En bref

  • II.1 définit le kriyā yoga par trois éléments : tapas (discipline, ardeur), svādhyāya (étude de soi et des textes), īśvarapraṇidhāna (remise de soi à īśvara).
  • II.2 en donne la finalité : favoriser le samādhi et atténuer les kleśa.
  • Le terme employé, souvent rendu par « amincir » ou « rendre ténu », tanūkaraṇa, indique une réduction, pas une suppression immédiate.
  • Les kleśa sont détaillés juste après, en II.3 et suivants : avidyā, asmitā, rāga, dveṣa, abhiniveśa.
  • Le kriyā yoga reprend, sous forme resserrée, des éléments présents ailleurs dans le texte, notamment les niyama de II.32.

Où se place le kriyā yoga dans le traité

Le premier chapitre, le samādhi pāda, s'adresse surtout à qui a déjà l'esprit rassemblé. Le deuxième, le sādhana pāda, s'adresse au pratiquant encore en chemin. Le commentaire attribué à Vyāsa le dit clairement : le kriyā yoga vise celui dont le mental n'est pas encore concentré.

Il condense en trois termes tout un programme pratique, développé plus loin sous la forme des huit membres (II.29). Pour la place de ce passage dans l'ensemble, voir l'ouverture du traité et la définition du yoga.

Les trois composantes (II.1)

Tapas : la discipline, l'ardeur

La racine du mot signifie « chauffer ». Tapas désigne l'effort volontaire, la capacité à tenir face aux contraires : faim, froid, silence, fatigue. Rendu par « austérité », « ascèse » ou « ardeur ». Les commentaires mettent en garde contre l'excès qui épuise au lieu de préparer : l'aphorisme II.16 rappelle d'ailleurs que la souffrance à éviter est celle qui n'est pas encore venue, pas celle qu'on s'inflige.

Svādhyāya : l'étude de soi et des textes

Étude régulière : récitation ou lecture de textes de référence, et retour réflexif sur son propre fonctionnement. Le terme associe l'étude d'un corpus et l'observation de soi, sans les opposer. Certaines traductions insistent sur la récitation d'une formule, d'autres sur l'étude au sens large.

Īśvarapraṇidhāna : la remise de soi

Dédicace des actes et de l'attention à īśvara, défini au chapitre 1 (I.24 à I.26) comme un puruṣa particulier, non comme un dieu créateur. Cette voie est présentée en détail dans l'article sur la voie de la pratique et la voie de l'abandon.

À quoi sert le kriyā yoga (II.2)

L'aphorisme II.2 énonce deux buts : cultiver le samādhi, et rendre les kleśa plus ténus. L'ordre compte pour les commentateurs : réduire d'abord les afflictions rend le mental disponible pour la concentration.

Le kriyā yoga n'est donc pas présenté comme une fin, mais comme un travail préparatoire et continu. Il prépare le terrain que le reste du chapitre viendra cultiver.

« Action sur la souffrance » : ce que le texte entend

Le titre traditionnel de ce passage relie kriyā yoga et souffrance. Le lien passe par les aphorismes qui suivent. En II.12, les kleśa sont donnés comme la racine du karmāśaya, le réservoir des actes et de leurs traces. En II.13 et II.14, ce réservoir porte des fruits vécus comme agréables ou pénibles. En II.15, le texte ajoute que, pour qui regarde de près, même ce qui est agréable comporte une part de duḥkha, à cause du changement et des tendances profondes.

Dans cette logique, réduire les kleśa revient à réduire la source de la souffrance décrite par le traité. Il s'agit d'un raisonnement interne au texte, pas d'un résultat mesuré ni d'une promesse de mieux-être.

« Atténuer » les kleśa : ce que dit tanūkaraṇa

Le texte parle de « rendre ténu », pas de « détruire ». La disparition complète des afflictions est traitée plus loin, en II.10 et II.11, puis en II.28, par d'autres moyens : un retour à leur cause, la méditation, la progression des huit membres.

Les traductions de tanūkaraṇa hésitent entre « amoindrir », « affaiblir », « réduire » et « rendre subtil ». Toutes gardent l'idée d'un affaiblissement graduel. Le détail des cinq afflictions et de leur traitement est développé dans le premier volet sur les cinq kleshas puis le second volet.

Kriyā yoga et huit membres : deux présentations

Les trois mots de II.1 reviennent presque à l'identique comme les trois derniers niyama en II.32. Les huit membres (II.29) en sont la forme développée. Le kriyā yoga n'est pas un système rival : c'est un énoncé compact du même chemin.

Certains lecteurs y voient la pratique du débutant, et les huit membres la structure complète. D'autres insistent sur le fait que les trois composantes accompagnent toute la progression, quel que soit le niveau.

Ce que ce passage n'est pas

Le kriyā yoga n'est pas un traitement de la souffrance au sens médical. La duḥkha et les kleśa du traité sont des catégories philosophiques, pas des diagnostics. Un tapas mal compris, poussé jusqu'à la privation, peut nuire.

Trois plans se distinguent : le texte, les interprétations savantes qui en discutent, et les recherches contemporaines sur la méditation ou la discipline personnelle, qui forment un cadre séparé. Une souffrance qui dure relève d'un avis professionnel.

Questions fréquentes

Kriyā yoga et haṭha yoga, est-ce pareil ?

Non. Ici, kriyā yoga désigne les trois termes de II.1. L'expression est employée ailleurs, notamment par des mouvements modernes, avec un autre contenu.

Faut-il être croyant pour le troisième terme ?

Īśvarapraṇidhāna peut se lire comme une dévotion, ou comme une orientation de l'attention et du motif. Le chapitre 1 introduit cette voie par « ou ».

« Atténuer » les kleśa, est-ce les supprimer ?

Non. Le texte parle d'une réduction. La disparition complète est abordée plus loin, par d'autres moyens.

Par quoi continuer la lecture ?

Par les aphorismes II.3 à II.9 sur les cinq kleśa, puis II.10 et II.11 sur la manière de les traiter.

Repères

Pour le cadre philosophique, voir l'entrée Yoga de la Stanford Encyclopedia of Philosophy. Pour une lecture aphorisme par aphorisme avec commentaires, voir wisdomlib.