3ème partie : Les pratiques soignantes chez les romains

La médecine Romaine, héritière de la médecine grecque

Les pratiques soignantes de la Rome antique sont directement issues des pratiques de la Grèce antique. Elles sont composées d’une médecine privée et de communauté médicale publique. Efficace lorsqu’elle est pratiquée par des maîtres bien formés, la médecine des Romains peut s’avérer inefficace, voire dangereuse lorsqu’elle est pratiquée par certains médecins non qualifiés ; Ces derniers sont d’ailleurs qualifiés de charlatans. La médecine est bien moins considérée qu’en Grèce.

Pendant toute la période républicaine, souvent pratiquée par des barbiers et des savetiers, en plus de leur métier attitré, la médecine n’est qu’une discipline réservée aux guérisseurs ou charlatans qui s’en tirent tant bien que mal. Ce n’est qu’au début du IIème siècle ou la fin du IIIème siècle avant JC que les premiers vrais médecins font leur apparition. Ils sont d’ origine grecque et ce sont souvent des esclaves ou des affranchis En effet, les médecins grecs trouvent à Rome un cadre de vie plus agréable et ont en outre bénéficié de la citoyenneté romaine et d’aides financières. Le premier médecin, dont le souvenir est conservé, se nomme Archagatus ; il est spartiate et s’établit à Rome en l’an 219 av JC.

De nombreuses découvertes archéologiques et épigraphiques montrent que la pratique médicale était également l’affaire de femmes issues de divers milieux.

Asclépiade

Il faut attendre le premier siècle avant JC pour que la discipline commence à percer. Asclépiade de Pruse, médecin et philosophe crée la première école privée de médecine à Rome. La première école officielle de médecine (scola medicorum) n’est créée qu’à la fin du règne d’Auguste. L’enseignement y est donné en grec. Des auteurs comme Varron, Pline l’Ancien ou Celse s’intéressent à cette catégorie (Celse écrira un traité sur les qualités d’un bon chirurgien). Bien que lucrative la profession est peu prisée des citoyens romains.

Sous l’Empire, les choses évoluent. Auguste professionnalise l’armée et y joint des médecins (medici castrenses) qui comme tous les militaires doivent s’engager. Leur période d’engagement est de 16 ans au sein des valetudinaria (les premiers hôpitaux militaires) se composant d’un quadrilatère de pièces autour d’un jardin où était cultivées des plantes médicinales. On y retrouve une cuisine, des latrines, des bains, une officine de pharmacopée, une morgue…Les réservoirs d’eau courante pour boire et se baigner sont isolés et placés en amont des évacuations d’eau courante et des latrines. Les salles d’attente se trouvent à l’extérieur de ce quadrilatère. Les médecins militaires romains sont bien formés, contrairement à certains homologues civils. Lorsque les médecins ne pouvaient pas intervenir sur place, des ambulances hippomobiles évacuaient les blessés vers les valetudinaria. Les ambulanciers sont payés au nombre de blessés sauvés. Les valetudinaria les plus grands peuvent administrer 400 à 500 lits. Si le nombre de lits disponibles était insuffisant, les patients sont évacués sur les villages alentour, comme sous la République.

Vers le IIème siècle, un système d’assistance sociale est mis en place et des hôpitaux sont créés avec des médecins (archiatri populares) recevant leur salaire de l’Etat et donnant gratuitement des soins aux plus pauvres. Quartorze de ces médecins exercent à Rome. Il existe aussi une catégorie de médecins attachée au palais impérial (archiatri palatini). Les archiatres sont les seuls à devoir prouver leur science devant des experts. Et la loi prévoit de nombreuses sanctions en cas de fautes graves sur le client, ce qui freine l’installation de médecins sans diplômes.

Les différents types de médecins et leurs pratiques

Les famille riches ont leur médecin particulier (souvent un esclave), les autres recourent aux service d’un médecin installé dans un cabinet ou ambulant. Il existe comme aujourd’hui plusieurs types de médecins : généralistes mais aussi, ophtalmologistes, chirurgiens et dentistes.

Les oculistes paraissent avoir été assez nombreux et très compétents. Ils savent procéder à des interventions sur la cataracte ou l’exophtalmie. Ils utilisent, comme médicaments, des collyres à bases de substances végétales (myrrhe, safran) ou minérales (liquides ou solides). Toutefois, les Romains ignorent l’usage des verres de correction.

La pratique des interventions dentaires est très ancienne et atteint un niveau assez haut de performances. En effet, la loi des douze tables (450 av JC) interdit la présence d’ or dans la tombe des défunts sauf si le mort possède un “bridge” en or. Ils savent traiter les caries, la pyorrhée alvéolaire et poser des prothèses.

Instruments chirurgicaux de l’époque romaine

La chirurgie, elle aussi, est très évoluée. Les fouilles faites à Pompéi ont permis de mettre à jour de nombreux instruments qui nous révèlent une technique très poussée. Les opérations se font à vif ou sous anesthésiant, comme le suc de mandragore ou l’atropine. Les chirurgiens pratiquent la trachéotomie, la trépanation, savent enlever les amygdales et soigner une hernie. Les guerres fréquentes des Romains et la nécessité de soigner un grand nombre de blessures ont largement favorisé le développement de la chirurgie.

On a découvert des instruments de chirurgie datant de cette époque qui sont très familiers à un chirurgien moderne. On en conclut qu’en matière de chirurgie le savoir des médecins romains n’est égalé qu’après la Renaissance voire l’époque moderne. Les chirurgiens utilisent scalpels, crochets, leviers, sondes (les sondes urinaires sont en bronze et sont sans doute moins bien supportées que celles d’aujourd’hui), forceps, cathéters, spéculums sur des patients anesthésiés avec de l’extrait de pavot, de (morphine) et de l’extrait de jusquiame noire (scopolamine). Ils savent également opérer certaines cataractes avec des aiguilles. Les instruments sont bouillis avant emploi. Les blessures sont lavées au vinaigre. On utilise la traction pour remettre en place les os fracturés. On a découvert des spéculums anaux et vaginaux, ce qui implique les médecins romains examinent la taille et l’état des organes internes accessibles par les orifices naturels et sont capables de faire ainsi des diagnostics ou de pratiquer des interventions.

Application de ventouses

Ils utilisent les ventouses pour les maladies de peau.  Emblème de l’art médical de l’époque, elle est indispensable à toute pratique médicale, elle permet de déplacer les fluides. Elle se présente sous la forme d’une cloche se terminant par un goulot. Certaines ont un anneau qui facilite leur maniement et qui permet de les suspendre.

En revanche, à Rome, la loi interdit toute atteinte à l’intégrité du corps humain et des cadavres. Cette loi empêche donc médecins et chercheurs de disséquer le corps humain pour pouvoir l’observer….et cela  va durer jusqu’au 14eme siècle !

D’autres soignants concourent aussi à la santé des romains :

  • Les herboristes (ne soignant qu’avec des plantes)
  • les diététiciens,
  • les kinésithérapeutes (soignant avec des massages ciblés et énergiques )
  • les hydrothérapeutes ( adeptes des bains froids, ce qui a sauvé l’Empereur Auguste )
  • des sages-femmes…

La pharmacopée

L’antiquité ne connaît l’équivalent du pharmacien moderne, qui exécute, sur l’ordre du médecin et sous le contrôle de l’État, des prescriptions magistrales ou officinales. En principe, le médecin romain prépare lui-même ses médicaments ; il peut en acheter les ingrédients chez le pharmacopole, sorte d’herboriste qui, à son tour, se fournit en plantes médicinales chez le rhirotome. À l’origine, la cueillette des simples est souvent accompagnée de cérémonies magiques et effectuée dans certaines circonstances. Cet usage des simples constitue souvent la partie essentielle de l’art de guérir. Les romains connaissent en effet de nombreuses plantes et remèdes.

La principale plante médicinale était le laserpitium, sorte de persil utilisé comme digestif et retrouvé dans presque toutes les compositions pharmaceutiques. Cette plante était utilisée comme digestif.

La pulpe de courge salée mélangée à l’absinthe est utilisée soulager la rage de dents.

Ils utilisent également le fenouil pour ses propriétés calmantes, la grande aunée pour faciliter la digestion, l’ail pour le cœur, le fenugrec pour le traitement de la pneumonie, ainsi que la sauge, la moutarde et le romarin.

Le silphium, quant à lui, est utilisé pour une grande variété de maladies et en particulier pour le contrôle des naissances.

Et pour soigner la chute de cheveux (l’un des premiers  soucis des romains), ils utilisent une composition de safran, de vin, de poivre, de vinaigre, de laserpitium et de crottes de rats. Le renom de

3 traités majeurs se prolongent jusqu’au Moyen-âge, voire au-delà : 

La matière médicale de Diocoride

– La matière médicale de Dioscoride (Ier siècle après J.-C.)

– Les livres 28 à 30 de l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien (Ier siècle après J.-C.)

– Remèdes tirés des légumes et des fruits de Gargile Martial (IIIème siècle après J.-C.)

Chez Dioscoride, les sels de fer sont mentionnés comme hémostatique. C’est un remède connu dès l’époque d’Achille, comme l’atteste le récit du roi héroïque des Myrmidons grattant la rouille de sa lance sur la blessure de Télèphe représenté souvent sur des vases grecs. Pline explique que sous le mythe se cache une pratique médicale rationnelle d’emplâtre et qu’Achille aurait ajouté une plante vulnéraire, s’appelant depuis l’Achillée, connue sous des noms vernaculaires comme herbe de la Saint-Jean ou herbe-aux-coupures. Cet efficace hémostatique est toutefois connu depuis l’époque préhistorique comme en témoigne la « tombe aux fleurs » de Shanidar en Irak, où toutes les plantes retrouvées ont des vertus médicinales…

On peut aussi mentionnera les sels de plomb, les sels de soufre, les sels d’antimoine ou encore les sels d’arsenic. On sait aussi que les médecins antiques utilisent les sels de cuivre en collyre ou en poudre, également comme hémostatique. Le bitume est une panacée antiphlogistique utilisée pour mûrir les abcès, mais il sert aussi comme pansement.

Ces savoirs sont malheureusement également utilisés pour fabriquer des poisons. Il existe plusieurs histoires dans lesquelles des médecins ont utilisé leurs connaissances dans ce domaine. Par exemple, Ainsi, Eudème, ami et médecin de Livie, femme de Drusus César, fils de Tibère, aida à empoisonner Julius Caesar Drusus, avec la complicité de Livie, en l’an 23 apr. JC.

La maladie

Les médecins de l’antiquité ont compris que l’état général d’un patient a un lien avec le risque de contracter une maladie. Le serment d’Hippocrate oblige les médecins à donner l’exemple par une vie saine. Ils considérent que la première cause des maladies est l’absence d’hygiène de vie et préconisent de travailler au grand air et vivre sainement. Végèce expose également qu’éviter aux légions de traverser les zones marécageuses, leurs évitent les maladies. La maîtrise de l’hygiène des médecins romains est d’autant plus surprenante qu’ils ne connaissent  pas l’existence des bactéries. toutefois, Lucrèce a évoqué la présence de choses invisibles à l’œil nu dans son De natura rerum), ils savent qu’ils doivent faire bouillir leurs instruments de chirurgie, qu’il ne fautt pas mélanger eaux usées et eaux propres… Par ailleurs, ils attachent la plus grande importance à la qualité de l’eau qu’ils boivent et dans laquelle ils se baignent régulièrement

L’aspect religieux

Le centaure Chiron passe pour avoir enseigné à Esculape l’art de guérir, en même temps que les incantations.

L’inscription découverte à Épidaure, où Apellas relate sa guérison, donne les détails d’un traitement diététique et psychique où le charlatanisme théurgique a peu de place. Et ce n’est aps le seul exemple du genre. Le seul apport intéressant de la médecine dite « sacerdotale » est ce que nous appelons aujourd’hui la suggestion, méthode curative commune à tous les charlatanismes, et croyances médico-religieuses. Par la suite, cette « suggestion » s’est beaucoup altéré du fait d’un mélange de moyens magiques et théurgiques, suite à la diffusion de l’esprit hélénistiquen dans des pays et chez des peuples ignorant le rationalisme scientifique. Il faut également tenir compte, après le IVe siècle, de l’influence des mystiques chrétiens.

Fébris

Outre Esculape ou Asclépios, de nombreuses divinités liées à la santé :

  • Angitia (guérison + sorcellerie);
  • Angitia (santé, poison) ou anguitina;
  • Carna (organe, santé);
  • Clitumne (santé en Ombrie);
  • Endovelicus (ibérique santé) ;
  • Febris (santé fièvre);
  • Salus ; hygiène ;
  • Meditrina (vin et santé);
  • Valentia (santé);
  • Veiovis (santé);
  • Lucine (accouchement).

 Les médecins les plus connus

 Asclépiade

Asclépiade de Bithynie, où il est né vers 124 avant JC., exerce trois professions : médecin, physicien et philosophe grec. Quelque temps après avoir exercé en Grèce il s’installe à Rome et y crée une école privée qui devient vite très connue. Asclépiade insiste beaucoup sur l’hygiène de vie et les exercices physiques. Il meurt vers 40 avant JC, très âgé, et en tombant dans un escalier.

Dioscorides

Pedanius Dioscorides est né vers 40 après JC en Cilicie (au sud de laTurquie actuelle). De nationalité grecque, il est médecin, botaniste, pharmacologue et aussi chirurgien dans l’armée de Néron. Vers l’an 70, il écrit une liste de plantes médicinales (découvertes grâce aux nombreux voyages avec l’armée de Néron) et comment les utiliser.

Celse

Aulus Cornelius Celsus, plus connu sous le nom de Celse, né à Vérone, a vécu au temps d’Auguste (25 av.-50 ap.). Il a tout d’abord écrit De Artibus, une vaste encyclopédie rédigée en latin – ce qui n’était pas la règle – et couvrant des domaines variés dont la médecine n’est qu’un chapitre, à la manière des naturalistes encyclopédistes. Le sixième livre de l’ouvrage De Medicina Libri Octo est le premier traité médical imprimé par Gutenberg en 1471. On lui doit l’inventaire d’une cinquantaine d’instruments chirurgicaux, dont de nombreux exemplaires ont été découverts à Pompéi ].

 Galien

Galien

Médecin grec, Gallien a servi pendant 4 ans au temple de sa ville natale de Pergame en tant que thérapeute du Dieu Asclépios. La dissection étant interdite par le Droit Romain, il utilise à défaut des porcs, des singes et d’autres animaux. Installé à Rome en 162, il y donne des conférences, réalise des démonstrations publiques de ses connaissances en anatomie. Sa réputation de médecin expérimenté attire beaucoup de clients dont le consul Flavius Boethius qui le présente à la cour impériale où il devient le médecin de Marc Aurèle. Il continue néanmoins d’utiliser le grec pour écrire ses traités.

Il enrichit le concept des quatre humeurs d’Hippocrate du pneuma ou « esprit vital » inhalé par les poumons et de « l’esprit naturel » élaboré par le foie, tous deux garants d’un corps sain. Ces théories furent conservées par la médecine occidentale durant 15 siècles.

Les femmes médecins, les medicae

 Le terme medica possède, comme medicus, un sens générique. A côté de la sage-femme (obstetrix en latin, maia en grec), on trouve des femmes médecins, désignées par le terme latin medica, mais la distinction avec la sage-femme est difficile à déterminer. Cependant les medicae, telle Minucia Astte (Liberta : affranchie) ou Metilia Donata ne s’occupent pas que des maladies de femme (gynécologie). Ces femmes prennent en charge l’ensemble des soins à donner aux femmes et aux hommes. Leur activité peut inclure celle de sage-femme, mais sans s’y limiter.

Pour conclure, la médecine de l’Antiquité n’est pas l’apanage des seuls grecs ou romain, même s’ils dominent largement. Les peuples dits barbares, tels que les Celtes, Les Scythes, la pratiquent aussi. Mais les écrits sont moins nombreux

Bibliographie

Dossier pédagogique : la médecine à  l’époque romaine quoi de neuf, docteur ?, Service culturel – musée gallo-romain de Lyon – Fourvière

La médecine dans l’Antiquité : professionnels et pratiques , Fabienne Olmer,Dans Sociétés & Représentations 2009/2 (n° 28), pages 153 à 172

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DIPLOMES 1980 Diplôme d’Etat d’Infirmière 1996 Diplôme de Cadre de Santé 1998 DU de Soins Palliatifs 2007 DU Ethique Soins et Santé PARCOURS PROFESSIONNEL 1980-1983 Infirmière AU CHU de Rouen 1983-1995 Infirmière dans les services de Médecine et de Cure Médicale dans un Hôpital Local Faisant fonction de cadre à partir de 1989 Infirmière Coordinatrice du SSIAD rattaché à l’établissement en 1993 1996-2002 Cadre de Santé au CHU de Rouen dans différents services, de nuit puis de jour 2002-2005 Cadre de Santé en EHPAD dans un CH de la région Normandie, responsable de 6 unités de soins soit 167 lits et chargée de missions transversales (notamment la Gestion des Risques) 2005-2018 Cadre de Santé Formateur à l’IFSI du CHU de Rouen TRAVAUX REALISES: mise en place d'un SSIAD, Transmissions ciblées, Chef de projet sur la réalisation d'un film illustrant le protocole de pose d’une bande de contention veineuse et présentation dans différents congrès, évaluation de la prise en charge de la douleur, évaluation de l'éducation des patients sous AVK, référent SIIPS, Participation au groupe de travail sur la mise en place des CLAN (Comité de Liaison Alimentation Nutrition) à la DHOS, gestionnaire de risques, animateur d'un groupe d'évaluation dans le cadre de la certification, réalisation d'audits, participation à l'élaboration et à la réactualisation de protocoles de soins. PARTICIPATION AUX INSTANCES: Conseil d’Administration, Commission de Soins, CLAN.

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