothèses que les données soutiennent, écartez les autres avec un argument court, et dites comment vous trancheriez (donnée à recueillir, avis à demander). Une seule hypothèse posée d’emblée comme certaine est le piège le plus fréquent : elle ferme le raisonnement et oriente mal la surveillance.

Exemple

Situation fictive : Mme N., 78 ans, entrée pour altération de l’état général. Données retenues : mange un quart de ses plateaux depuis cinq jours, a perdu 3 kg en deux semaines, bouche sèche, se dit « sans force », tension à 100/60 debout contre 125/75 couchée, marche accompagnée alors qu’elle sortait seule avant. Manques : ionogramme non prélevé, pas de bilan des boissons, humeur non explorée.

Analyse : deux groupes se dégagent. Premier groupe, apports et hydratation : apports bas, amaigrissement, bouche sèche, chute de tension au lever. Second groupe, mobilité : périmètre réduit, besoin d’accompagnement, écart avec l’habitude. Hypothèses pour le premier groupe : déficit d’apports et d’hydratation, effet d’un traitement, cause organique à l’amaigrissement. On ne tranche pas : on demande le ionogramme, un bilan des entrées et sorties, une pesée fiable, et on explore l’humeur et l’appétit. Conclure « elle est déprimée donc elle ne mange pas » serait prématuré.

Erreurs fréquentes

  • Continuer à recueillir pour éviter de trancher, alors que l’essentiel est là.
  • Comparer à la norme générale sans tenir compte de l’état de base de la personne.
  • Retenir une seule hypothèse puis chercher les données qui la confirment.
  • Regrouper des données sans lien réel juste pour « faire un problème ».
  • Effacer une contradiction au lieu de la signaler.

Questions fréquentes

Combien d’hypothèses faut-il garder ?

Assez pour ne pas s’enfermer, pas trop pour rester lisible. Deux ou trois hypothèses argumentées par groupe de données suffisent souvent, avec la façon de les départager.

Analyse des données et analyse de situation, est-ce pareil ?

Non. L’analyse des données fait partie de la démarche de soins et vise à identifier des problèmes. L’analyse de situation est un travail réflexif à partir d’un moment de stage. Voir la méthode d’analyse de situation.

Que faire si une donnée essentielle manque encore ?

Notez-la comme manquante, dites pourquoi elle compte et comment vous la rechercheriez. Une hypothèse peut rester ouverte en attendant, à condition de le préciser.

Cette étape suppose un recueil solide : revoyez au besoin le recueil de données et le dernier volet du recueil besoin par besoin. La suite, formuler l’intitulé des problèmes, transforme ces hypothèses en énoncés défendables.