Yoga et santé ( part 2)

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail

Les études évoquées dans la première partie de cet article s’appuient sur les asanas, le pranayama et de courtes séances de méditation, ce qui correspond à une vision simpliste du yoga. Il ne s’agit pas du yoga dans son sens véritable. Le « Yoga » signifie l’union de notre conscience individuelle avec la conscience divine universelle en un état de super-conscience ou état de Samadhi.

Les preuves archéologiques et d’autres textes suggèrent que les méthodes décrites dans les Yoga sutras ont été pratiquées dès 3000 ans avant notre ère. La tradition orale établit que ce serait même plus ancien. Les Yoga sutras ont été historiquement transmis oralement par des enseignants érudits à leurs élèves. Les savants estiment que Patanjali, qui a vécu entre 200 et 400 avant JC, a codifié et compilé ces sutras.

Dans le Chapitre I des Yoga sutras, le yoga est citta vrtti nirodha, littéralement le moyen d’arrêter le cours des modifications mentales, c’est à dire la suppression des fluctuations de la conscience. L’esprit dans son sens total ou collectif (citta) comprend 3 éléments :

– l’esprit individuel qui a le pouvoir d’attention et de sélection (Manas), la faculté de l’esprit qui est fluctuante et indécise ;

– !’intelligence ou la raison (Buddhi), le système de décision qui distingue entre les choses;

– le moi (Ahamkara), l’entité qui constate que « je sais ».

Les piliers du Yoga

Selon Patanjali, le yoga repose sur 8 piliers, branches (ashtanga) ou principes fondamentaux, tous aussi importants et reliés comme les parties d’un tout. L’objectif de ces 8 piliers est une ligne de conduite morale et éthique et d’auto-discipline pour parvenir à la réalisation de soi. Mais, dans cet article, l’accent est  mis sur les bénéfices pour la santé.

  1. Yama:   les règles de vie en société ou la juste relation avec l’environnement social.

  2. Niyama: discipline personnelle en termes d’observance, de pratiques. Juste attitude vis a vis de soi

  3. Asana: pratique des postures

  4. Pranayama:  contrôle de la respiration, pratique sur le souffle

  5. Pratyahara: retrait des sens, des organes, détachement de l’esprit pour mieux canaliser et unifier le mental

  6. Dharana: Concentration

  7. Dhyana: Méditation, contemplation

  8. Samadhi: état  de suprême conscience apporté par une méditation profonde, réalisation de soi.

Les 5 yamas

Les Yamas sont donc des règles de vie en société qui permettent de rester en harmonie avec ses semblables et la société. Elles s’appliquent à nos actions, nos paroles et nos pensées.  Ces 5 yamas sont les suivants:

  1. Ahimsa: Non violence, non nuisance,  » ne pas tuer »

  2. Satya: vérité, honnêteté, authenticité

  3. Asteya: Ne pas voler, par extension ne pas desirer quelque chose qui ne nous appartient pas. CelatCela signifie aussi que nous devons considérer que quelles  que soient les ressources dont nous disposons, nous les empruntons à la nature . Les utiliser ou en acquérir plus que le minimum requis pour vivre équivaut à voler, puisque ces ressources ne sont alors pas disponibles pour les autres. 

  4. Brahmacharya: est brahmachari celui « qui voyage dans la sagesse », qui rappelle le divin. Bramacarya signifie vie de retenue, contrôle des sens et de la sensualité, abstinence (s’éloigner de ce qui peut trop distraire). Toutefois, Patanjali insiste sur la continence du corps, de la parole et de l’esprit. Mais il n’est pas necessaire de rester célibataire et sans foyer, carecar sans l’expérience de l’amour et du bonheur humain, il n’est pas possible de connaître l’amour divin. 

  5. Aparigraha: non appropriation, non-possessivité, ne pas amasser, ne pas accumuler d’objets, de dons qui ne sont pas nécessaires.
    C’est ne rien prendre qui ne soit le fruit d’un travail. Ne rien accepter à titre de faveur. Chercher à être satisfait quelq soit l’événement, cela permet d’être en harmonie avec soi et son propre karma...

Les 5 niyamas

Les 5 nyamas sont les règles de conduite de chaque individu, une purification de soi par la discipline, un ensemble d’actions pour prendre soin de soi. 

  1. Sauca:  pureté du corps, essentielle pour le bien-être, par les bains qui purifient le corps et pureté interne par les asanas et le pranayama permettant de se libérer de certaines émotions (haine, passion, colère, convoitise, cupidité, orgueil). La purification de l’esprit conduit à la bienveillance. La pureté de la nourriture est également nécessaire (propreté de la préparation, mais aussi pureté des moyens pour l’obtenir. Une place importante est accordée aux pratiques spirituelles dans un lieu calme.
    Par la pratique de sauca, le corps est purifié par l’eau, le mental par la véracité et l’intellect par la connaissance vraie dépourvue de virparyâya (perversion), et de vikalpa (illusion verbale).

  2. Santosa: sérénité, équanimité, contentement, être heureux de ce que l’on a, avoir le désir de ne pas prendre plus que ce qui est nécessaire. Il y a contentement et tranquillité quand l’esprit n’est pas agité par le désir, l’avidité,l cupidité.
  3. Tapas: l’ascèse,  l’austérité,  l’effort intense et continu. (travail) permettent de détruire les impuretés du mental permettant une maîtrise du corps et de l’esprit, ceci afin d’atteindre un but déterminé dans la vie. Pratiquer Tapas, c’est développer l’ardeur interne en vue d’aller vers la libération.
  4. Svadhyaya: Étude de soi, réflexion sur les textes sacrés et étude des écritures permettant de se concentrer et de résoudre les problèmes difficiles. La personne qui pratique Svadhyaya lit le livre de sa propre vie en même temps qu’elle l’écrit et le corrige (apprendre sur soi-même, se connaître soi-même).
  5. Ishvarapranidhana: Soumission et consécration à l’Etre Suprême ou la Source de tout. S’en remettre à l’univers ou reconnaître qu’on ne peut pas tout contrôler, lâcher prise.

Asanas

La pratique des postures permet au corps de s’adapter aux positions lors des longues séances de méditation. La pratique des asanas développe la souplesse, l’équilibre, l’endurance et apporte la vitalité. Les  postures mobilisent les différents plans (physique, émotionnel, mental, spirituel) et vise l’harmonisation de tous ces plans.

Dans la méditation, toutes les postures utilisées nécessitent solidité, stabilité, immobilité et confort, ce qui donne de l’équilibre mental et empêche l’esprit d’être inconstant. Le yogi se consacre au perfectionnement du corps, de l’esprit, de l’intelligence et de l’âme. Le corps est un Instrument de réalisation.

Pranayama

Il s’agit du contrôle de la respiration et des techniques respiratoires en conscience, de l’allongement du souffle. Le contrôle s’étend à toutes les fonctions de la respiration (inspiration, expiration et rétention).  Il existe de nombreuses techniques de prânâyâma.

Facilitée par la pratique des postures (assouplissement, conscience du corps), la régulation du souffle améliore grandement l’homéostasie générale de l’individu et sa capacité de concentration mentale. Tandis que l’homme ordinaire respire pour survivre, le yogi respire pour vivre.

Pratyahara

Retrait , maîtrise des sens. L’atteinte de ce stade permet un examen approfondi de soi, en canalisant et en unifiant le mental.

Dharana (concentration)

Concentration totale de la conscience sur un objet externe (image, Pierre, son) ou interne (souffle, image mentale, récitation muette d’un mantra, bruits du corps, vision de l’espace avec les yeux fermés). Pendant la concentration, l’esprit se focalise sur l’objet et engendre un flux d’images et de sensations ne concernant que cet objet. Cette concentration exclusive fait perde tout autre sensation d’avoir quelques secondes, puis pendant la durée totale de la séance.

Dhyana (méditation ou contemplation)

Il s’agit d’une concentration soutenue. La méditation laisse le flot ds pensées couler, sans que l’esprit ne s’attache à une pensée en particulier. Le corps, le souffle, les sens, l’esprit, la raison et le moi sont totalement intégrés dans l’objet de la contemplation : l’esprit universel.

Samadhi (l’absorption dans l’infini)

Pleine conscience et éveil, atteinte d’un état de suprême conscience apporté par la méditation profonde. Le yogi ne voit plus les différences entre les êtres, se sent uni avec le tout, connecté avec l’univers en général.

Comme mentionné plus haut, les 8 piliers du yoga ont pour objectif premier la réalisation de soi. Cependant, la pratique des Yamas visant l’harmonie avec le monde extérieur peut aider à la promotion de la santé sociale. Elle permet de construire une société dans laquelle cohabitent l’autorégulation de la non nuisance envers autrui, le maintien de l’honnêteté plutôt que compter sur le contrôle externe ou faire la police, ce qui ne peut être effectif en permanence. Asteya et Aparigraha encouragent la sauvegarde des ressources naturelles. Leur pratique assurera l’accès de tous à ces ressources et évitera le péril d’une surexploitation de la nature menant à des problèmes tels que le réchauffement climatique et les catastrophes qui en résultent.

Les 5  niyamas qui  traitent de notre monde interne personnel à travers les pratiques d »auto-discipline sont une aide pour promouvoir la santé mentale. Une personne dont l’esprit est clair et dont les pensées sont positives (sauca), une personne qui se contente de ce qu’elle a (santosa) qui a la maîtrise de son corps, de ses sens de ses actions et de son esprit (tapas) est certainement une personne mentalement saine. L’introspection permanente et la lecture des textes sacrés (svadhyaya) aidera à améliorer une personne. La pratique se soumettre à  ce qu’il y a de plus élevé ( être suprême ou divinité…) permet de développer une étude d’humilité et de service.

Le premier objectif du yoga, réalisation de soi ou union de la conscience individuelle avec la conscience suprême, est un objectif suggéré pour l’humanité contrastant avec le développement économique et matériel pur comme but de la civilisation moderne. Nous sommes tous conscients de ce que ce dernier a amené au monde et à l’humanité. Il a apporté un bonheur temporaire  suivi de davantage de désirs et au final de mécontentement. Il a apporté dans tout la compétition et la compulsion pour atteindre des cibles toujours plus élevées menant vers des vies pleines de stress. Il a apporté des inéquités et des troubles sociaux. La lutte sociale et la destruction écologique par ce soi-disant modèle de développement saute aux yeux.

Par conséquent, nous pouvons conclure que la pratique du yoga est bénéfique pour toutes les dimensions de la santé, c’est à dire les dimensions physique mentale, sociale et spirituelle. En  même temps, elle promeut l’harmonie avec la nature et aide à la préservation de l’environnement.

 

Bibliographie

Patajali,  Yoga-sutras, coll Spiritualités vivantes, Ed Albin Michel, 1991, 217 pages

B.K.S. Iyengar, Bible du yoga, coll Aventure secrète, Ed J’ai lu, 2009, 596 pages

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *