En bref

  • Rāga (II.7) est l'attrait qui se fixe sur ce qui a procuré du plaisir.
  • Dveṣa (II.8) est le rejet qui se fixe sur ce qui a procuré de la peine.
  • Abhiniveśa (II.9) est l'attachement à la continuité de sa propre existence, présent même chez le sage selon le texte.
  • Un kleśa peut être dormant, atténué, interrompu ou actif (II.4) : il n'est pas toujours visible.
  • II.10 renvoie les formes subtiles à un retour vers leur cause, la pratiprasava ; II.11 confie leurs manifestations à la méditation, le dhyāna.

Rappel : d'où viennent ces trois kleśa

Le premier volet a posé la racine et sa première pousse : avidyā est le champ, asmitā la confusion d'identité qui en naît. Voir le premier volet sur les cinq kleshas.

Sur cette base, l'attrait et le rejet se développent à partir du « je » qui veut et refuse. Abhiniveśa, l'attachement à durer, est présenté comme le plus enraciné des cinq.

Rāga : l'attrait qui suit le plaisir (II.7)

L'aphorisme II.7 dit, mot à mot, que rāga « suit » le plaisir. Après une expérience agréable, un désir de la revivre se dépose et oriente ensuite l'attention et les choix.

Le texte ne condamne pas le plaisir : il décrit un mécanisme de trace et de répétition. Les traductions vont de « attachement » à « désir », « attrait » ou « passion ».

Dveṣa : le rejet qui suit la peine (II.8)

L'aphorisme II.8 est construit en symétrie : dveṣa suit la peine. Après une expérience pénible, une aversion se dépose et pousse à éviter, repousser, en vouloir.

Rāga et dveṣa forment ainsi un couple : deux réactions à la mémoire du plaisir et de la peine. Dveṣa est rendu par « aversion », « rejet », « répulsion » ou « haine ».

Abhiniveśa : l'attachement à la vie (II.9)

L'aphorisme II.9 décrit un attachement à la vie « qui coule de sa propre saveur », enraciné, présent même chez celui qui sait. Il est souvent traduit par « peur de la mort », « instinct de survie » ou « volonté de durer ».

Les commentaires anciens y voient la marque d'expériences antérieures. D'autres lectures, plus prudentes, s'en tiennent à un attachement de fond à la continuité de soi, sans conclure sur son origine. Le texte note un point fort : cette affliction se retrouve « même chez le savant », c'est-à-dire chez celui qui, par ailleurs, a compris beaucoup de choses. Elle est donc présentée comme la plus tenace des cinq.

Pourquoi ces trois kleśa comptent dans le traité

L'aphorisme II.12 relie les kleśa au karmāśaya, le réservoir des actes et de leurs traces, dont les effets se déploient dans le temps (II.13). Rāga, dveṣa et abhiniveśa ne sont donc pas de simples réactions : ce sont des moteurs qui poussent à agir, puis à recommencer.

C'est pourquoi le traité leur consacre autant d'attention et propose, juste après, deux niveaux de traitement. Le rapprochement de ce vocabulaire avec la psychologie contemporaine est discuté dans la psychologie à travers le prisme du yoga.

Les quatre états : dormant, atténué, interrompu, actif (II.4)

L'aphorisme II.4 précise qu'une affliction se présente sous quatre états. Un même kleśa passe de l'un à l'autre : décrire un état n'est pas coller une étiquette définitive.

ÉtatDescriptionExemple avancé par les commentaires
prasuptalatent, présent mais non manifesteune aversion qui « dort » tant que rien ne la déclenche
tanuaffaibli, réduit dans sa forceun attrait amoindri par la pratique du kriyā yoga
vicchinnainterrompu, recouvert par un mouvement contrairel'attrait pour un objet masque un moment le rejet envers lui
udārapleinement actif, exprimé dans l'instantune colère qui occupe entièrement l'esprit

Atténuer puis dissoudre : II.10 et II.11

Le texte distingue deux niveaux de travail. L'aphorisme II.10 dit que les formes subtiles, les résidus en germe, se dénouent par la pratiprasava : un « retour à la source », une résorption de l'affliction dans sa cause. L'aphorisme II.11 dit que leurs manifestations actives, les vṛtti, se réduisent par le dhyāna, la méditation.

Autrement dit : la méditation traite ce qui s'exprime, un retour plus profond traite ce qui reste en réserve. Le kriyā yoga de II.1 et II.2 fait le premier travail d'affaiblissement : voir le kriyā yoga et son action sur la souffrance. Les traductions de pratiprasava hésitent entre « résorption », « involution », « réabsorption » et « retour à l'origine ».

Ce que ce passage n'est pas

Rāga et dveṣa ne sont pas de « bonnes » et de « mauvaises » émotions à surveiller. Abhiniveśa n'est pas une anxiété de mort au sens clinique, même s'il peut y faire écho. Le dhyāna de II.11 est une étape technique des huit membres, pas un conseil de relaxation.

Trois plans se distinguent : le texte, les interprétations savantes qui en discutent, et les recherches contemporaines en psychologie, qui forment un cadre séparé. Une peur de la mort qui gêne la vie quotidienne relève d'un professionnel, pas d'un aphorisme.

Questions fréquentes

Rāga et dveṣa condamnent-ils le plaisir et la douleur ?

Non. Le texte décrit comment une trace se forme et se répète, pas un interdit moral.

Abhiniveśa veut-il dire « peur de la mort » ?

C'est une traduction répandue. D'autres préfèrent « attachement à la vie » ou « volonté de durer », plus proches du terme.

Que signifie « interrompu » pour un kleśa ?

Qu'il est momentanément recouvert par un mouvement contraire, puis réapparaît. Ce n'est pas une disparition.

II.11 propose-t-il une technique de méditation précise ?

Non. Il situe le dhyāna comme le moyen de réduire les manifestations actives ; le détail du dhyāna vient avec les huit membres, en III.2.

Où a commencé cette série ?

Dans le premier volet, sur avidyā et asmitā.

Repères

Pour comparer les traductions de II.7 à II.11, voir le texte sanskrit sur l'Internet Encyclopedia of Philosophy et l'étude commentée sur wisdomlib.