POINT SUR LE COVID-19

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La maladie à coronavirus de 2019 ou Covid-19 est une maladie infectieuse émergente causée par une souche de coronavirus appelée SARS-CoV-2  . Très cette maladie est à avec transmission interhumaine via des gouttelettes respiratoires ou en touchant des surfaces contaminées puis en touchant son visage. Elle nécessite donc pour les soignants des précautions complémentaires « contact » et « gouttelettes », sur lesquelles je vais revenir.

Le premier cas rapporté est un patient de 55 ans tombé malade le 17 novembre 2019 en Chine selon !e South China Morning Post. La croissance du nombre de cas a ensuite été exponentielle : 27 cas le 15 décembre, 60 le 20 décembre (incluant plusieurs personnes travaillant au marché de gros de fruits de mer de Huanan  et hospitalisées à l’hôpital de cette ville pour pneumopathie). Une épidémie de pneumonie d’allure virale d’origine inconnue a alors émergé à Wuhan en décembre.

Le 9 janvier, a été annoncée la découverte d’un nouveau coronavirus (d’abord appelé 2019- nCoV, puis officiellement SARS-CoV2 différent du virus SARS-CoV responsable de l’épidémie de SRAS de 2003, et du virus MERS-CoV responsable d’une épidémie évoluant depuis 2012 au Moyen-Orient. Le nouveau coronavirus est l’agent responsable de la nouvelle maladie infectieuse respiratoire appelée COVID-19 (pour CoronaVIrus Disease).

Après une flambée épidémique en Chine en janvier-février, la situation épidémique a évolué au niveau mondial fin février, avec une intensification des foyers en Corée du Sud, au Japon et Singapour , et l’apparition de nouveaux foyers en Iran et en Italie. Le 10 mars, tous les pays de l’Union Européenne sont touchés par le COVID-19. Le 11, l’OMS annonce que la COOVID-19 peut être qualifié de pandémie. A partir du 17 mars à 12H00, la France entre dans le dispositif de confinement pour réduire les contacts et les déplacements, une semaine après l’Italie.

Cause de la maladie

Le COVID-19 est une maladie infectieuse causée par le SARS-CoV2. Le réservoir de ce virus est probablement animal. Le SARS-CoV2 est à 96% proche d’un virus détecté chez des chauves-souris capturées en Chine ; cet animal est donc vraisemblablement le réservoir du virus. Mais, l’animal à l’origine de la transmission à l’homme n’a pas encore été identifié formellement. Plusieurs publications ont suggéré que le pangolin (animal consommé dans le sud de la Chine) pourrait être un hôte intermédiaire.

Clinique

La durée moyenne d’incubation est de 5 jours avec des extrêmes allant de 2 à 12 jours. L’installation des symptômes est progressive sur plusieurs jours

Les premiers symptômes sont peu spécifiques : céphalées, douleurs musculaires, fatigue.

La fièvre et les signes respiratoires arrivent secondairement (souvent 2-3 jours après les premiers signes):

  • – Une fièvre supérieure à 37.5°C (presque toujours présente, la fièvre peut être légère au début, autour de 37.5°C puis monter fortement en deuxième semaine)
  • – Une toux sèche (absente une fois sur trois en Chine) ou grasse
  • – D’autres signes accompagnant les précédents sont moins fréquents tels : conjonctivite, perte brutale de l’odorat (sans obstruction nasale) et du goût, troubles digestifs (ex diarrhée).

Ce tableau clinique n’est pas toujours complet et correspond à un syndrome grippal classique. Néanmoins, dans la grippe, les symptômes apparaissent brutalement.

Dans la grande majorité des cas (80 à 85%), la maladie est bénigne.  Les symptômes peuvent durer jusqu’à 2 semaines

Les signes d’aggravation sont :

  • – Une fièvre qui s’élève brutalement
  • – Des symptômes qui s’aggravent ou apparaissent comme des céphalées, une dyspnée, Une sensation d’oppression et/ou une douleur thoracique.

Dans ce cas, il convient de contacter le SAMU centre 15.

  • – Dans les cas plus sévères, peut apparaître un Syndrome de Détresse Respiratoire Aigu
  • – Des évènements indésirables graves liés à l’utilisation d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) ont été signalés

Il s’écoule environ en moyenne une semaine entre l’apparition des premiers symptômes et l’admission à l’hôpital à la phase d’état de la maladie (fièvre, toux, douleurs thoraciques et dyspnée). La gravité des signes cliniques nécessite le maintien en hospitalisation dans environ 20% des cas e 5% requièrent un séjour en réanimation. Les formes les plus graves surviennent chez des personnes vulnérables du fait de leur âge (plus de 70 ans) ou de pathologies associées.

L’infection peut être asymptomatique ou paucisymptomatique (avec peu de manifestations cliniques) chez 30 à 60% des personnes infectées.

Les équipes du service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Bichat AP-HP et du CHU de Bordeaux, en collaboration avec des chercheurs de l’Inserm, de l’Institut Pasteur, des Hospices Civils de Lyon, du CNRS, de l’École Normale Supérieure de Lyon et de l’Université Claude Bernard Lyon, ont publié une étude le 27 mars dernier dans la revue The Lancet Infectious Diseases. Leurs travaux ont permis d’identifier trois types très différents de présentations cliniques:

– Le premier type est une présentation clinique frustre, très peu symptomatique avec évolution spontanée rapidement favorable malgré une forte présence de virus SARS-CoV-2 au niveau nasopharyngé dès le début de la maladie.

– Le deuxième type de présentation est biphasique avec une phase initiale rassurante et une aggravation secondaire environ 10 jours après le début de la maladie malgré une diminution de la charge virale au cours de cette période dans les échantillons nasopharyngés.

– Le troisième type est une présentation grave d’emblée évoluant rapidement vers une défaillance multiviscérale avec une charge virale élevée persistante dans les voies respiratoires inférieures et supérieures

Transmission  contact et gouttelettes

La majorité des premiers cas concernait était des personnes ayant fréquenté un marché d’animaux vivants, ce qui amène à privilégier l’hypothèse d’une zoonose. La transmission interhumaine est établie. En l’absence de mesures de contrôle de prévention, chaque patient infecte 2 à 3 personnes.

Ceci explique les mesures de quarantaine appliquées aux personnes revenant d’un voyage à l’étranger ou dont des membres de la famille récemment revenus de pays où sévit le virus, qui peuvent représenter des cas de COVID-19.

Selon la plupart des publications, la contagiosité semble débuter avec l’apparition des symptômes, voire quelques jours avant, et serait plus importante chez les personnes symptomatiques, notamment quand elles toussent.

Cependant, le risque de transmission par des porteurs sains se confirme. en effet, les premiers résultats d’une étude menée en France par le Professeur Xavier Duval[1] et son équipe depuis fin février, semblent le confirmer, soutenant l’intérêt du confinement. Les premières données internationales suggèrent aussi l’existence de porteurs du SARS-CoV-2 qui ne présentent pas ou très peu de symptômes, mais qui excrètent des particules virales au niveau de leur salive et de leurs fosses nasales. Si elles ne sont pas isolées, ces personnes peuvent sans le savoir transmettre le virus à d’autres, susceptibles quant à elles de développer une forme clinique, parfois grave, de la maladie. Ces données sur la transmission du SARS-CoV-2 par une personne asymptomatique sont importantes, afin d’adapter au mieux les mesures de prévention et de lutte contre l’épidémie de Covid-19.

Au vu des données disponibles, les coronavirus dans le milieu extérieur ne survivent que quelques heures sur les surfaces inertes sèches. Les mesures standard (lavage des mains , nettoyage des surfaces ) sont efficaces.

Le COVID-19 peut  se transmettre par les gouttelettes émises par les patients porteurs et par le contact via les mains. Les mesures de vont donc porter sur ces deux aspects

Les mesures barrière

Pour la population en général,  outre le confinement, les mesures barrière consistent en :

  • – Se laver les mains régulièrement
  • – Tousser ou éternuer dans son coude
  • – Saluer, sans se serrer la main et pas d’embrassades
  • – Utiliser les mouchoirs à usage unique et les jeter après usage
  • – Eviter les rassemblements, limiter les contacts (respect d’une distance d’au moins 1 m entre les personnes) et les déplacements (uniquement pour les mo
  • tifs figurant sur l’attestation de déplacement dérogatoire)
Se laver les mains , c’est bien….avec les bons gestes, c’est mieux
Le mouchoir ne sert qu’une fois, on ne jette pas le mouchoir n’importe où et on se lave les mains après l’avoir jeté

D’où les mesures de confinement appliquées maintenant de nombreux pays, afin d’enrayer la propagation du virus et protéger les personnes notamment les plus vulnérables.

Les personnes à risque sont :

  • – Les personnes âgées de plus de 70 ans et plus ;
  • – Les patients souffrant d’insuffisance rénale chronique dialysée;
  • – Les patients avec des antécédents vasculaires : HTA compliquée, AVC, coronaropathie, chirurgie cardiaque, insuffisance cardiaque stade III et IV ;
  • – Les diabétiques insulino-requérants non équilibrés ou avec des complications secondaires à leur pathologie ;
  • – Les personnes avec une pathologie respiratoire chronique susceptible d edécompenser lors d’une infection virale ;
  • – Les personnes avec une immunodépression congénitale ou acquise (sous immunosuppresseur en traitement d’une maladie chronique ou suite à une greffe, sous chimiothérapie, biothérapie ou corticothérapie à dose immunosuppressive, cancers métastasés ;
  • – Les patients atteints de cirrhose à partir du stade B ;
  • – Les femmes enceintes à partir du 3ème mois ;
  • – Les personnes présentant une obésité morbide.
Cette affiche prévue pour les maladies respiratoires hivernales comme la grippe s’applique très bien au Covid-19

Quel comportement adopter face au coronavirus selon les situations ?

  1. Absence de symptômes: mesures barrière citées plus haut, auto- surveillance (de la température 2 fois par jour, de l’apparition de symptômes).
  2. Absence de symptômes mais vie avec une personne malade du COVID-19 : isolement à domicile, sorties strictement réduites sauf pour ravitaillement alimentaire, application rigoureuse des gestes barrières, température 2 fois par jour et auto-surveillance des symptômes de la maladie, télétravail si possible. Suivi des recommandations sanitaires d’isolement à domicile disponibles sur le site du ministère de la Santé.
  3. Professionnel de santé ne présentant pas de symptômes mais contact avec une personne malade du COVID-19 en l’absence de mesures de protection appropriées : auto-surveille de la température 2 fois par jour, gestes barrières, masque chirurgical sur mon lieu de travail et avec les malades pendant 14 jours, contacter un médecin et se faire tester systématiquement en cas d’apparition de symptômes.
  4. Présence de symptômes évocateurs de COVID 19 (toux, fièvre) : appeler son médecin traitant ou un médecin par téléconsultation (n’appeler le 15 que si difficultés respiratoires ou si malaise) , isolement strict à domicile. Se faire tester uniquement si personne fragile ou à risque, si signes de gravité, si personne déjà hospitalisée, professionnel de santé, personne fragile en structure collective (EPHAD, handicap). Pour les personnes n’appartenant à aucune de ces catégories, un médecin effectue le diagnostic sur signes cliniques. Les tests en ambulatoire sont possibles.
  5. Personne testée positive ou diagnostiquée cliniquement : isolement strict à domicile, en cas de rendez-vous médical indispensable port d’un masque pour s’y rendre. En cas de difficulté respiratoire, appeler le 15. Se faire prescrire un arrêt de travail par son médecin. Selon la situation, auto-surveillance, ou mise en place par son médecin d’un protocole de surveillance. Application des consignes de maintien à domicile, pour se protéger soi et ses proches, disponibles sur le site du ministère de la Santé. L’isolement strict sera levé quand le médecin confirmera la guérison.
  6. Personne testée négative : application des gestes barrières et limitation des déplacements au strict nécessaire (travail si le télétravail est impossible, courses, visites médicales indispensables).
  7. Professionnel de santé avec des symptômes évocateurs du COVID-19 (toux, fièvre, difficultés respiratoires) : contacter son médecin, le médecin du travail de sa structure de soin ou un médecin par téléconsultation. N’appeler le 15 que si difficultés respiratoires. Isolement strict à domicile et se faire tester systématiquement. Si positif, isolement strict et arrêt de travail, comme le reste de la population. Si négatif, possibilité de continuer le travail.
 SONT EFFICACES LES GESTES BARRIERES ET LA DISTANCIATION SOCIALE

 Port du masque chirurgical : non recommandé sans présence de symptômes. Le masque n’est pas la bonne réponse pour le grand public car il ne peut être porté en permanence et surtout n’a pas d’indication sans contact rapproché et prolongé avec un malade.

Le port du masque est recommandé par le ministère de la Santé aux personnes présentant des symptômes pour sortir, si contact avec une personne fragile, pour aller dans un établissement de soins, ou chez le médecin. Mais cela ne suffit pas. Les infections respiratoires, comme la grippe ou les coronavirus, se propagent de trois façons :

–          par les gouttelettes de salive émises lors de la toux ou des éternuements ;

–          par les gouttelettes

–          par les aérosols viraux présents dans le souffle ;

–          et, nous l’avons vu, par les mains.

Conçus  pour protéger l’entourage plus que la personne qui porte le masque, les masques chirurgicaux font aussi barrière.  Mais ils ne couvrent pas l’intégralité du visage et laissent donc passer les aérosols, ce qui est insuffisant pour les professionnels exposés à des projections lors de soins. Le port de masques de type FFP2 est alors préconisé pour les personnels de soins lors des phases de transmission interhumaine et pandémique et pour les personnes à risque majeur d’exposition (proximité de moins d’un mètre d’une personne malade), tels que les professionnels de santé au contact des malades. Le « masque canard » est une précaution excessive pour les particuliers.

Rappel pour les soignants

Pour éviter la transmission des gouttelettes de taille supérieure à 5µ, le masque à utiliser est de type « médical » (type I) ou masque chirurgical et doit être porté :

– par le soignant dans un rayon d’environ 1,5 m autour de la personne contagieuse, 

– par la personne contagieuse lors de ses déplacements hors de sa chambre.

Ce masque de type « chirurgical » est à changer toutes les 3 à 4 heures. Le lavage des mains est  automatique à chaque changement. Il est à jeter dès qu’il est mouillé ou souillé, dans une poubelle si possible équipée d’un couvercle et munie d’un sac plastique. L’élimination se fait par la filière des ordures ménagères. Un double emballage est recommandé pour préserver le contenu du premier sac en cas de déchirure du sac extérieur, lors de la collecte. Puis se laver les mains à l’eau et au savon ou effectuer hydro-alcoolique.  

Le malade doit porter un masque chirurgical dès les premiers symptômes et dès qu’il est en contact avec un soignant ou en présence de toute personne l’approchant à moins de 1 mètre.

Si les pratiques de soins exposent à des projections, le soignant doit porter un masque « canard » de  FFP2 destiné à protéger le porteur contre les risques d’inhalation d’agents infectieux transmissibles par voie aérienne. Il le protège a fortiori aussi contre le risque de transmission par gouttelettes.  Sa durée de protection varie entre trois et huit heures, mais il est difficilement supporté au-delà de quelques heures. Une fois mis en place, le masque ne doit plus être touché. Une fois enlevé, il ne doit pas être réutilisé. Il doit être changé immédiatement en dehors de la présence du patient, chaque fois qu’il est souillé, mouillé, ou mal positionné sur le visage.

Gants : inutiles. Les gants peuvent également servir de support au virus après souillage par des gouttelettes (les sécrétions respiratoires émises lors de la toux, de l’éternuement, des discussions) on tousse, éternue, ou discussion), moyen de transmission du coronavirus. Le port de gants est réservé à des situations très spécifiques (personnels soignants réalisant des prélèvements ou gestes à risque). Ce sont les gestes barrières et les mesures de distanciation sociale qui sont efficaces.

Désinfection des surfaces :  En plus du nettoyage régulier, les surfaces fréquemment touchées avec les mains doivent être nettoyées et désinfectées deux fois par jour, notamment lorsqu’elles sont visiblement souillées (poignées de porte, boutons d’ascenseur, interrupteurs d’éclairage, poignées de toilettes, comptoirs, mains courantes, surfaces d’écran tactile et claviers.

Les produits de nettoyage et désinfectants couramment utilisés (eau de Javel, alcool 70°…) sont efficaces contre le COVID-19.

 

SOURCES

www. pasteur.fr

www.santé.gouv.fr

www.inserm.fr

https://presse.inserm.fr/publication-dune-etude-dans-la-revue-the-lancet-infectious-diseases-portant-sur-les-cinq-premiers-cas-de-covid-19-identifies-en-france-et-en-europe-entre-le-24-et-le-29-janvier-2020/38931/

[1] unité 1137 Inserm/Université Paris 13/Université Paris Diderot et CIC-EC 1425 Hôpital Bichat, AP-HP/Nord-Université de Paris

Etat de la recherche sur le traitement des patients atteints par le COVID-19

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Chloroquine, le médicament dont on parle beaucoup

 Depuis plusieurs jours, la chloroquine revient dans les discours des médias comme le médicament miracle contre le COVID-19 suite aux essais menés par l’équipe du Pr Raoult à Marseille. Le Haut Conseil de le Santé Publique a tranché et recommande de ne pas l’utiliser sauf dans les cas graves et sous surveillance médicale stricte. L’OMS a émis les mêmes recommandations.

Ce matin de nombreux marseillais et d’autres venant d’autres villes pourtant éloignées, se sont présentés pour se faire tester par l’équipe marseillaise. Face à tous ces éléments je pense que vous vous posez des questions.

  1. Qu’est-ce que ce médicament : la chloroquine ?
  2. Quel est son effet sur le COVID-19 ?
  3. Pourquoi ne pas l’administrer à tous s’il est efficace ?

 

  1. La choloroquine (Nivaquine®) est un antipaludéen bon marché connu depuis de nombreuses années mais aujourd’hui peu utilisé du fait du développement de résistances. Il existe un dérivé mieux toléré, l’hydroxychloroquine (Plaquenil®). Indiqués principalement dans la prévention et le traitement du paludisme, ils sont aujourd’hui très peu utilisés en raison du développement de résistances. Ils sont également indiqués dans la polyarthrite rhumatoide, le lupus érythémateux et dans la prévention de la lucite.

La posologie habituelle varie entre 100 mg et 300 mg par jour selon les iindications, bien loin des 500 mg 2 fois par jour pendant 10 jours préconisés contre le COVID-19 ; Cependant, déjà à ces doses, ces médications présentent des effets indésirables :

–          troubles de la vision (risque d’atteinte de la rétine);

–          mouvements anormaux de la tête (tics, torticolis…) ;

–          éruption cutanée étendue associée ou non à de la fièvre ou des ganglions (risque de syndrome d’hypersensibilité médicamenteuse, rare mais potentiellement grave) ;

–          malaise, sueurs, palpitations, tremblements, pâleur (pouvant traduire une hypoglycémie);

–          troubles du rythme cardiaque potentiellement graves, en particulier en cas d’hypokaliémie, d’insuffisance cardiaque non contrôlée, d’infarctus du myocarde récent ou de ralentissement important du cœur.

Par ailleurs, certaines association avec d’autres médicaments sont déconseillées, comme ceux contenant de Citalopram ou  de l’Escitalopram (2 antidépresseurs de la famille des Inhibiteurs de la Recapture de la Sérotonine, commercialisés respectivement sous les noms  de Seropram® et Seroplex®) ou de la Dompéridone (plus connue sous les noms de Motilium® et de Peridys®, antiémétiques qui ne sont plus commercialisés). En effet, ces traitements augmentent le risque de troubles du rythme cardiaque. La chloroquine et son dérivé peuvent interagir avec d’autres médicaments susceptibles de provoquer des torsades de pointes ou les médicaments contenant du Tamoxifène (traitement utilisé chez la femme dans certains cancers du sein). De même, ils interagissent avec les médicaments contenant des hormones thyroïdiennes, de la ciclosporine (immunosuppresseur utilisé dans certaines maladies auto-immunes et après les transplantations d’organes) ou de la cimétidine (un des premiers anti-ulcéreux plus guère utilisé).

Ainsi, ces effets secondaires et les interactions possibles avec certains traitements justifient les préconisations d’utilisation sous surveillance médicale stricte, d’autant que la posologie recommandée contre le coronavirus est largement supérieure aux posologies habituelles.

  1. Les essais cliniques réalisés par l’équipe du Pr Raoult, à Marseille, n’ont porté que sur 24 patients et n’ont pas suivi les procédures habituelles (absence de précisions sur le traitement de référence ayant servi de point de comparaison, et absence d’éléments chiffrés et de détails sur l’état clinique initial des patients.). Les résultats auraient montré une efficacité apparente et une innocuité accceptable.
    Pr Raoult

    Des essais ont également été réalisés en Chine sur une centaine de patients dans 10 hôpitaux. Les chercheurs chinois préconisent une dose maximale de 20 mg /kg /jour , en cohérence avec les recommandations d’un consensus d’experts qui sont de 500 mg 2 fois par jour.

Mais les experts, en général, restent prudents quant à l’utilisation de la chloroquine. En effet, selon le  Professeur Vabret, cheffe du service de virologie du CHU de Caen, la chloroquine fonctionne in vitro sur les virus enveloppés comme le COVID-19, mais les données cliniques restent limitées. En outre, la molécule génère des effets indésirables chez les seniors ou lorsqu’elle associée à certains antibiotiques. ;

Aussi, le Ministère de la Santé a demandé à d’autres établissements de faire des tests car il est nécessaire d’avoir des données validées scientifiquement. Il est avéré que la Chloroquine est efficace contre le SRAS et lors de tests réalisés sur des modèles animaux contre le virus H5N1. Elle s’est montrée efficace contre le COVID-19 lors de tests en laboratoire, tout comme le Remdesivir (antiviral développé pour traiter Ebola). Le Ministre de la Santé s’est entretenu  avec le Pr Raoult et a fait remonter les résultats de l’étude et les observations de ce dernier, à la Direction Générale de la  Santé. Néanmoins, d’ores et déjà, le traitement controversé par a chloroquine du Pr Raoult rejoint l’essai européen Discovery dont la part française est conduite par l’INSERM.

L’étude Discovery, lancée au niveau européen, porte sur 4 traitements expérimentaux. En voici quelques données :

  • – 3200 patients européens inclus en Belgique, aux Pays-Bas au Luxembourg, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Espagne et en France ;
  • – En France, 800 personnes concernées par cette étude dans 5 établissements (Paris AP-HP Bichat, CHU de Lille, CHU de Nantes, Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, Hospices Civils de Lyon) avant ouverture à d’autres centres (une vingtaine environ).
  • – Malades volontaires répartis de manière aléatoire dans quatre groupes qui recevront des soins différents

o   groupe 1 : soins de réanimation optimaux sans médicament antiviral ;

o   groupe 2 : administration de l’antiviral remdesivir ;

o   groupe 3 : administration d’une association lopinavir-ritonavir, déjà utilisée contre le VIH ;

o   groupe 4 : même association que pour le groupe 3,en combinaison avec un autre médicament, l’interféron bêta, tout cela en plus des soins de réanimation.

L’hydroxychloroquine va être incluse dans cette étude avec un groupe 5.

L’INSERM précise sur les essais seront adaptatifs, c’est-à-dire que très rapidement, les traitements expérimentaux inefficaces pourront être abandonnés et remplacés par d’autres molécules issues de la recherche. Les premières évaluations devraient émerger dans les 15 jours qui suivent l’inclusion de chaque patient.

3. Vous l’avez compris, la chloroquine est apparemment efficace sur le COVID-19 in vitro, mais les essais réalisés par l’équipe de Marseille in vivo sur 24 patients sont insuffisants et les résultats des autres essais en Europe ne sont pas encore disponibles. Mais pourquoi est-ce si long me direz-vous ?

Avant les essais cliniques, c’est-à-dire les essais menés sur l’Homme, il y a la phase pré-clinique. La molécule est testée in vitro et in vivo sur trois espèces animales différentes, dont un rongeur, et ce, afin d’étudier son mécanisme d’action, sa diffusion dans les tissus, son devenir, sa toxicité et sa dose active. Cette étape permet d’estimer la dose à administrer chez l’homme.

Les essais cliniques à proprement parler, sur l’Homme, doivent avoir l’avis favorable du Comité de Protection des Personnes et l’autorisation de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM), et se déroulent en trois phases. Chacune d’entre elles nécessite le consentement écrit, libre et éclairé du patient.

Durant la phase 1, le médicament est testé sur un petit groupe de personnes (le plus souvent des volontaires sains, mais il peut aussi s’agir de volontaires malades ), afin de voir si le produit est sûr via l’observation par les scientifiques du comportement de la molécule dans le corps humain et l’évaluation de sa toxicité.

Au cours de la phase 2, les essais se poursuivent sur un petit groupe homogène de volontaires atteints de la maladie ciblée (en général  quelques centaines), pour identifier les éventuels effets secondaires de la molécule et rechercher sa plus petite dose efficace.

La phase 3 est la dernière étape avant la demande d’autorisation de mise sur le marché (AMM). L’objectif est de tester l’efficacité de la molécule sur une population beaucoup plus large (quelques milliers de patients), occasion de surveiller l’apparition d’autres effets secondaires qui seraient passés inaperçus lors des phases précédentes. C’est cette phase qui va se dérouler pour la Chloroquine contre le COVID-19.

Généralement, chacune de ces phases prend plusieurs mois ; Mais contre le COVID-19, le temps presse, et nous l’avons des réponses suite aux essais de l’Etude Discovery sont attendues sous quinzaine.

En France, l’un des projets les plus significatifs est l’Etude Discovery, déjà citée et dont l’investigatrice principale est la professeure Florence Ader (Inserm, CNRS, université Lyon-I).

Pour conclure:

A ce jour, des milliers de chercheurs sont engagés dans une course contre la montre. À travers le monde, les scientifiques s’affairent pour trouver dans les meilleurs délais un traitement au Covid-19. En Chine, les médecins testent sur des patients des médicaments ayant fait leurs preuves contre d’autres virus tels le VIH et le VHC (méthode qui s’appelle le repositionnement). Dans un laboratoire lyonnais participant aux recherches, une dizaine d’autres molécules sont testées sur des cellules infectées par le Covid-19.

La Chine réalise également une collecte de plasma sanguin chez des patients guéris pour utiliser leurs anticorps sur des malades, stratégie déjà mise en œuvre pour l’épidémie de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère). Pour protéger les populations, la recherche d’un vaccin prendra plus de temps, car une fois mis au point, il devra être testé sur des animaux avant le début des essais cliniques.

En préparation

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Des articles

– sur le COVID-19

– sur les mesures barrières pour les soignants et la population

– sur les essais cliniques en cours et à venir  (en particulier la chloroquine qui fait beaucoup parler)

A très vite

 

Les soignants au Moyen Age

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Depuis la préhistoire, les femmes ont la rude tâche de conserver la vie qu’elles donnent. En effet, les premières pratiques ont lieu autour de l’accouchement et de l’allaitement  Ensuite, dans l’Antiquité, l’image du corps revêt une importance particulière et l’eau, symbole de vie et de purification est abondamment utilisée. En outre, les plantes sont utilisées en thérapeutique, et ce, vraisemblablement depuis le néolithique. Mais lorsqu’arrive le Moyen-Age, la donne change

 

Soigner les malades, un devoir de charité

L’Eglise est la seule, à cette époque, à avoir le pouvoir de discerner ce qui est bon ou mauvais pour l’âme et le corps. Le christianisme devenant petit à petit  la religion d’Etat en Occident, les rites païens sont réprouvés. Les pratiques de soins autour de la fécondité et des sources de nourriture restent le domaine des femmes. Mais, « ces dernières vont apparaître comme le véhicules de croyances et rites païens »(1), et donc comme agent de Satan. Les guérisseuses sont souvent brûlées comme sorcières. 

Peu à peu, sous l’influence de l’Eglise, une nouvelle conception des soins s’installe, niant le lien corps-esprit. Avec la propagation des évangiles, le sens chrétien de la charité passe par le soin de son prochain et si possible la guérison des malades. Le corps et la chair sont méprisés. C’est l’esprit qui domine et le corps doit connaître la douleur pour se racheter. La maladie devient une épreuve divine et l’Eglise décide des connaissances à utiliser et limitent les pratiques d’hygiène (la peste , par exemple, est longtemps considérée comme un fléau que Dieu envoie pour punir les hommes). C’est la naissance d’une nouvelle médecine qui va rester longtemps « l’exclusivité des hommes d’Eglise » (2). La médecine devient une science et une profession dans laquelle, jusqu’en 1452, les praticiens sont soumis au célibat et ne peuvent exercer sans l’assistance et le conseil d’un prêtre. Bien sûr, l’entrée des écoles de Médecine est interdite aux femmes (et ceci perdure jusqu’au XIXème siècle).

La pratique des femmes « médecins »  persiste néanmoins, mais leur pratique est limitée car elles exercent sans la permission de l’Eglise et de façon empirique. Néanmoins, au XIVème siècle, 14 femmes médecins sont enregistrées comme médecins à Francfort; et à Salerne, elles sont admises à l’Université.

Quant au médecins-hommes, leur nombre officiel reste réduit (29 médecins à Paris en 1311, et 10 à 15 élèves à la Faculté de médecine au XVème siècle. Aussi, les femmes guérisseuses s’occupent de soigner les gens du peuple, malgré les interdictions  des autorités. Elles ne sont pas supplantées par les médecins dont le rôle est davantage d’interpréter la symbolique du bien et du mal en relation avec l’insertion de l’homme dans l’univers. Les pratiques de soins des guérisseuses transmises par tradition orale et par les femmes ont constitué un patrimoine de savoir dans lequel les médecins vont puiser malgré les condamnations de l’Eglise du Moyen-âge.

 

La formation des médecins au Moyen-âge

C’est généralement à l’ombre de l’église cathédrale, à « l’école canoniale », que se forment les médecins. Jusqu’au XIème siècle, la compétence du médecin s’étend à toutes les parties de l’art de guérir, car la médecine, la chirurgie et la pharmacie sont confondues.

Deux universités se démarquent dans la formation des médecins car elles sont des portes ouvertes à la fois sur le passé et l’avenir: Salerne et Montpellier.

  • Salerne, cité « hippocratique » est dotée d’un hôpital bénédiction dès le VIIème siècle et son école de médecine est créée avant 846. La renommée de ses médecins laïcs est déjà grande à la fin du IXe siècle. 
  • La Faculté de médecine de Montpellier, est la plus ancienne en activité du monde (l’école de médecine de Salerne ayant disparu au début du XIXe siècle par décret du 29 novembre 1811).  Elle a précocement été animée par le courant médical méditerranéen et a bénéficié dès ses débuts d’un double apport : juif et hispano-mauresque d’une part et italo-salernitain d’autre part. Son indépendance scientifique a été une conséquence des remous politiques qui ont agité les premiers siècles de son histoire. Sa relative tolérance et son souci d’objectivité caractériseront longtemps l’école de Montpellier qui  s’opposera par là à la Faculté de Paris, plus intransigeante, plus étroitement portée aux attitudes conservatrices et plus rigoureusement attachée aux dogmes théologico-philosophiques. L’enseignement médical est beaucoup plus ancien à Montpellier qu’à Paris, puisqu’au XIIème siècle Paris n’était guère connu que pour sa Faculté de Théologie. 

Le Montpellier du Moyen Age a instruit ou accueilli de nombreux médecins parmi les plus grands. Son école s’honore de compter parmi ses élèves Gabriel et François Miron, médecins de Charles VIII, Nostradamus (1530), Laurent Joubert (1558) et trois anatomistes réputés : Sylvius (1530), Platter (1555), Bauhin (1580). Plus tard Théophraste Renaudot, Pecquet, Vieussens, Sydenham, Boissier de Sauvages et de nombreux autres tel Guillaume Rondelet qui se lie d’amitié avec François Rabelais qui obtint à Montpellier son titre de docteur en médecine en 1537.

 

Les infirmières, une origine apparentée à celle des ordres religieux

Seules les femmes consacrées peuvent avoir une fonction sociale, celle d’aider les pauvres. Petit à petit, avec le développement des communautés religieuses féminines, mais aussi, la naissance des grands ordres hospitaliers militaires, les femmes consacrées vont pouvoir avoir quelques activités soignantes dans les Maisons-Dieu ou Hôtels-Dieu, et s’occuper de l’instruction des filles. Les ordres hospitaliers les plus connus sont:

– les Antonins (1095),
– l’ordre du Saint-Esprit (1178),
– l’ordre des Porte-Croix (1160),
– l’ordre de Saint-Lazare (1187),
– et l’ordre des Chevaliers Teutoniques (1197).
Un des plus actifs fut celui de Saint-Jean de Jérusalem (1100) transféré à Saint-Jean d’Acre puis replié à Rhodes.

Les soignantes sont donc des religieuses (dont le corps n’a pas été souillé par la péché de chair et donc vierges et consacrées). Elles  peuvent être aidées par des repenties (souvent des prostituées) et des veuves dont la foi est mise à l’épreuve. Ces soignants dispensent des soins de confort basés sur le dévouement.

La fonction soignante est organisée dans la société avec l’apparition des grandes épidémies. Le mot « enfermier » est apparu  en 1398, dérivé du terme « enfermerie ». « Enfermière ou infirmière apparaît dans les statuts des maisons féminines des ordres nés des croisades, pour désigner la moniale chargée de soigner ses consoeurs malades. L’appellation est devenue courante dès la fin du XVème et le début du  XVIème siècle pour désigner la sœur infirmière, le moine infirmier » (3)

On retrouve aussi dans le mot « infirmier », le terme « infirme » (du latin , infirmus) qui désigne quelqu’un de faible, sans force, atteint d’infirmité, impotent, invalide; l’infirmier devient celui qui s’occupe des infirmes.

Les infirmières  s’occupent des besoins matériels des malades. Elles les nourrissent, les lavent, leur donnent des thérapeutiques, changent leurs draps, ansent leurs plaies et veillent à la propreté. Elles connaissent une foule de remèdes.

Hildegarde de Bingen

Parmi ces femmes, une figure s’impose: celle d’Hildegarde de Bingen (1098-1178) qui a sûrement agi comme médecin dans les monastères et dans ses voyages. Elle pulie deux traités de médecine ou de sciences naturelles dans lesquels elle décrit une grande quantité de maladies physiques et psychologiques, et propose des médicaments pour soulager ou guérir (ses livres énumèrent pas moins de 213 variétés de plantes et 55 arbres et plus d’une douzaine de dérivés minéraux et animaux.

 

Hospices et soins infirmiers

Les premiers hospices sont issus des monastères et la façon dont les moines et les moniales s’occupent des malades va servir de modèle aux laïcs. Les monastères disposent d’une infirmerie où les malades reçoivent les traitements, mais également d’une pharmacie et d’un jardin de plantes médicinales.

La volonté de créer des hôpitaux vient souvent des ecclésiastiques. On voit naître des communautés religieuses de femmes vouées aux soins des malades. Les plus connues sont les Augustines de l’Hôtel-Dieu de Paris, fondées au VIIème siècle et réformées au XIIIème siècle; celles-ci restent le modèle des congrégations hospitalières.

Un grand nombre des hôpitaux encore existants sont fondés au Moyen-Age: Hôtel-Dieu de Lyon, Hôtel-Dieu de Paris, Hôpital d’York, Hôpital Saint -Thomas de Londres, … Par exemple, l’Hôtel-Dieu  de Paris, près de Notre-Dame, accueille les pauvres, malades ou non dès 651; il est ouvert aux malades en 829 et restera à la charge entière du clergé jusqu’en 1505.

Le temps passant, les bienfaiteurs laïcs fondent aussi des hôpitaux. La plupart de ces établissements sont contrôlés par les autorités religieuses ou les princes. Le personnel est religieux dans la majorité des cas; ce sont des moines et des moniales dont la collaboration et la cohabitation sont très réglementées.

Si la médecine est enseignée à l’Université, il n’y a pas d’école pour les Sciences Infirmières. La formation se fait en pratiquant en suivant les plus anciens. D’ailleurs, il n’existe pas de fonction soin au sens où nous l’entendons aujourd’hui. Les malades étaient regroupés dans des lieux fermés tels les léproseries qui ont une fonction d’hébergement et d’isolement.

 

Pour conclure cette approche des soignants au Moyen-âge, deux profils se dégagent:

  • celui de ceux qui prennent soin afin de préserver la vie, rôle généralement dévolu aux femmes
  • celui de ceux qui donnent des soins pour lutter contre le mal avec la notion de traitement.

Le premier est en lien avec la fonction soignante élaborée autour du rôle maternel, évolue au Moyen -âge vers des valeurs propres aux religieuses qui endossent ce rôle, telles la disponibilité (les religieuses n’ayant pas la charge d’une famille) et l’abnégation, valeurs inscrites dans la tradition de charité et de bénévolat. Ce qui ne sera pas sans conséquences pour la profession d’infirmière.

 

Bibliographie

(1)  COLLIERE Marie-Françoise, Promouvoir la vie, InterEditions, 1982, page 50/389

(2) Ibid p 52

(3) Trésor de la langue française. Dictionnaire de la langue des XIXème et XXème siècles, 1789-1983, tome 10, Paris, CNRS, ouvrage cité par DUBOYS-FRESNEY Catherine, Le métier d’infirmière en France, PUF, Collection Que sais-je, 1996, page 9/127

Bonne année 2020

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Hello à tous! Voilà un moment que je n’ai rien publié. Je vais me contenter pour aujourd’hui de vous souhaiter une bonne et heureuse année 2020. Et l’une de mes résolutions est d’écrire un article très prochainement et de le faire plus régulièrement.

A très bientôt.

Infirmièrement vôtre

Laure

Les pratiques soignantes dans l’antiquité

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Dans la première partie consacrée aux pratiques de soins dans l’antiquité, nous avons traité celles de l’Egypte ancienne évoqués dans plusieurs manuscrits sur cuir ou sur papyrus, sur des peintures et par l’intermédiaire d’objets. La référence de la médecine égyptienne repose sur le mythe d’Osiris, assassiné par son frère Seth et dispersé dans le Nil en trente-six morceaux dont la sœur et épouse d’Osiris, Isis, retrouva trente-cinq morceaux qu’elle réunit et ramena à la vie. Seul manquait le phallus de son époux, morceau dévoré par un poisson. Isis put néanmoins être fécondée par Osiris ayant pris la forma d’un faucon et donner ainsi naissance à Horus. Outre les divinités que nous venons de citer bien d’autres sont invoquées par les égyptiens pour la santé. Le pharaon partage avec elles le pouvoir de guérir. Imhotep, que nous avons cité en première partie, symbolise la fusion de la médecine mythologique et praticienne. De nombreux temples lui ont été consacrés ce qui atteste de son influence sur la société égyptienne jusqu’à la conquête du pays par Alexandre le Grand (322 av JC), et explique son identification par les grecs à Asclépios qui devient Esculape pour les Romains. Les offrandes à ce dieu sont indispensables pour obtenir une guérison. Cependant, à force de voir des malades les prêtres médecins et les laïcs ont appris à reconnaître les maladies et les soigner.

 

2ème partie : la médecine dans l’antiquité grecque

Tout comme pour l’Egypte ancienne, la littérature évoque les soins dans l’Antiquité grecque et romaine à travers la pratique de la médecine. En effet, les médecins antiques jouissaient d’un statut particulier, malgré un lien toujours très fort avec la théurgie. La médecine grecque est censée remonter à l’époque d’Homère dont l’Odyssée mentionne les médecins de profession, « artisans qui rendent service à tous ». Les soins de cette époque reposent sur les pratiques magiques ou religieuses avec bain de purification et sacrifice, ou encore cathartiques, et de surcroît payants. L’enseignement de la médecine n’est pas formalisé. Il existe toutefois des centres d’apprentissage, comme les écoles de Cos ou de Cnide, les Asclépiades. Le plus célèbre médecin est bien sûr Hippocrate (Vème siècle avant JC), issu d’une famille de médecins et ayant fréquenté les Asclépiades. L’enseignement se structure après la fondation de la bibliothèque d’Alexandrie et de son musée, soit vers 285 avant JC. S’y est ouvert un centre de recherches, équivalent de nos universités, où se sont formés des médecins célèbres comme Hérophile, Erasistrate, Dioscoride… Beaucoup d’entre sont des précurseurs. Citons Galien dont les travaux sont à la base de la médecine arabe pendant que l’Occident chrétien perd en grande partie les savoirs antiques.

Les grands noms de la médecine grecque

La médecine pré-hippocratique
Le pythagoricien Alcméon ouvre la première école de médecine grecque à Cnide en 700 av JC où la pratique de l’observation trouve son origine. découvre les nerfs grâce à la dissection sur des animaux. Il développe les connaissances anatomiques des organes des sens : nerf optique, canal auditif, tympan et découvre l’existence des trompes d’Eustache. Il attribue au cerveau le rôle de siège de la pensée.

La médecine hippocratique
Hippocrate symbolise l’émancipation de la médecine. Pourtant, les médecins grecs continuent à se considérer comme les descendants d’Asclépios et quand l’ordre des médecins s’ouvre par la suite aux étrangers, il leur faut prêter serment en citant Apollon, Asclépios, Hygie et Panacée.
Il existe de nombreux médecins privés, mais Athènes dispose d’un service de santé géré par l’état. Les futurs médecins se présentent devant l’Ecclesia. Et les pratiques comportent des interventions assez élaborées (blessés pansés avec des baumes, soins dentaires avec amalgames de plomb ou d’or, bains d’yeux…).


Hippocrate, considéré comme le « père de la médecine », (né en 460 avant JC-377 avant JC) établit son école Cos et enseigne la médecine moyennant salaire. Selon lui, l’origine des maladies n’est pas dans le divin, mais réside dans des changements d’air et de saison ; Les maladies sont provoquées par un déséquilibre entre les quatre humeurs (sang, phlegme ou pituite, bile jaune et bile noire). Le rôle du médecin est de rétablir l’équilibre en faisant jouer les éléments contraires, d’où la pratique de l’allopathie. Ses deux fils, Thessalos et Dracon sont ses disciples.
Son œuvre, la collection hippocratique comprend une soixantaine d’ouvrages, correspondant au savoir de l’école médicale dont Hippocrate n’est l’auteur unique. Ses connaissances sont l’observation et la dissection des animaux et par conséquent les connaissances chirurgicales sont limitées.
Il définit l’objet de la médecine avec la célèbre maxime, « Primum non nocere », une des bases de l’éthique médicale encore de nos jours. La médecine reste toutefois un métier qui a ses limites et selon la médecine hippocratique, il faut savoir ne pas intervenir quand toute action est vaine ou nuisible. Nous devons également au père de la médecine, le triangle hippocratique (maladie, malade, médecin) où la relation thérapeutique est une stratégie d’alliance dans le combat contre la maladie mené par le malade avec l’aide du médecin. Un autre aspect de la médecine hippocratique est le professionnalisme avec rigueur, honnêteté, calme, compréhension et sérieux, ainsi que le rôle important de l’observation via les cinq sens, de l’interrogatoire du patient et de son entourage pour déterminer les changements au regard de l’état antérieur. L’examen clinique est assez proche de ce qu’il est aujourd’hui. L’analyse des données recueillies s’intéresse au diagnostic mais plus encore au pronostic.
De plus, Hippocrate a donné son nom à des termes encore utilisé de nos jours : faciès hippocratique (changement dans le visage à l’approche de la mort ou pendant une longue maladie), hippocratisme digital (déformation des parties molles de l’extrémité des doigts ou des orteils, signe important dans la BPCO, le cancer du poumon, les cardiopathies cyanogènes …), réduction d’Hippocrate (réduction d’une luxation de l’épaule par traction sur le membre supérieur accompagnée d’une contre-traction dans l’aisselle)…
Ainsi, la médecine hippocratique se situe plus dans le cadre général des médecines naturelles plutôt que dans le cadre de la médecine académique moderne surtout fondée sur l’anatomie, la clinique et la biologie. Son enseignement repose sur une véritable déontologie médicale exprimée notamment dans le fameux Serment d’HIppocrate.

Evolution de la médecine après Hippocrate

Aristote (384 av JC-322 av JC) reste l’un des penseurs les plus influents, l’un des rares à avoir abordé presque tous les domaines de connaissances de son temps. La nature (physis) tient une place importante dans sa philosophie. Membre de l’Académie de Platon et son ami, il devient le précepteur d’Alexandre le Grand jusqu’aux quinze ans de ce dernier. Il fonde le Lycée, sa troisième école (après celles d’Assos et de Mytilène). Aristote distingue cinq vertus intellectuelles : technè (art ou technique), épistèmè (science des vérités éternelles), phronésis (prudence), sophia (sagesse) et noûs (intelligence). La médecine, selon lui, relève à la fois de l’épistèmè par l’étude de la santé humaine et de la technè par le soin (la première peut être apprise à l’école, la seconde vient de la pratique). Elle est une science productive (ou poïétique) mais qui s’appuie aussi sur la biologie, la botanique (sciences spéculative sou contemplatives), l’éthique (science pratique). Selon Aristote, la science utilise la démonstration comme instrument de recherche.

La médecine se perfectionne avec Hérophile de Chalcédoine, disciple de Praxagoras et d’Erasistrate de Céos, avec l’émergence de l’école empirique qui se contente de décrire les maladies.

Hérophile (vers 330-320 av JC – 260-250 av JC) est l’un des premiers avec Erasistrate à s’intéresser au fonctionnement du corps sain, contrairement à Hippocrate axé sur la maladie. Il aurait rédigé neuf traités d’anatomie qui n’ont pas survécu à l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie. Ses ouvrages perdus portaient sur l’anatomie, le pouls, la thérapeutique, le régime et l’obstétrique et sont cités par Galien. Hérophile établit l’anatomie de l’œil et du foie et met en évidence l’importance des pulsations cardiaques pour le diagnostic. Après sa mort, les recherches anatomiques cessent progressivement pour ne reprendre que vers 1350 avec Mondino de Liuzzi et la dissection de cadavres.

Erasistrate (vers 310-250 av JC) étudie auprès de Théophraste, successeur d’Aristote. Fondateur avec Hérophile de l’école d’Alexandrie, il s’oppose à la médecine hippocratique, à la saignée, à la théorie des humeurs, et avec la distinction entre nerfs moteurs et nerfs sensitifs, l’observation des circonvolutions du cerveau, et la description exacte du cœur. Ses connaissances en ophtalmologie et ses travaux en font un précurseur de la neurophysiologie et de la neurologie, ainsi que le fondateur de la physiologie expérimentale.

Detail of a Woodcut depicting ancient herbalists and scholars of medicinal lore « Herophilus and Erasistratus »

Galien (131 – ) suit se études médicales à Smyrne, Corinthe et Alexandrie, Il exerce plusieurs années auprès de gladiateurs ce qui lui confère une expérience pratique des traumatismes profonds. Sa thèse sur la circulation sanguine, bien qu’erronée, fait longtemps autorité. Nous reparlerons de lui lorsque nous aborderons les pratiques soignantes chez les Romains.

Quels soignants pour quels soins dans la Grèce antique ?

Contrairement aux égyptiens, la Grèce connaît surtout le médecin généraliste. Il existe peu de spécialités hormis la chirurgie, la gynécologie (comme en témoignent des traités des écoles de Cnide et de Cos). Il existe aussi des ophtalmologistes et des dentistes.
La formation des médecins se fait la plupart du temps par apprentissage. Les disciples apprennent auprès de leurs maîtres l’art du diagnostic et du pronostic, ainsi que les actes médicaux de l’époque : saignées, lavements par clystères, pose de ventouses, et quelques actes chirurgicaux comme la trépanation. Toutefois, le titre de médecin ne fait l’objet d’aucun contrôle, même si à Athènes, l’Ecclésia examine les titres des candidats pour sélectionner les plus capables. Il suffit selon Gorgias « d’être beau parleur » plus que compétent ! Le médecin recruté a ensuite à sa disposition un local pour ses consultations et les médicaments prescrits sont remboursés par l’Etat grâce à un impôt spécial. L’objectif est surtout pour l’Etat de disposer de médecins « compétent » à une époque où l’état sanitaire est précaire.
Le pharmacien tient une place importante et prépare les remèdes, prescrits par les médecins ou vendus directement, à partir d’épices et de plantes.

Des femmes médecins furent reconnues par leurs pairs. Elles restent néanmoins souvent confinées aux tâches de l’enfantement. La plus ancienne sage-femme mentionnée chez les Grecs est Agnodicé née au VIe siècle avant J.-C., à Athènes où la loi a longtemps interdit aux femmes et aux esclaves d’étudier la médecine. Elle se serait déguisée en homme pour assister aux leçons du médecin Hiérophile, et se consacrer essentiellement à l’étude de l’obstétrique et à la gynécologie. Il y a donc à l’époque des sages-femmes simples accoucheuses, et d’autres véritables obstétriciennes connaissant toutes les formes de thérapies (diète, drogues, chirurgie, hygiène) et attentives aux grandes théories médicales et aux cas individuels.

Agnodicê, la première gynécologue

Enfin, les pédotribes se chargent de l’enseignement sportif au sein du gymnase Après un apprentissage sur le tas le plus souvent. Ils sont à la fois diététiciens, masseurs-kinésithérapeutes.
Il n’est à l’époque pas question de soins infirmiers, ceux-ci ne se distinguant pas de la médecine.

A suivre, 3ème partie les pratiques soignantes chez les Romains

Les pratiques soignantes dans l’antiquité

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Comme promis dans un précédent article, continuons notre chemin depuis les origines des pratiques de soins. Nous avons vu que les soins existent dès l’apparition de la vie, vie qu’il faut bien sûr entretenir ce qui implique de facto, repousser la mort. Et l’ensemble des actes de vie est et restera le fondement de tous les soins. Ces soins, orientés sur tout ce qui permet d’entretenir la vie, sont liés à la découverte progressive de ce que la nature fournit généreusement. Les hommes du paléolithique vivent dans des conditions précaires. La mort est omniprésente. Les êtres humains ont dû découvrir petit à petit ce qui est bon et ce qui est mauvais pour la vie. Les chamans sont devenus au fil du temps les gardiens des pratiques permises ou interdites. Nous avons vu précédemment qu’aux femmes sont dévolus les soins aux enfants, aux malades et aux mourants, alors qu’aux hommes sont réservés les soins des blessés à la chasse, à la pêche, ou pendant les guerres, ainsi que les soins réclamant une grande force physique. Les femmes ont donné naissance aux pratiques alimentaires, à l’utilisation des plantes. Les hommes ont donné naissance à des professions telles que barbier, chirurgien, soignants attachés aux armées… Dans le cadre de l’histoire de la profession infirmière, nous nous intéressons au courant issus des femmes.

Les femmes du paléolithique soignent avec les plantes et échangent entre elles leurs recettes. La transmission est orale, généralement de mères en filles. Les activités de soin sont organisés autour de la naissance et de la mort et s’appuient sur les sens. Elles observent les manifestations du corps, le touchent (lavage, mobilisation, massages,…), repèrent les odeurs, écoutent les bruits corporels. Leurs savoirs transmis de génération en générations constituent une source de connaissances dans lesquelles les médecins puiseront allègrement par la suite, même lorsque l’Eglise aura condamné certaines pratiques.

1ère partie : La médecine dans l’Egypte ancienne

Lorsqu’on parle de pratiques soignantes, il est inévitable d’évoquer la médecine de l’Antiquité, même si les femmes soignantes y ont peu de place. On ne peut éluder la médecine de l’Egypte ancienne. Et nous commencerons par celle pratiquée du XXXIIIème siècle avant JC jusqu’à l’invasion perse en – 525, cette médecine était très avancée avec des médecins recevant une formation spécifique et  dont la pratique est contrôlée.  Les moyens thérapeutiques sont toujours en lien avec les Dieux et le concept de maladie très différent du nôtre. En effet, la maladie est liée à des agents surnaturels qui prennent possession du corps, lequel est un élément nécessaire pour accéder à la vie éternelle.

Les médecins égyptiens pratiquent la petite chirurgie, réduisent les fractures, ont une pharmacopée très fournie. Des recherches en égyptologie biomédicale ont en effet montré que les ingrédients de cette pharmacopée étaient souvent efficaces et que 77% des formules connues respectent les règles du codex pharmaceutique britannique de 1973. L’examen clinique, le diagnostic et le pronostic étaient souvent rationnels et appropriés comme le montrent les papyri et les récits de savants grecs et romains.

Le système de soin dans l’Egypte ancienne

Le « système de soins » des anciens égyptiens, dépendant de l’institution du temple, est un service public gratuit (c’est-à-dire accessible à tous, quelle que soit la situation de fortune), disponible dans tout le pays et à tout moment. Il fait partie d’un service public plus général qui gère les canaux d’irrigation, l’éducation, la justice et les réserves de grains pour la population.

Les établissements médicaux, appelées Maisons de vie ont été mis en place dans l’Égypte antique dès la Ière dynastie. Et à l’époque de la XIXème dynastie, les employés de ces maisons jouissent d’avantages que l’on peut assimiler à l’assurance maladie, la retraite et les congés maladie.

La maison de vie assure la formation des futurs médecins (recrutés après une période d’observation et devenant des apprentis formés pendant une dizaine d’années par leur maître) et des futurs prêtres. Elle gère également les lieux de soins à l’intérieur du temple, et plus particulièrement un espace de soins, nommé « sanatorium » a posteriori (espaces sacerdotaux, contenant des cuves et des baignoires remplies d’eau sacrée, pour immerger la partie malade du patient dans l’espoir d’une guérison divine).

Dans certains temples, des bâtiments portent le nom de « mammisi », endroit où s’effectue la naissance divine et mythique du futur pharaon, issu de l’union de la grande épouse royale avec le dieu au cours de la théogamie. D’autre part, en Egypte antique, l’accouchement s’effectue à domicile et appartient à la vie quotidienne.

Le premier médecin du monde dont on ait une trace est Hésyre, chef des dentistes et des médecins du roi Djéser au XXVIIe siècle. Et Peseshet (-2400) a peut-être été le premier médecin de sexe féminin, puisque décrite comme la « surveillante des femmes médecins ».

Il y avait beaucoup de catégories et de spécialisation parmi les médecins. Les rois avaient leur propre médecin et même leurs propres spécialistes. Il existait des médecins inspecteurs, superviseurs et des médecins en chef. Les spécialistes connus des égyptiens étaient les ophtalmologistes, les gastro-entérologues, les proctologues (neru phuyt ou « bergers de l’anus »), les dentistes. Il y avait également le médecin qui supervisait les bouchers et un inspecteur des liquides dont le rôle n’est pas précisé.

Les lieux d’exercice dépendent de la relation du médecin avec la religion :

  • les médecins sounou exercent en dehors du temple, de façon « laïque », mais selon les préceptes du temple et sous la tutelle du dieu Thot. Ils débutent leur pratique comme médecins itinérants et ne soignant qu’une seule catégorie de malade. Ils peuvent ensuite postuler dans une centre de soins ou exercer à domicile.Seul le médecin de grande expérience reconnue est « généraliste ».;
  • les médecins ouabou-sekhmet (médecins purs de la déesse Sekhmet), dont la pratique est imprégnée de religion, voire de magie, exercent uniquement dans le temple. Ce sont les médecins de Pharaon, le représentant du divin sur terre ;
  • les médecins exorcistes agissant par des paroles magiques incantatoires et des amulettes.

Les modes d’exercices sont variés, puisqu’il existe des médecins pour toutes les parties du corps, pour l’esprit, pour les femmes, les hommes, les enfants, et même des médecins officiant de façon différente selon les saisons. L’organisation de la médecine est réglementée depuis Imhotep, avec des règles éthiques bien définies réglementant la profession.  

Page du papyrus Ebers

La démarche diagnostique est décrite dans le papyrus Ebers. Le déroulement en est le suivant :

  1. poser des questions au patient, par étape, calmement ;
  2. faire une enquête d’entourage ;
  3. trouver l’origine directe et indirecte de la souffrance ;
  4. chercher l’existence d’antécédents familiaux ;
  5. en cas de rechute vérifier si le traitement est convenablement pris ;
  6. préparer un plan de soins, à court et moyen terme.

Ce qui ressemble beaucoup à ce qui se fait encore de nos jours.

Les moyens thérapeutiques

Les connaissances médicales de l’Égypte antique sont réputées. Les Égyptiens avaient une certaine connaissance de l’anatomie humaine. Nous pouvons citer en exemple l’introduction d’un long crochet par une narine, pour briser les os minces de la boîte crânienne et extraire le cerveau, lors du procédé de momification. Les médecins égyptiens connaissaient également l’importance des pulsations, et leur lien entre le pouls et le cœur. L’auteur du papyrus Smith avait même une vague idée du système cardiaque, sans toutefois faire la distinction entre les vaisseaux sanguins, les tendons et les nerfs. Ils avaient en effet élaboré une théorie se référant à des « canaux » qui  transportaient l’air, l’eau et le sang de l’organisme en faisant une analogie avec le Nil, s’il est bloqué, les cultures périclitent et ils ont appliqué cette théorie à l’organisme. Si une personne était malade, ils utilisaient des laxatifs afin de débloquer les « canaux ».

Les moyens thérapeutiques utilisés par les anciens Égyptiens sont simples, multiples et variés, parfois surprenants pour nous :

Hygiène et diététique 

La plupart du temps, les conseils des médecins pour rester en bonne santé sont de se laver et de se raser le corps, y compris les aisselles pour éviter des infections. Ils conseillent aussi à leurs patients de veiller à leur alimentation et d’éviter les aliments comme le poisson cru ou d’autres animaux considérés comme impurs.

Substances dites thérapeutiques

Elles sont tirées des trois règnes (minéral, végétal et animal). Les minéraux utilisés sont le sel du nord (natron), les parcelles de cuivre, la pierre de Memphis en poudre (qui serait utilisée comme anesthésique local), l’ocre jaune sur les brûlures. En ce qui concerne les végétaux, la pharmacopée en est très riche avec par exemple , la coriandre, la caroube, le pavot, l’ail, l’oignon, la résine d’acacia, l’orge grillée, etc. utilisés en potions, gargarismes, infusions, cataplasme, pilules… Les égyptiens utilisent aussi des produits animaux comme la viande (cicatrisation des plaies), le miel (antiseptique local), la cire, les toiles d’araignées (désinfectant car contiendraient naturellement une substance à action de type antibiotique faible), la graisse de bœuf, le lait d’ânesse, les viscères de porc, etc.

La préparation du médicament est réalisée par le prescripteur, selon des protocoles rigoureux. Et ces médicaments sont utilisés sous forme d’emplâtres, pommades, onguents, préparations locales, préparations à absorber macérées dans la bière, fumigations.

La croyance générale dans la magie et la religion peut avoir également eu un puissant effet placebo ayant contribué à son efficacité. L’impact de la magie apparaît dans le choix des remèdes dont les ingrédients sont parfois choisis parce qu’ils dérivent d’une substance, d’une plante ou d’un animal qui présente des caractéristiques qui correspondent aux symptômes du patient (principe du simila similibus, « traitement par les semblables » retrouvé dans toute l’histoire de la médecine jusqu’à la pratique moderne de l’homéopathie). Ainsi, l’œuf d’autruche est utilisé pour le traitement de la fracture du crâne, et une amulette représentant un hérisson pouvait être prescrite contre la chute des cheveux.

Les remèdes repoussants : ce sont des moyens qui font appel à des excréments (d’âne, de crocodile, d’hippopotame, de lézard, de pélican, de petit bétail, de mouche et même d’homme) et à la magie, pour fournir une alimentation répugnante à l’esprit qui a envahi le corps, et ainsi le chasser. Certaines de ces pratiques se sont avérées inefficaces ou nocives. Car si certains traitements à base de déjections animales contenaient des produits de fermentation et des moisissures, dont certaines ayant des propriétés curatives, ils contenaient aussi des bactéries qui exposaient à une grave menace d’infection.

La chirurgie

Les connaissances anatomiques et physiologiques des anciens Égyptiens résultent d’observations effectuées lors de l’examen attentif des patients vivants, des constatations faites sur des cadavres, et comme aujourd’hui, relevées sur des animaux.

Par exemple, la momification des défunts est probablement inspirée par la dessiccation naturelle des corps retrouvés pratiquement intacts dans le désert, et reproduite artificiellement et d’une façon assez sophistiquée.

Les gestes pratiques des chirurgiens égyptiens sont issus d’une indication réfléchie et codifiée. En effet, les instruments sont choisis et adaptés pour une intervention donnée et ils sont utilisés consécutivement au cours des différents temps opératoires : incision, débridage, cautérisation, mise en place d’un drainage (par exemple avec un segment de roseau ou des mèches faites de « charpie d’étoffe », le tout est complété de « tampons fibreux secs »), pansements soigneux et parfois occlusifs (avec des compresses chaudes ou froides, des « tampons fibreux secs, ainsi que des produits tels des argiles tiédies et de la graisse enrichie d’extraits de plantes), et des bandages simples ou complexes. Dans tous les cas, les suites opératoires sont surveillées.

Circoncision
Prothèse d’orteil

Des traces de diverses pratiques ont été retrouvées par les égyptologues :

  • sutures (réalisées avec une aiguille à coudre et du fil de lin,: ou à l’aide de petites bandelettes de toile adhésive),
  • parage des blessures de guerre
  • amputations post traumatiques, ou encore punitives (nez, langue, oreilles, main,…),
  • cautérisation hémostatique avec une lame chauffée au feu,
  • réalisation de prothèses d’orteils,
  • réductions de luxations (de l’articulation de l’épaule), ou encore réduction de la subluxation de la mandibule,
  • réductions et contentions de fractures des membres (pose d’attelles), maintien des fractures nasales par des rouleaux de toile grasse dans les narines complétés par deux petites attelles externes protégées,
  • circoncision avec l’emploi de plusieurs techniques selon les époques.

Les textes évoquent aussi des luxations cervicales graves et des fractures tassements du corps vertébral avec quadriplégie, ainsi que des brûlures bénéficiant de traitements particuliers. Des infections locales et générales sont bien décrites.

L’ophtalmologie tient une place particulière dans les pratiques de l’époque ; Outre l’ablation des corps étrangers oculaires, les médecins égyptiens réalisent des opérations de la cataracte attestées attestée sous les Ptolémées.

Anciens instruments médicaux égyptiens représentés à l’époque ptolémaïque ; inscription du temple de Kôm Ombo.

Pour pratiquer ces gestes, le médecin dispose de quelques instruments. Sur les bas reliefs et dans les papyri figurent des pinces et des pincettes, diverses sondes, des stylets, des curettes (presque semblables à celles encore utilisées aujourd’hui), différentes sortes de couteaux (parmi lesquels un bistouri rappelant notre bistouri à lame fixe), plusieurs sortes d’écarteurs parfois multifonctions. De plus, des ustensiles « à usage unique » peuvent également être utilisés. Beaucoup de ces objets, retrouvés dans des musées,  peuvent être comparés avec des instruments modernes. Un bas-relief du temple de Kôm-Ombo représente une table sur laquelle sont disposés des instruments, dont certains reconnaissables, avec d’autres objets (balance, sachets de médicaments, éponge et bandages) avec à proximité une vasque de purification.

Les soins dentaires

D‘après des textes anciens, on sait que l’hygiène dentaire était connue et certains papyrus contiennent des listes de remèdes pour les maux de dents. L’examen des momies nous a montré qu’Amenhotep III et Ramsès II furent des martyrs des maux de dents.

La thérapeutique utilisait des obturations à base de terre de Nubie, de silicate de cuivre hydraté, d’éclats de pierre ou de blocs d’or massif. Les accidents de la dentition des enfants étaient traités par l’ingestion de souris écorchées et cuites, remède, plus tard, adopté par les Grecs, les Romains, les Coptes et les Arabes.

En revanche, l’extraction dentaire semble inconnue., de même que les prothèses dentaires. Pourtant en 1914, on a découvert, dans un tombeau datant de la fin de la IVème dynastie ou du début de la Vème, deux dents reliées entre elles par un fil d’or. En 1948, on a retrouvé dans une tombe du -IIIe siècle, un bridge de trois dents mandibulaires reliées par un fil d’or et on a décrit, dans la bouche de certaines momies, des dents artificielles en bois de sycomore, maintenues par des crochets en or.

La contraception

Au sein de la société égyptienne, la famille est la véritable cellule sociale de base, et le rôle principal de la femme est celui d’épouse et de mère. Pourtant, les papyri médicaux prouvent la pratique de la contraception. En effet, certaines raisons poussent une minorité de femmes à y recourir : les prostituées (une grossesse pouvant être une entrave à leur activité professionnelle), les filles non mariées (la grossesse pouvant être un sujet de médisance, surtout si elles ne désirent pas épouser le père de l’enfant), les femmes les plus fragiles (avec un bassin trop étroit ou une hérédité les exposant à de possibles complications fatales), et enfin en cas de problèmes psychiatriques.

Papyrus Edwin Smith

Les papyri médicaux traitant de procédés contraceptifs sont le témoin d’une observation efficace et des connaissances pharmacologiques. Les remèdes associent des produits d’origine végétale, minérale ou animale, soit par voie orale, soit plus généralement, en application locale. Certains ingrédients possèdent de réelles vertus contraceptives, comme les dattes qui ont un effet spermicide reconnu, ou comme la gomme d’acacia, le miel ou le natron.

En exemple, voici quelques préparations :

    • épines d’acacia finement broyées, mélangées à des dattes et du miel et étendues sur un tampon de fibre introduit profondément dans le vagin (extrait du Papyrus Kahun) ;
    • « Début des préparations qui doivent être préparées pour les femmes. Faire qu’une femme cesse d’être enceinte pendant un, deux ou trois ans. Extrait d’acacia (fruit non mûr d’acacia ou partie de l’acacia), caroube, dattes. Ce sera finement broyé dans un vase de miel. Un tampon vaginal en sera imbibé et appliqué dans son vagin. » (Papyrus Ebers, l’ordonnance 783). 
Papyrus Kahun

La recherche biologique a montré que les épines d’acacia renferment de la gomme arabique qui s’enrichit au fur et à mesure de la fermentation en acide lactique, acide entrant dans la composition de certains spermicides modernes.

L’héritage égyptien dans la médecine moderne

Certains traités médicaux ont été conservés (papyrus Ebers, Edwin Smith…) et permettent de constater que les Égyptiens sont les premiers à avoir observé que le cœur était « l’organe essentiel de la vie » et que ce dernier se manifeste selon un rythme régulier défini par le pouls. Certains indices portent même à le croire qu’ils compter les pulsations après la découverte de la clepsydre. En tous cas, Hérophile, un médecin grec de l’école d’Alexandrie, fut le premier à s’en servir dans l’exercice de son art, au IIIe siècle avant notre ère, avec une clepsydre.

La médecine égyptienne nous a légué des techniques mais aussi de nombreux termes médicaux. Pae exemple, le terme « migraine » vient de l’égyptien ges-tep signifiant moitié (du) crâne. Ce terme est repris plus tard par les grecs devenant hemicrania. Autre exemple, le mot « cataracte » provient directement du terme akhet-net-mou qui signifie littéralement « rassemblement d’eau ».

La relation permanente avec le divin

Médecine et magie sont intimement liées en Égypte antique, puisque, comme nous l’avons vu, la maladie résulte de l’intervention de mauvais génies, d’humains mal intentionnés ou de divinités, principalement principalement les émissaires de Sekhmet, déesse à tête de lionne propageant la maladie et la mort. Cependant, Sekhmet a également le pouvoir d’apporter la guérison, et est donc  patronne des médecins, qui sont souvent ses prêtres.

La magie a une place particulière du fait du mythe d’Osiris (Isis « la grande magicienne » reconstitue le cadavre de son divin époux, Osiris, et  sera fécondée « magiquement » pour donner naissance à Horus).

Les Dieux et les démons étant jugés responsables de nombreuses maladies, par conséquent le traitement fait souvent appel à une divinité via les prêtres et les magiciens, en plus du médecin ou à sa place, lequel médecin utilise souvent les incantations et la magie dans le cadre du traitement. À chaque affection correspond une formule à réciter. Il existe à la Basse époque de nombreux  sanctuaires des dieux guérisseurs tels qu’Imhotep et Amenhotep fils de Hapou (tous deux des mortels divinisés) visités afin d’obtenir la guérison, ou encore des sanatoria tels que ceux situés dans le temple d’Hathor à Dendérah et dans le temple d’Hatchepsout. En outre, des stèles prophylactiques représentant Horus sur un crocodile sont censées protéger contre les morsures et les piqûres d’animaux venimeux. De nombreuses amulettes sont utilisées pour se protéger d’affections diverses.

Oudjat

Les amulettes sont très populaires et portées à des fins magiques pour de nombreuses raisons. Il existe des amulettes homéopoétiques, prophylactiques et théophores. Les amulettes homeopoétiques représentent un animal ou une partie d’un animal dont l’utilisateur souhaite assimiler certains attributs positifs comme la force ou la vitesse. Les amulettes prophylactiques protégent contre les dieux et les démons (exemple, le célèbre Œil oudjat). Les amulettes théophores représentent les dieux égyptiens, par exemple celle qui représente le pagne d’Isis sert à endiguer l’hémorragie post-abortum.

Outre Thot dieu des scribes et patron des oculistes, et Sekhmet déesse guérisseuse, chaque dieu est invoqué dans des objectifs spécifiques :

Sekhmet
Thot
  • Isis, inventrice des remèdes, pour la santé et la fécondité,
  • Horus pour les morsures d’animaux,
  • Hathor, déesse de l’amour, pour protéger les femmes,
  • Bès pour protèger le sommeil et aider les femmes enceintes,
  • Serket pour protéger et guérir des morsures et des piqûres d’insectes.

  • Mais aussi des hommes élevés au rang de dieux comme
Imhotep

o     Imhotep, vizir et grand architecte du pharaon Djéser mais aussi médecin de renom, devenu père de la médecine

o    Amenhotep fils de Hapou (architecte du pharaon Amenhotep III),

Mais revenons à Imhotep. À la Basse époque il est divinisé en tant que fils de Ptah et devient divin-guérisseur avec un sanctuaire. Sous les Ptolémées, son nom est hellénisé en Imoúthês, et son image divinisée confondue (fondue ?) avec celle d’Asclépios. La médecine égyptienne a probablement inspiré la médecine grecque, les Grecs apprenant la médecine à Alexandrie. Ce qui nous amène à la seconde partie consacrée à la médecine de la Grèce antique …. A SUIVRE

Bibliographie

Richard-Alain Jean, La chirurgie en Égypte ancienne. À propos des instruments médico-chirurgicaux métalliques égyptiens conservés au musée du Louvre, Paris, Éditions Cybele, 2012

Bruno Halioua, La médecine au temps des Pharaons, Paris, Liana Levi, coll. « Histoire », 2002

Christiane Desroches Noblecourt, Le fabuleux héritage de l’Égypte, Paris, SW-Télémaque, coll. « Pocket », 2004

 

LES SOINS PENDANT LA PREHISTOIRE

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Depuis ses origines, l’homme est confronté aux maladies et aux blessures. La découverte et l’analyse d’ossements fossilisés d’hommes préhistoriques ont montré qu’ils étaient atteints de maladies telles que le cancer, la tuberculose et la syphilis, et bien d’autres. Des cals sur ces os montrent que l’immobilisation était déjà utilisée pour traiter les fractures. La trépanation semble avoir été pratiquée dès le néolithique, tant du vivant des sujets à visée thérapeutique qu’après leur mort, probablement dans un but mystique ou rituel. De même, des amputations ont été réalisées avec succès dès cette époque, et l’utilisation de prothèse comme en témoigne une découverte faite au Kazakhstan dans les années 70 (un squelette de femme présentant une amputation du pied gauche, ce qui est déjà en soi une intervention majeure ; mais, fait plus troublant encore, le pied amputé avait été remplacé par une prothèse façonné dans une patte de bélier). Des traces de pratiques de rééducation ont également été découvertes. De même, dans un site marocain, un squelette d’une femme polytraumatisée, atteinte notamment d’une fracture de la clavicule et de fractures des deux avant-bras, a été retrouvé. Ses lésions avaient cicatrisé et étaient consolidées, ce qui laisse penser qu’elle avait survécu. Ne pouvant subvenir seule à ses besoins quotidiens, elle a donc dû être aidée par toute la communauté, bien qu’étant devenue une bouche inutile pour le groupe. Encore plus surprenant, une statuette d’argile de l’âge de pierre porte devant les yeux « des lunettes » faites de plaquettes de bois percées d’une étroite fente horizontale.

Que dire du rôle des femmes à cette époque ? Ce qui ressort souvent, c’est que les « chamans », souvent des hommes s’occupaient du monde des esprits, pendant que les femmes s’occupaient des corps. Elles effectuaient notamment la cueillette des plantes et participaient également à la chasse.  L’homme n’était pas le seul pourvoyeur de protéines. D’ailleurs, depuis 2003, la philosophe et historienne des sciences, Claudine COHEN, s’efforce de réhabiliter la femme du néolithique. On peut d’ailleurs imaginer qu’elles ont joué un rôle essentiel dans l’invention de l’agriculture. En tous cas, il est certain qu’elles étaient expertes dans la sélection des graines, des baies, des plantes et des herbes. Elles ont eu, par ce biais, l’occasion d’avoir un rôle essentiel dans l’alimentation par l’observation des vertus nutritives de certaines plantes ou encore celles permettant le tissage ou la fabrication de certains objets domestiques. Mais leur observation a aussi permis de repérer leurs vertus médicinales.

L’utilisation des plantes médicinales est étayée par une étude approfondie de crânes néanderthaliens fossilisé d’environ 50 000 ans, par une équipe internationale dirigée par Karen Hardy, de l’Université autonome de Barcelone (Espagne), et Stephen Buckley, de l’Université d’York (Royaume-Uni). Ces néanderthaliens consommaient plus de noix, d’herbes, de féculents sauvages que de viande. Qu9I plus est les plantes consommées pouvaient être crues ou cuites ; L’un des individus avait consommé de l’achillée millefeuille, un astringent naturel, et de la camomille, anti-inflammatoire. Le goût amer de ces deux plantes plaide pour une utilisation médicinale plutôt que nutritionnelle.

Des hommes préhistoriques de l’actuelle Afrique du Sud avaient inventé la literie anti-moustiques, il y a plus de 75 000 ans, en recouvrant leurs tapis de sol de plantes aux vertus insecticides. Cette litière était composée de joncs et de carex recouverts d’une mince couche de  cryptocaria woodi aux vertus insecticides et larvicides. Selon la paléobotanique, les guérisseurs(ses) de la préhistoire connaissaient les vertus de nombreuses plantes. Vieux de 5300 ans, Ozti, l’homme des glaces découvert en 1991 dans le sud du Tyrol, portait une pochette médicinale contenant un champignon connu pour ses vertus purgatives. D’après les recherches paléobotaniques, les habitants du lac de Chalain, dans le Jura (3200-2900 av. JC) auraient soigné le ténia avec des spores de fougère ou pansé les plaies avec des cataplasmes de muscles de grenouilles.

Dans son ouvrage « les enfants de la terre », Jean Auel mentionne beaucoup de plantes médicinales repérées par les paléobotanistes comme réellement utilisées pendant la préhistoire :

       Aigremoine (ou Eupatoire), dont l’infusion de fleurs et de feuilles était utilisée pour les blessures et contusions internes, également antipyrétique et efficace sur l’enrouement

       Armoise utilisée comme antispasmodique

       Aubépine dont les pétales sont utilisés pour fabriquer une lotion astringente pour la peau

       Bouillon blanc pour calmer la toux et soigner les affections respiratoires, avec une cation anti-inflammatoire

       Camomille à la fois plante digestive et utilisée pour nettoyer les blessures

       Chardon jaune, dont les fleurs bouillies et en lotion servaient aussi à soigner les brûlures

       Consoude dont les racines aidaient à la consolidation des fractures et à la cicatrisation des blessures

       Digitale pour renforcer le coeur

       Ecorce de saule, utilisée comme antalgique et antipyrétique

       Ergot de seigle pour provoquer les contractions et faciliter l’accouchement

       Fil d’or (de la famille des renonculacées et longtemps utilisé en médecine chinoise) comme contraceptif

       Gaultherie pour soigner les douleurs articulaires

       Hysope, utilisée contre les rhumes mais dont les fleurs étaient également utilisées pour soigner les brûlures en cataplasme avec des fleurs de verge d’or et de rudbeckie

       Jusquiame, plante  vénéneuse mais puissant narcotique , utilisé lors de rituels chamaniques, mais utilisée également contre la douleur, les contractions musculaires

       Lobélie pour traiter l’asthme, la coqueluche, la bronchite chronique

       Luzerne dont les feuilles macérées dans l’eau chaude favorisaient la coagulation du sang

       Lys des marais dont les racines apaisaient les brûlures et les douleurs dentaires

       Menthe dont les fleurs et les feuilles utilisées en cataplasme soignaient les brûlures par eau bouillante

       Porelle, tonique et dépurative

       Roses trémières pour soigner les irritations, les maux de gorge, les écorchures et les égratignures

       Tussilage dont les feuilles séchées étaient utilisées en inhalation contre l’asthme

       Sauge pour soigner les maux de gorge, mais aussi la désinfection des plaies

       Souci dont les fleurs sont utilisées pour soigner les plaies, les ulcères et les irritations cutanées.

Certains anthropologues soutiennent la thèse de femmes matriarches, respectées du fait de leur capacité à donner la vie. Les femmes de cette époque utilisaient des méthodes contraceptives. L’observation leur avait permis de constater l’effet inhibiteur de l’allaitement sur l’ovulation, sans en connaître tous les phénomènes anatomo-physiologiques, bien entendu. Cette aménorrhée de lactation leur permettait d’espacer les naissances. Elles avaient aussi découvert les vertus contraceptives ou abortives de certaines plantes. Les femmes plus âgées assistaient leurs filles dans l’éducation et la croissance des enfants. Les femmes, maîtresses de leur cycle, auraient également sélectionné les géniteurs. Ce pouvoir de donner la vie est à l’origine de la théorie de la Déesse-mère de certains archéologues.

S’il ne fait aucun doute que les plantes ont été employées dans un but thérapeutiques, puisque divers récipients en conservent les traces, sans recettes, sans écrits, on ignore les méthodes de ces premiers guérisseurs. Après l’invention de l’écriture, les traces sont plus tangibles. C’est ce que nous verrons dans un prochain article.

 

BIBLIOGRAPHIE

Claudine COHEN, La femme des origines : images de la femme dans la préhistoire occidentale, Paris, Belin Herscher, 2003

iNFIRMIERS EN SOUFFRANCE AUJOURD’HUI, LE POIDS DU PASSE?

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En cette période troublée pour la profession infirmière, avec un ras-le bol général de la profession et les grèves dans les services d’urgence, surchargés en permanence, je souhaite revenir sur la profession elle-même. En effet, les infirmiers supportent une charge mentale et physique de plus en plus lourde. Certes, ils ne sont pas les seuls à subir ce poids. D’autres professions paramédicales sont aussi en souffrance, et les professions médicales ne sont pas en reste. Néanmoins, en tant qu’infirmière, je vais surtout m’intéresser à ma profession. Rythme de travail de plus en plus intense, parcellisation des tâches, manque d’effectifs, manque de moyens matériels contribuent à l’insatisfaction et au ras-le-bol des soignant

Malgré la réforme de la formation infirmière de 2009, les infirmiers, bénéficiant désormais d’une formation universitaire, peinent à se sentir reconnus. Le rôle de la place des femmes dans la société (la profession est encore très majoritairement féminine) et le poids de l’histoire ne sont pas négligeables.

Prodiguer des soins a été le rôle des femmes depuis que le monde existe. Ceci est à relier à son rôle de donner la vie. La femme donne les soins aux accouchées, aux enfants, aux malades, aux vieillards, aux mourants depuis la nuit des temps. Dès les origines, les femmes, proches de la nature, ont joué le rôle de sage-femme, de guérisseuse. Leur observation de la nature, la découverte empirique des bienfaits des plantes, mais aussi de certains de leur danger, leur ont permis de créer des remèdes et de soulager voire de guérir. Elles ont ainsi accumulé un grand savoir au fil des siècles, savoir que l’Eglise finira par voir d’un œil soupçonneux. La profession infirmière est née de cette évolution. Il me semble donc intéressant de rédiger quelques articles sur l’histoire de cette profession;

Donc, à bientôt pour le premier article dédié aux femmes soignantes pendant la préhistoire.

LA COMMUNICATION THERAPEUTIQUE (HYPNOTIQUE)

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Soigner, c’est communiquer

Tout d’abord, la communication est à la base de la situation de soins et  de la relation soignant/soigné. Il est nécessaire d’adopter une communication efficace et chaleureuse pour accompagner, faciliter et faire accepter les soins, motiver le patient à évoluer vers un mieux-être.

Jusque-là sont enseignées la communication bienveillante, l’empathie. C’est aujourd’hui insuffisant au regard des connaissances sur l’hypnose et le cerveau.

C’est par ces mots que je terminais mon précédent article. Dans celui-ci, comme promis, je vais donc approfondir la communication thérapeutique ou hypnotique.

Quelques rappels

Comme nous l’avons vu la dernière fois, l’hypnose est un état, un mode de fonctionnement psychologique par lequel un individu en relation avec un praticien expérimente un champ de conscience élargi. L’hypnose fait en effet intervenir un état de conscience modifié, l’état hypnotique (transe)  et une relation singulière à l’autre, la relation hypnotique.

L’état hypnotique est un modèle mental physiologique et banal de la vie de tous les jours, lorsque se produit ce qu’on appelle la transe spontanée. Dans cette transe spontanée,  l’attention échappe au quotidien et l’individu réalise des actes de la vie quotidienne de façon quasi automatique. L’attention se focalise sur la pensée intérieure, un point précis (réalité intérieure ou extérieure) est comme passé au microscope pour mieux le percevoir. Un changement de résolution est alors possible favorisant un état émotionnel plus favorable. La transe spontanée permet de décompresser, se ressourcer mentalement et physiquement, rétablir une unité entre corps et esprit.

 La transe est favorisée dans plusieurs situations. Comme nous venons de le voir, elle peut se produire spontanément lors d’une focalisation de l’attention (autoroute, cours, ennui…) , lors d’une situation de choc ou de stress dans laquelle les capacités de réaction dépassées, lors d’une saturation de la conscience (surinformation +++, confusion…), lors d’une réaction à l’autorité dans un groupe (adhésion aux pensées d’un leader), et dans l’état amoureux (idéalisation de l’autre).               

La transe peut être déclenchée artificiellement  par un thérapeute (transe provoquée) ou par soi-même, par sa propre nécessité (auto-hypnose).

La transe est fréquente dans les établissements de santé. En effet, les patients y sont confrontés à l’ennui, aux situations de choc et de stress du fait de la pathologie, de  l’hospitalisation et des soins, mais aussi à la surinformation.

Un substratum anatomique particulier pourrait expliquer en théorie l’efficacité du langage hypnotique. Les travaux de Sperry sur les connexions entre hémisphères cérébraux, ont mis en évidence que les 2 hémisphères (droit et gauche) sont naturellement reliés par le corps calleux, mais qu’ils sont séparés au niveau du fonctionnement avec des rôles très différents. Ils traitent l’information de manière différente en ce qui concerne la perception du langage et de l’espace, la reconnaissance des visages, les jugements de valeur, le raisonnement et l’affectivité.

Ils ont des capacités différentes :

  • Le cerveau gauche (qui correspond à l’hémisphère gauche chez le droitier)
    • produit le raisonnement et le langage scientifique parlé
    • utilise les mots, la phonétique
    • est précis, logique et    analytique
  • le cerveau droit (hémisphère droit chez le droitier)
    • produit les émotions et les     métaphores 
    • utilise les images, les gestalts (formes) 
    • est affirmatif et intemporel (il ne peut exprimer la négation et la temporalité).

Ces deux cerveaux correspondent à deux modèles mentaux différents. Les travaux de Sperry ont amené à formuler l’hypothèse d’une conscience propre à chaque hémisphère : le conscient pour le cerveau gauche, l’inconscient pour le cerveau droit. Si on compare la conscience des hémisphères à un iceberg, le conscient correspond au sommet de l’iceberg (10%), l’inconscient à la partie immergée (90%).

L’état hypnotique (qu’il s’agisse d’une transe spontanée ou provoquée) a pour conséquences :

–          la saturation des fonctions réflexives (cerveau gauche occupé)   et il n’y a donc plus d’analyse de la situation extérieure avec les modes de raisonnement habituels (absence de jugement, de contrôle, de censure)

–          un cerveau droit non protégé et donc

o   une hypersuggestibilité (sensibilité +++ à toute communication verbale, non  verbale et paraverbale)

o   un imaginaire qui prend le pas sur la réalité avec une hypermémorisation des évènements de la séance d’hypnose ou du parcours de soin (et en particulier les      évènements indésirables).

Si le patient est en état hypnotique (transe) et si le langage n’est pas adapté au cerveau droit, les risques sont d’insécuriser le patient et de générer différents symptômes (froid, douleur, anxiété,…).

La communication hypnotique

Selon le SFAR en 2009, « … la communication hypnotique est l’application d’une technique relationnelle, qui cherche à séparer le patient de la réalité environnante, pour l’immerger dans un changement suggéré à l’imagination afin de procurer, dans le cadre de l’anesthésie, une analgésie ou une anxiolyse ».  

Le langage

Il s’agit de parler le langage du cerveau droit : pas de négation, des images positives, le présent.

En effet, le cerveau droit n’entend pas la négation… Les suggestions doivent donc être à la forme affirmative. Il est donc inapproprié de dire : « Ne pensez pas à un éléphant rose… », ou bien «ne vous inquiétez pas… », « n’ayez pas peur… »

Le cerveau droit est un cerveau image, il lui faut donc des suggestions  positives pour des images positives.

Le choix des mots est capital, la preuve par l’étude clinique : Anesthésie locale avant péridurale, chez des femmes enceintes avec 2 formules,

–          groupe 1 : « Vous pouvez maintenant sentir une douleur et une sensation de brûlure à l’arrière, comme si vous vous étiez fait piquer par une abeille, c’est la pire partie de l’ensemble de la procédure ».

–          groupe 2 : « Nous allons vous donner un anesthésie locale, ce qui endort la zone où nous réaliserons l’anesthésie péridurale afin que cela soit agréable pour vous »

La sensation de douleur moyenne pour le groupe 1 a été de 5/11 contre 3/11 pour le groupe 2. L’explication des complications possibles et les attentes négatives des patients augmentent l’incidence des effets indésirables.

IL FAUT DONC SUPPRIMER UN GRAND CLASSIQUE : LE FAMEUX « ATTENTION, JE VOUS PIQUE ».

Attention au questionnement qui peut orienter vers des images négatives !

Il faut projeter positivement au-delà de ce qui fait peur… (Utiliser le présent)

 

 

Il faut faire vivre l’expérience positive au présent (le cerveau droit est intemporel).

La position et la posture

Des attitudes positives génèrent des images positives. La position relationnelle est donc importante.

Une position haute signifie domination, savoir. C’est la position de celui qui «décide», la position du chef, du soignant en général.

A l’opposé, la position basse correspond à ne pas savoir, ne pas comprendre, ne pas discuter ce qui est dit. C’est la position de celui qui «obéit», la position du patient en général.

Il convient donc de privilégier la position intermédiaire  (complémentaire) qui permet un échange relationnel entre 2 personnes.

La position relationnelle est importante,  la preuve par l’étude clinique…
En service d’urgences les patients sous-estiment le temps passé par les médecins et les étudiants en médecine à leurs côtés s’ils restent debout. Ils surestiment le temps passé par les médecins et les étudiants en médecine à leurs côtés s’ils s’assoient.

Parlons maintenant de proxémie. Pour mémoire, la proxémie est la distance relationnelle physique    entre personnes en interaction. Elle est variable selon la culture (loin dans les pays nordiques et au Japon, proche dans les pays latins, au contact dans les pays africains) et aussi selon la personne.

Le patient se sent à l’aise, s’il y a bonne distance !!!

Quant à la posture, elle traduit l’état émotionnel.

L’habillement a lui aussi un impact :en témoigne le fameux effet « blouse blanche », bien connu.

Pour conclure, la communication thérapeutique, lorsque tous ces conseils sont bien appliqués, est un puissant outil thérapeutique. Elle peut être utilisé par nous tous soignants en respectant bien les quelques principes énoncés dans cet article : pas de négation, des images positives, le présent, mais aussi bien d’autres éléments de communication à développer…