En bref

  • Le samādhi est l'absorption profonde décrite par le Yoga Sūtra ; on le traduit par « recueillement », « contemplation », « union » ou « état de pure conscience ».
  • C'est le huitième et dernier des membres du yoga (aṣṭāṅga), après la concentration et la méditation.
  • Concentration (dhāraṇā), méditation (dhyāna) et samādhi forment une continuité ; appliqués ensemble à un même objet, ils portent le nom de saṃyama.
  • Le texte distingue le samādhi « avec conscience d'objet » (samprajñāta) et « sans » (asamprajñāta).
  • Il s'agit d'une notion philosophique, sans équivalent clinique et non mesurable par un examen.

Dans le vocabulaire du yoga classique, samādhi est le terme qui désigne l'état d'absorption le plus abouti. Il revient dès le titre du premier chapitre du Yoga Sūtra, le Samādhi-pāda. Beaucoup de traductions françaises le rendent par « état de pure conscience », formule commode mais qui demande à être précisée.

Cet article présente le samādhi comme notion : d'où vient le mot, où il se situe dans le système, comment il s'articule avec la concentration et la méditation, et quelles distinctions le texte introduit. La progression fine des degrés d'absorption est traitée à part, dans les différents stades du samādhi.

Le mot samādhi et ses traductions

samādhi peut être décomposé en sam (« ensemble »), ā (« vers ») et une racine évoquant le fait de poser, de placer. D'où l'idée de « rassemblement », de « pose complète de l'attention ». Les éditions choisissent « recueillement », « contemplation », « enstase », « absorption » ou « union ». « État de pure conscience » insiste sur un aspect, l'absence de trouble mental, au risque de laisser croire à une expérience facile à obtenir.

La règle habituelle s'applique : le sens dépend de la traduction et du commentaire, et il vaut mieux comparer plusieurs éditions.

Le samādhi, huitième membre du yoga

Le deuxième chapitre du Yoga Sūtra expose une méthode en huit membres, l'aṣṭāṅga :

  1. yama : règles de conduite envers autrui ;
  2. niyama : disciplines personnelles ;
  3. āsana : posture stable et confortable ;
  4. prāṇāyāma : régulation du souffle ;
  5. pratyāhāra : retrait de l'attention des objets sensoriels ;
  6. dhāraṇā : concentration ;
  7. dhyāna : méditation ;
  8. samādhi : absorption.

Le samādhi vient donc en dernier, comme aboutissement d'un ensemble de conditions éthiques, corporelles et attentionnelles. Le présenter isolément, sans les sept membres qui le préparent, contredit la logique du texte.

Dhāraṇā, dhyāna, samādhi : une continuité

Les trois derniers membres décrivent un même mouvement d'attention à trois degrés d'intensité.

MembreDescription dans le texte
dhāraṇāFixer l'attention sur un lieu ou un objet unique
dhyānaUn flux continu et ininterrompu de la même attention vers cet objet
samādhiL'attention si absorbée dans l'objet que le sujet semble s'effacer

Le Yoga Sūtra précise que ces trois membres appliqués ensemble à un même objet forment le saṃyama. C'est par le saṃyama que le troisième chapitre décrit l'obtention de capacités particulières, sujet distinct et souvent interprété avec prudence.

Cette continuité explique pourquoi le texte ne trace pas de frontière nette entre les trois membres. Le passage de la concentration à la méditation, puis à l'absorption, est présenté comme l'approfondissement progressif d'un même geste d'attention, non comme trois exercices séparés. Selon les commentateurs, seul l'aboutissement, quand la conscience du sujet s'efface dans l'objet, mérite pleinement le nom de samādhi.

Samprajñāta et asamprajñāta : avec ou sans objet

Le premier chapitre distingue deux grands régimes d'absorption.

Le samprajñāta samādhi est une absorption « avec conscience d'objet » : l'esprit reste posé sur un support, de plus en plus subtil, mais un support demeure. C'est là que le texte situe une série d'étapes, décrites dans l'article dédié.

Le asamprajñāta samādhi est une absorption « sans objet » : selon le texte, il ne reste plus d'appui, et l'activité mentale elle-même s'est résorbée. Les commentateurs le rapprochent de l'état « sans semence » (nirbīja) évoqué à la fin du chapitre.

Cette distinction est capitale pour lire l'expression « pure conscience » : le Yoga Sūtra ne décrit pas un seul état, mais un dégradé, du plus lié au plus dépouillé.

« Pure conscience » : ce que l'expression dit et ne dit pas

Traduire samādhi par « état de pure conscience » renvoie à l'idée, propre à la métaphysique du texte, d'une conscience qui n'est plus confondue avec ses contenus. Dans ce cadre, ce n'est pas une sensation particulière, ni un « vide », ni une transe.

L'expression ne dit pas que cet état serait accessible rapidement, agréable, ou bénéfique pour la santé. Elle appartient à un système orienté vers la libération telle que ce système la définit. Hors de ce cadre, elle perd sa précision.

Ce que le samādhi n'est pas

  • Ce n'est pas un soin ni une intervention thérapeutique. Aucune donnée clinique ne se déduit de ces aphorismes.
  • Ce n'est pas une performance à atteindre ou à afficher. Le texte le présente comme le fruit d'un long cheminement encadré.
  • Ce n'est pas un état mesurable par un examen. Les descriptions du Yoga Sūtra sont contemplatives, pas expérimentales.
  • Ce n'est pas synonyme de relaxation. Une détente agréable et l'absorption décrite par le texte ne sont pas de même nature.

Pour la place de ces pratiques dans un contexte de soin, voir yoga et soins infirmiers. Pour l'entrée dans le traité, voir l'ouverture du traité de Patañjali.

Questions fréquentes

Le samādhi est-il le but du yoga ?

Dans le Yoga Sūtra, il est un moyen avancé et un seuil, plus qu'un point final. Le but ultime du système est la libération (kaivalya), objet du quatrième chapitre.

Peut-on « faire » un samādhi pendant une séance ?

Le texte ne le présente pas comme un exercice ponctuel réussi ou raté, mais comme un état qui suppose les membres précédents. Les usages modernes du mot sont souvent plus lâches.

Quelle différence avec l'article sur les stades ?

Le présent article définit la notion et sa place dans le système. Les différents stades du samādhi détaillent la progression interne : vitarka, vicāra, ānanda, asmitā, puis les états « avec » et « sans semence ».

« Pure conscience » est-elle une bonne traduction ?

Elle est répandue et défendable dans le cadre métaphysique du texte, mais elle peut induire en erreur si on l'entend comme une simple clarté d'esprit passagère.

Repères et sources