En bref

  • Au XIXe siècle, la médecine se réorganise autour de l’hôpital, de l’examen clinique et de la comparaison des cas.
  • L’auscultation (Laennec, 1816), puis l’antisepsie (Lister, 1867) et la théorie microbienne (Pasteur, années 1860 à 1880) changent le diagnostic et la chirurgie.
  • La première école de formation d’infirmières durable ouvre à Londres en 1860, à l’hôpital Saint-Thomas, sous l’impulsion de Florence Nightingale.
  • En France, deux écoles municipales laïques ouvrent en 1878, à la Salpêtrière et à Bicêtre, dirigées par le médecin Désiré Magloire Bourneville.
  • Ces dates ne marquent pas une invention du soin, mais le début d’une formation organisée et d’un métier reconnu.

Le XIXe siècle est souvent présenté comme le moment où la médecine devient « moderne ». La formule est commode, mais trompeuse si on l’entend comme une rupture nette. Ce que les historiens décrivent tient plutôt à une série de déplacements : le lieu du soin se concentre à l’hôpital, le raisonnement s’appuie sur l’examen du corps et sur des séries de cas, et la formation des soignants commence à être pensée comme un enseignement, non plus comme une transmission sur le tas.

Pour un étudiant, l’intérêt de cette période n’est pas d’aligner des dates. Il est de comprendre comment quelques idées simples (observer, comparer, mesurer, désinfecter, former) se sont installées et pourquoi elles structurent encore la pratique infirmière. Cet article distingue ce que les sources établissent assez clairement de ce qui reste incertain.

La médecine devient hospitalière et clinique

Après 1800, Paris devient un centre majeur de la médecine dite clinique. Les grands hôpitaux, avec de nombreux lits et des autopsies fréquentes, permettent de relier les signes observés chez le malade aux lésions retrouvées après la mort. Cette démarche, dite anatomo-clinique, donne une place centrale à l’examen direct du patient.

En 1816, René Laennec met au point le stéthoscope à l’hôpital Necker. L’auscultation devient un geste diagnostique enseigné. D’autres médecins de la même période, comme Pierre Louis, insistent sur la « méthode numérique » : compter les cas, comparer les évolutions, se méfier des impressions isolées. On reconnaît là l’ancêtre d’une exigence toujours actuelle, celle d’une observation datée qui vaut mieux qu’un jugement général.

Hygiène, asepsie et antisepsie

La seconde moitié du siècle est marquée par la lutte contre les infections liées aux soins. À Vienne, dès 1847, Ignace Semmelweis montre que le lavage des mains dans une solution chlorée réduit fortement la mortalité des femmes après l’accouchement. Ses collègues n’appliquent pas ses conclusions de son vivant.

À partir des années 1860, Louis Pasteur établit le rôle des micro-organismes dans la fermentation et la putréfaction. En 1867, le chirurgien britannique Joseph Lister applique cette idée au bloc opératoire avec l’acide phénique, ce qui fait chuter les infections après opération. À la fin du siècle, les travaux de Robert Koch installent la bactériologie. Le nettoyage, la stérilisation du matériel et l’organisation des chambres cessent d’être des détails : ils deviennent des actes de soin à part entière.

La première école d’infirmières durable : Londres, 1860

Florence Nightingale ouvre en 1860 la Nightingale Training School, à l’hôpital Saint-Thomas de Londres. Ce n’est pas la première tentative de former des soignantes, mais c’est celle qui s’installe dans la durée et qui sert de modèle en Europe. La formation associe un apprentissage pratique encadré dans les services et une discipline d’observation. Les élèves visées sont plutôt des jeunes femmes déjà instruites.

Le détail de son action pendant la guerre de Crimée et son usage précoce des statistiques sont traités dans l’article consacré à Florence Nightingale.

Les premières écoles françaises : 1878

En France, le mouvement est plus tardif et lié à la laïcisation des hôpitaux. Jusque-là, le soin quotidien reposait largement sur des congrégations religieuses. Deux écoles municipales laïques ouvrent en 1878 : celle de la Salpêtrière le 1er avril, celle de Bicêtre le 2 mai. Le médecin aliéniste Désiré Magloire Bourneville en est la figure motrice et les dirige jusque vers 1905.

Le programme associe anatomie, physiologie, techniques de soins et notions d’asepsie. Bourneville accueille des candidates issues des milieux populaires, parfois peu ou pas alphabétisées, à qui il faut d’abord apprendre à lire et à écrire. L’objectif est aussi politique : constituer un personnel formé, salarié et non religieux. La reconnaissance d’un diplôme national viendra plus tard, au début du XXe siècle, portée notamment par Léonie Chaptal.

Ce que ce siècle laisse à la profession infirmière

  • Un lieu : l’hôpital devient le cadre principal de la formation et de l’exercice.
  • Une méthode : observer, décrire, comparer et tracer, plutôt que se fier à l’habitude.
  • Une exigence d’hygiène : le contrôle des infections devient une responsabilité soignante quotidienne.
  • Un statut naissant : le soin infirmier commence à s’appuyer sur un enseignement, un salaire et, bientôt, un diplôme.

Il reste des zones d’ombre. Les archives renseignent surtout les grandes villes et les institutions. On connaît mal le travail des aides anonymes, souvent des femmes, dans les campagnes et à domicile. Les premières écoles concernaient peu d’élèves : la réalité du soin ordinaire a changé plus lentement que les textes.

Questions fréquentes

Peut-on dire que le métier d’infirmière naît au XIXe siècle ?

Le soin existe depuis toujours. Ce qui apparaît au XIXe siècle, c’est une formation organisée, un cadre institutionnel et, pour la France à partir de 1878, des écoles publiques laïques. La reconnaissance légale d’un diplôme est encore postérieure.

Quel est le lien entre Pasteur et les soins infirmiers ?

Les travaux de Pasteur donnent une explication aux infections observées en salle. Ils justifient des gestes que les soignants appliquent ensuite au quotidien : propreté des mains, du matériel et des locaux, isolement de certains malades.

Pourquoi les religieuses sont-elles moins présentes après 1878 ?

La Troisième République engage une politique de laïcisation des services publics, hôpitaux compris. Les congrégations reculent progressivement, tout en gardant longtemps des postes d’encadrement.

Sources et repères

  • Florence Nightingale Museum (Londres) : notice biographique et fondation de l’école de Saint-Thomas en 1860.
  • Ressources de la BnF (Gallica) et synthèses universitaires sur l’histoire de la profession infirmière : écoles municipales de 1878 et rôle de Bourneville.
  • Science Museum (Londres), dossier sur la médecine hospitalière du XIXe siècle.

Pour situer cette période dans une histoire plus longue, voir aussi les pratiques soignantes dans l’Antiquité et, sur la portée durable des campagnes d’hygiène, l’histoire de l’éradication de la variole.