En bref

  • Un problème s’énonce en reliant trois éléments : le problème lui-même, ses facteurs favorisants, les signes qui le montrent.
  • Distinguez trois natures : problème réel (présent), risque (menace probable, pas encore de signe), ressource (appui à mobiliser).
  • Un diagnostic infirmier relève du rôle propre ; un problème traité en collaboration se surveille et se traite avec le médecin ; le diagnostic médical n’est pas de votre ressort.
  • Un bon intitulé est vérifiable : on retrouve dans le recueil ce qui le justifie.
  • Le vocabulaire exact varie selon les IFSI : suivez la consigne de votre formateur.

Cette page décrit le second temps de l’analyse, dans la démarche de soins : passer d’une hypothèse retenue à un énoncé de problème. Elle prolonge le premier temps, consacré au tri, au regroupement et aux hypothèses.

Un intitulé de problème n’est pas un titre de chapitre. C’est une phrase de travail qui dit ce qui ne va pas, pourquoi, et comment on le voit. Sa qualité se mesure à une chose : peut-on la justifier ligne à ligne avec le recueil ?

La structure d’un énoncé de problème

Un intitulé complet répond à trois questions : quel est le problème, à quoi est-il lié, comment se manifeste-t-il ? On l’écrit souvent sous la forme : problème, « lié à » facteurs favorisants, « se manifestant par » signes et symptômes. Exemple : « Altération de la mobilité liée à une douleur du genou droit et à la peur de tomber, se manifestant par un périmètre de marche réduit à cinq mètres et le recours à deux aidants pour les transferts. »

Les trois parties se répondent. Les signes prouvent que le problème est présent. Les facteurs favorisants indiquent sur quoi agir. Un énoncé sans signes n’est pas vérifiable ; un énoncé sans facteurs n’oriente aucune action.

Trois natures : problème réel, risque, ressource

NatureCe qu’elle décritForme de l’énoncé
Problème réelUne difficulté présente, avec des signes observésProblème, lié à des facteurs, se manifestant par des signes
RisqueUne menace probable au vu de facteurs, sans signe encoreRisque de..., lié à des facteurs de risque (pas de « se manifestant par »)
RessourceUn appui : capacité, entourage, motivationFormulation positive, reliée à ce qui est constaté

Un risque ne s’invente pas : il s’appuie sur des facteurs présents dans le recueil (immobilité, dénutrition, incontinence pour un risque cutané). S’il y a déjà une rougeur qui ne blanchit pas, ce n’est plus un risque, c’est un problème réel.

Rôle propre, rôle en collaboration, diagnostic médical

Trois plans se distinguent sans se recouvrir. Le diagnostic infirmier décrit une réaction de la personne qu’une infirmière peut traiter dans son rôle propre : inconfort, difficulté d’autonomie, anxiété, risque cutané. Le problème traité en collaboration est une complication possible que l’infirmière surveille et prend en charge avec le médecin, sur prescription et protocole : par exemple le suivi d’un risque hémorragique sous anticoagulant. Le diagnostic médical nomme la maladie ; il n’est pas de la compétence infirmière.

Pour un travail d’étudiant, dites toujours depuis quel rôle vous raisonnez. Une même situation, une personne sous anticoagulant, peut donner un diagnostic infirmier (« connaissances insuffisantes sur le traitement, se manifestant par... ») et un problème en collaboration (« risque de saignement, surveillance de... »). Les deux coexistent.

Écrire un intitulé vérifiable

Relisez chaque énoncé avec le recueil à côté. Pour chaque mot du problème, des facteurs et des signes, vous devez pouvoir pointer la donnée correspondante, datée et sourcée. Si un élément n’a pas de donnée, retirez-le ou allez chercher l’information. Évitez les formules vagues (« mauvais état général », « patient fatigué ») et les étiquettes (« non compliant »). Restez descriptif et précis.

Exemple

Situation fictive : reprise du cas de Mme N. (voir la première partie). Données confirmées après vérification : apports à un quart des plateaux depuis sept jours, perte de 3 kg, bouche sèche, ionogramme montrant une natrémie basse, tension à 100/60 debout contre 125/75 couchée, dit « ne plus avoir faim » et « être triste de rester ici ».

Deux intitulés possibles :

  • Problème réel, rôle propre : « Déficit d’apports alimentaires et hydriques lié à une perte d’appétit et à une tristesse exprimée depuis l’hospitalisation, se manifestant par des apports réduits à un quart des repas, une perte de 3 kg, une bouche sèche et une baisse de tension au lever. »
  • Problème traité en collaboration : « Risque de troubles liés à une natrémie basse, surveillance clinique et biologique avec le médecin (conscience, tension, natrémie de contrôle). »

La ressource se note aussi : « Mme N. accepte l’aide au repas et reçoit la visite quotidienne de sa fille. » Ces trois énoncés se justifient ligne à ligne par le recueil. Le diagnostic médical de l’amaigrissement, lui, reste à la charge du médecin.

Erreurs fréquentes

  • Recopier un diagnostic médical et le présenter comme un problème infirmier.
  • Écrire un « risque de... » alors que les signes du problème sont déjà présents.
  • Oublier les facteurs favorisants, donc ne donner aucune prise à l’action.
  • Énoncer un problème qu’aucune donnée du recueil ne soutient.
  • Employer un vocabulaire de jugement au lieu d’une description.

Questions fréquentes

Faut-il utiliser une liste officielle de diagnostics infirmiers ?

Certains IFSI s’appuient sur une classification, d’autres non. Utilisez celle que votre formateur demande. Dans tous les cas, un intitulé clair et relié aux données vaut mieux qu’une étiquette plaquée.

Problématique du patient et intitulé de problème, quelle différence ?

La problématique est la question centrale de la situation. Les intitulés de problèmes sont les réponses structurées qui en découlent, une par difficulté ou par risque identifié.

Combien de problèmes faut-il énoncer ?

Ceux que les données soutiennent, hiérarchisés. Deux ou trois intitulés solides et priorisés valent mieux qu’une longue liste non justifiée. Validez la hiérarchie avec le tuteur.

Cette page prolonge le premier temps de l’analyse et suppose un recueil de données complet. Pour voir la démarche entière sur un cas, suivez l’étude de cas clinique guidée.