La France, pays de vaccino-sceptiques

Par le biais d’Internet, le mouvement anti-vaccin s’amplifie dans le monde ces dernières années, surtout dans certains pays. L’influence des médias sociaux pose à ce sujet un véritable problème, avec une désinformation de plus en plus difficile à contrer dans la mesure où la plupart des mouvements sont nourris sur des groupes Facebook – ou autres forums – privés.

Triste constat

Une équipe internationale composée de chercheurs de la London School of Hygiene and Tropical Medicine, de l’Imperial College de Londres, et plusieurs équipes françaises ont voulu déterminer à quel point. En interrogeant plus de 65.000 personnes dans 67 pays, entre septembre et décembre 2015, ils ont réalisé la plus grande enquête sur la confiance dans la vaccination à ce jour“, affirme la revue Science. Leurs résultats sont publiés dans la revue EBioMedecine.

Dans cette étude, les personnes interrogées ont réagi aux quatre affirmations suivantes: 

  1. “Dans l’ensemble, je pense que les vaccins sont sûrs”
  2. “Dans l’ensemble, je pense que les vaccins sont efficaces”, 
  3. “Il est important pour les enfants de recevoir les vaccins”, 
  4. “Les vaccins sont compatibles avec mes croyances religieuses”.

Les vaccins étaient considérés dans leur généralité, sans qu’aucun ne soit mentionné en particulier.

En Europe du Nord, on apprend que 73% des personnes reconnaissent l’efficacité des vaccins (65% pour les français, à égalité avec les Européens de l’Est). Plus globalement dans le monde entier, 84% des personnes reconnaissent avoir confiance en les vaccins.

Seul pays en rouge foncé sur la carte, la France fait figure de “mauvais élève” pour la première affirmation posée : 41% des personnes interrogées estiment que les vaccins ne sont pas sûrs (voir la carte) ! Alors que les autres pays enregistrent en moyenne 12% de sceptiques (17 % en Europe)… Le Bangladesh ferme la marche avec 0,2 % seulement d’avis négatifs. Cependant, la France n’est pas seule à se montrer sceptique. Plus de 17 % des Français doutent de l’efficacité des vaccins (11,3 % en Europe) et 11,7 % ne trouvent pas important de faire vacciner les enfants (contre 8 %). Toutefois, ce sont les Russes qui se montrent les plus sceptiques face à l’importance de vacciner les enfants (17,1 % des personnes interrogées), et c’est la Bosnie-Herzégovine qui présente le doute le plus sérieux face à l’efficacité des vaccins (27,3 %). Deux chiffres trois fois plus élevés que la moyenne mondiale.

Carte du monde des opinions de la vaccination

Ce scepticisme à l’égard de l’importance et la sécurité des vaccins n’est pas partagé dans les régions Afrique, Amériques, Méditerranée orientale et Asie du Sud-Est. D’ailleurs, le Bangladesh, l’Équateur et l’Iran plébiscitent l’importance des vaccins (0,3 à 0,5 % de réponses négatives seulement), et sur le plan de leur sécurité, le Bangladesh, l’Arabie Saoudite et l’Argentine enregistrent la confiance la plus forte (0,2 à 1,3 % de réponses négatives).

Quant aux États-Unis, la méfiance envers les vaccins est comparable à la moyenne européenne : selon l’enquête, 13,5 % des Américains ne sont pas convaincus de leur sûreté, 9,6 % ont des doutes quant à leur efficacité, 8,8 % contestent leur importance pour les enfants et pour 10,5% d’entre eux, leurs craintes sont liées à leurs croyances religieuses. Le paramètre « religion » est particulièrement fort en Mongolie, où la moitié de la population est bouddhiste (50,5% des répondants ont déclaré que les vaccins n’étaient pas compatibles avec leur religion, soit un chiffre environ trois fois plus élevé que la moyenne mondiale). Mais, grâce à une analyse plus poussée, les chercheurs ont constaté que le lieu (et la politique appliquée) dans lequel l’individu vit a bien plus d’influence sur son avis concernant les vaccins que ses croyances.

L’étude de l’Institut de sondage Gallup pour l’ONG Wellcome  publiée le 19 juin 2019, montrent les mêmes résultats. Ces chiffres font froid dans le dos. Pourtant, la couverture vaccinale est en hausse dans notre pays, depuis le passage en janvier 2018  de trois à onze vaccins obligatoires chez les enfants nés après 2008.

Néanmoins,  la France se retrouve comme dans l’étude de 2015 en tête du podium des sceptiques, suivie de près par le Gabon (26 % d’interrogés sceptiques), le Togo (25 %), la Russie (24 %) et la Suisse (22 %). Triste record !

L’explication de la confiance des pays « pauvres » envers les vaccins réside vraisemblablement dans le fait que dans ces pays,  il y a plus de maladies contagieuses telles rougeole, diphtérie, coqueluche, et leurs habitants voient ce qu’il se passe lorsqu’on n’est pas vacciné. Dans des pays tels que le nôtre, nous ne voyons pas l’impact mortel de ces maladies, donc les personnes sont plus réticentes au vaccin en général. Excès de confiance ? Laisser-aller? Manque d’altruisme ? Sans doute les trois ! En tous cas , la réticence au vaccin est un luxe dont nous ne pouvons nous permettre pour la santé de la population.

En avril 2019, l’OMS alerte sur la flambée de cas de rougeole dans le monde, avec un bond de 300% sur le premier trimestre de l’année. Selon la richesse des pays, les causes principales de cette augmentation varient: dans les pays pauvres, mauvais accès aux soins pour la majorité des cas, dans les pays riches, défiance face à la vaccination.

Outre la rougeole, de nombreuses maladies d’autrefois refont surface en France, comme la tuberculose dont de nombreux cas ont été recensés ces dernières années. Aussi, les autorités sanitaires ont appelé chaque citoyen à vérifier son statut vaccinal, et à se faire vacciner en cas de doute.

De manière plus globale, on note également que la moitié de la population mondiale déclare ne pas savoir grand-chose sur la science. Environ 20% des interrogés pensent qu’ils n’en tireront aucun avantage. 55% des français croiraient que la science et la technologie entraîneront des pertes d’emploi dans leur région. Triste résultats  de la culture des réseaux sociaux où la grande majorité prend pour argent comptant tous les fakes qui y sont publiés et a perdu tout esprit critique. Peut-être aussi le résultat de certaines réformes de l’Education nationale qui ont longtemps privilégié le numérique et les matières scientifiques, délaissant les humanités !

Motifs du vaccino-scepticisme français

Pourquoi la France occupe-t-elle une place si haute dans ce classement ? La défiance des Français s’explique, pour certains par le fait que le corps médical n’informe pas les gens sur les effets secondaires possibles des vaccins, et pousse à la vaccination pour des questions d’intérêts économiques et d’égo.

Nous l’avons vu plus haut, 41 % des Français estiment que les vaccins ne sont pas sûrs. Ce positionnement serait-il la répercussion de quelques polémiques des années passées : le vaccin contre l’hépatite B accusé d’augmenter le risque de sclérose en plaques, les effets secondaires potentiels liés au papillomavirus (ex la fatigue), l’achat en très grande quantité de vaccins par le gouvernement lors de la pandémie de grippe H1N1 en 2009 ?

Ce positionnement relèverait plus de la défiance envers les autorités politiques et sanitaires que du complotisme d’après les spécialistes.

L’exemple du vaccin anti-COVID

26 % des Français ne souhaitent pas, pour le moment, se faire vacciner contre le COVID et ce, apparemment à cause de la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement, selon un sondage IFOP. Ce pourcentage correspond à des personnes plutôt jeunes, qui se sentent peu concernés par la maladie – sentiment peut-être renforcé par les statistiques des décès du COVID – et qui renvoie plutôt à une forme d’invincibilité. Il s’agit d’égoïsme mais vraisemblablement pas de complotisme, et bien sûr d’un sentiment d’inutilité du vaccin pour eux-mêmes. De même, une étude de l’INSERM montrait déjà que parmi ceux refusant la vaccination 37 % appartenaient aux classes populaires bien que plus exposées au risque que le reste de la population, et, plus curieux, 36 % des femmes de moins de 35 ans alors qu’elles jouent un rôle fondamental et actif dans la vaccination des enfants. Par ailleurs, le niveau de diplôme joue également un rôle dans le choix des personnes, plus il est élevé plus la volonté de se faire vacciner est forte, point pouvant être corrélé avec la catégorisation professionnelle ainsi qu’à la zone de résidence (par exemple dans l’agglomération parisienne 69 % sont favorables à la vaccination).

En revanche, il est difficile de faire un lien entre le vaccino-scepticisme par rapport au COVID et les opinions politiques. Certes, il y a plus de sceptiques vis-à-vis du vaccin en généra de la part des sympathisants écologistes et des frontistes, mais ce scepticisme est plutôt lié à la gestion de la crise sanitaire, notamment sur le port du masque, jugé inutile au début. Pour beaucoup de français, le gouvernement « ne nous dit pas tout ». Ceci dit, les journalistes, plus particulièrement les médias d’information en continu, cherchant le sensationnel, ont souvent mis en évidence (parfois involontairement ou par négligence) les désaccords scientifiques qui n’ont pas dû faciliter les choix de nos gouvernants. Ils ont généralement réduit les temps de parole à quelques minutes, et de ce fait, le  discours ne peut permettre à l’auditeur de comprendre vraiment les choses. Ces médias concourent à nous « infantiliser », et croyant faire savant les journalistes nous abreuvent de comparaisons et de statistiques sans intérêt au regard de l’action à entreprendre pour enrayer cette crise.

Toutefois, la crise du COVID a montré l’adaptabilité et la responsabilité des Français face aux contraintes d’une crise grave : port du masque, respect du confinement, gestes barrières… pratiques largement adoptées par les Français, en quelques semaines à peine…mais appliquées par crainte de la maladie pour soi et pour les proches, certainement pas pour satisfaire les recommandations gouvernementales. D’ailleurs, dès que les chiffres s’améliore, la peur s’éloigne et les recommandations ne sont plus suivies.

Est-il possible d’inciter les français à se faire vacciner en plus grand nombre ? Un sondage récent pour CNews et Sud Radio, montre qu’une grande majorité des Français sont inquiets pour leur santé et celle de leur proche (69 %) mais encore plus pour la santé de l’économie (87 %). De ce fait, un vaccin efficace – et une couverture vaccinale étendue surtout – serait sans aucun doute considéré comme un remède à une crise économique dont les effets se font de plus en plus sentir.

Autre piste, les suisses, grands sceptiques vis-à-vis de la vaccination comme les français, ont pourtant, après plusieurs mois de débat en 2013, soutenu par 60 % des suffrages la politique d’obligation vaccinale portée par leur Gouvernement, lors d’un référendum organisé sur ce sujet par la frange la plus sceptique et bruyante des anti-vaccins. C’est un risque à courir.

Beaucoup se méfient des vaccins contre le Sars-Cov-2, développés en moins d’un an et particulièrement ceux à ARN messager, encore jamais éprouvés à grande échelle. Une majorité craint avant tout les effets secondaires et le manque de recul. N’oublions pas que  selon une étude de l’institut BVA du 23 novembre 2020 qui indiquait que « 60 % des Français déclarent vouloir se faire vacciner contre la Covid-19 lorsqu’un vaccin sera disponible », mais précisait l’étude « seulement 20 % (des 60%) envisage de le faire dès que possible, tandis que 40 % préfèrent attendre et ne pas le faire “tout de suite” ».

Beaucoup de choses ont été dites à propos des vaccins contre la CoViD. Il ne s’agit pas de transformer toute la population en experts de la biologie ou de la médecine vaccinale, mais simplement d’obtenir qu’un maximum de personnes accepte de se faire vacciner dans l’espoir de faire diminuer le risque épidémique. Donc il est inutile d’épiloguer sur l’intérêt de la vaccination. Il faut convaincre les indécis parce qu’ils sont inquiets de la rapidité avec laquelle ces vaccins sont arrivés et sont mis sur le marché (en juillet 2020 la revue de l’INSERM parlait de « l’horizon encore lointain de la vaccination »), parce qu’ils craignent les effets secondaires, ou parce qu’ils ont peur de « la dimension génétique » des vaccins proposés.

A suivre dans un prochain article

Author: sfl73_pass_Sa03Na08

DIPLOMES 1980 Diplôme d’Etat d’Infirmière 1996 Diplôme de Cadre de Santé 1998 DU de Soins Palliatifs 2007 DU Ethique Soins et Santé PARCOURS PROFESSIONNEL 1980-1983 Infirmière AU CHU de Rouen 1983-1995 Infirmière dans les services de Médecine et de Cure Médicale dans un Hôpital Local Faisant fonction de cadre à partir de 1989 Infirmière Coordinatrice du SSIAD rattaché à l’établissement en 1993 1996-2002 Cadre de Santé au CHU de Rouen dans différents services, de nuit puis de jour 2002-2005 Cadre de Santé en EHPAD dans un CH de la région Normandie, responsable de 6 unités de soins soit 167 lits et chargée de missions transversales (notamment la Gestion des Risques) 2005-2018 Cadre de Santé Formateur à l’IFSI du CHU de Rouen TRAVAUX REALISES: mise en place d'un SSIAD, Transmissions ciblées, Chef de projet sur la réalisation d'un film illustrant le protocole de pose d’une bande de contention veineuse et présentation dans différents congrès, évaluation de la prise en charge de la douleur, évaluation de l'éducation des patients sous AVK, référent SIIPS, Participation au groupe de travail sur la mise en place des CLAN (Comité de Liaison Alimentation Nutrition) à la DHOS, gestionnaire de risques, animateur d'un groupe d'évaluation dans le cadre de la certification, réalisation d'audits, participation à l'élaboration et à la réactualisation de protocoles de soins. PARTICIPATION AUX INSTANCES: Conseil d’Administration, Commission de Soins, CLAN.

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