Les soignants au Moyen Age

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Depuis la préhistoire, les femmes ont la rude tâche de conserver la vie qu’elles donnent. En effet, les premières pratiques ont lieu autour de l’accouchement et de l’allaitement  Ensuite, dans l’Antiquité, l’image du corps revêt une importance particulière et l’eau, symbole de vie et de purification est abondamment utilisée. En outre, les plantes sont utilisées en thérapeutique, et ce, vraisemblablement depuis le néolithique. Mais lorsqu’arrive le Moyen-Age, la donne change

 

Soigner les malades, un devoir de charité

L’Eglise est la seule, à cette époque, à avoir le pouvoir de discerner ce qui est bon ou mauvais pour l’âme et le corps. Le christianisme devenant petit à petit  la religion d’Etat en Occident, les rites païens sont réprouvés. Les pratiques de soins autour de la fécondité et des sources de nourriture restent le domaine des femmes. Mais, « ces dernières vont apparaître comme le véhicules de croyances et rites païens »(1), et donc comme agent de Satan. Les guérisseuses sont souvent brûlées comme sorcières. 

Peu à peu, sous l’influence de l’Eglise, une nouvelle conception des soins s’installe, niant le lien corps-esprit. Avec la propagation des évangiles, le sens chrétien de la charité passe par le soin de son prochain et si possible la guérison des malades. Le corps et la chair sont méprisés. C’est l’esprit qui domine et le corps doit connaître la douleur pour se racheter. La maladie devient une épreuve divine et l’Eglise décide des connaissances à utiliser et limitent les pratiques d’hygiène (la peste , par exemple, est longtemps considérée comme un fléau que Dieu envoie pour punir les hommes). C’est la naissance d’une nouvelle médecine qui va rester longtemps « l’exclusivité des hommes d’Eglise » (2). La médecine devient une science et une profession dans laquelle, jusqu’en 1452, les praticiens sont soumis au célibat et ne peuvent exercer sans l’assistance et le conseil d’un prêtre. Bien sûr, l’entrée des écoles de Médecine est interdite aux femmes (et ceci perdure jusqu’au XIXème siècle).

La pratique des femmes « médecins »  persiste néanmoins, mais leur pratique est limitée car elles exercent sans la permission de l’Eglise et de façon empirique. Néanmoins, au XIVème siècle, 14 femmes médecins sont enregistrées comme médecins à Francfort; et à Salerne, elles sont admises à l’Université.

Quant au médecins-hommes, leur nombre officiel reste réduit (29 médecins à Paris en 1311, et 10 à 15 élèves à la Faculté de médecine au XVème siècle. Aussi, les femmes guérisseuses s’occupent de soigner les gens du peuple, malgré les interdictions  des autorités. Elles ne sont pas supplantées par les médecins dont le rôle est davantage d’interpréter la symbolique du bien et du mal en relation avec l’insertion de l’homme dans l’univers. Les pratiques de soins des guérisseuses transmises par tradition orale et par les femmes ont constitué un patrimoine de savoir dans lequel les médecins vont puiser malgré les condamnations de l’Eglise du Moyen-âge.

 

La formation des médecins au Moyen-âge

C’est généralement à l’ombre de l’église cathédrale, à « l’école canoniale », que se forment les médecins. Jusqu’au XIème siècle, la compétence du médecin s’étend à toutes les parties de l’art de guérir, car la médecine, la chirurgie et la pharmacie sont confondues.

Deux universités se démarquent dans la formation des médecins car elles sont des portes ouvertes à la fois sur le passé et l’avenir: Salerne et Montpellier.

  • Salerne, cité « hippocratique » est dotée d’un hôpital bénédiction dès le VIIème siècle et son école de médecine est créée avant 846. La renommée de ses médecins laïcs est déjà grande à la fin du IXe siècle. 
  • La Faculté de médecine de Montpellier, est la plus ancienne en activité du monde (l’école de médecine de Salerne ayant disparu au début du XIXe siècle par décret du 29 novembre 1811).  Elle a précocement été animée par le courant médical méditerranéen et a bénéficié dès ses débuts d’un double apport : juif et hispano-mauresque d’une part et italo-salernitain d’autre part. Son indépendance scientifique a été une conséquence des remous politiques qui ont agité les premiers siècles de son histoire. Sa relative tolérance et son souci d’objectivité caractériseront longtemps l’école de Montpellier qui  s’opposera par là à la Faculté de Paris, plus intransigeante, plus étroitement portée aux attitudes conservatrices et plus rigoureusement attachée aux dogmes théologico-philosophiques. L’enseignement médical est beaucoup plus ancien à Montpellier qu’à Paris, puisqu’au XIIème siècle Paris n’était guère connu que pour sa Faculté de Théologie. 

Le Montpellier du Moyen Age a instruit ou accueilli de nombreux médecins parmi les plus grands. Son école s’honore de compter parmi ses élèves Gabriel et François Miron, médecins de Charles VIII, Nostradamus (1530), Laurent Joubert (1558) et trois anatomistes réputés : Sylvius (1530), Platter (1555), Bauhin (1580). Plus tard Théophraste Renaudot, Pecquet, Vieussens, Sydenham, Boissier de Sauvages et de nombreux autres tel Guillaume Rondelet qui se lie d’amitié avec François Rabelais qui obtint à Montpellier son titre de docteur en médecine en 1537.

 

Les infirmières, une origine apparentée à celle des ordres religieux

Seules les femmes consacrées peuvent avoir une fonction sociale, celle d’aider les pauvres. Petit à petit, avec le développement des communautés religieuses féminines, mais aussi, la naissance des grands ordres hospitaliers militaires, les femmes consacrées vont pouvoir avoir quelques activités soignantes dans les Maisons-Dieu ou Hôtels-Dieu, et s’occuper de l’instruction des filles. Les ordres hospitaliers les plus connus sont:

– les Antonins (1095),
– l’ordre du Saint-Esprit (1178),
– l’ordre des Porte-Croix (1160),
– l’ordre de Saint-Lazare (1187),
– et l’ordre des Chevaliers Teutoniques (1197).
Un des plus actifs fut celui de Saint-Jean de Jérusalem (1100) transféré à Saint-Jean d’Acre puis replié à Rhodes.

Les soignantes sont donc des religieuses (dont le corps n’a pas été souillé par la péché de chair et donc vierges et consacrées). Elles  peuvent être aidées par des repenties (souvent des prostituées) et des veuves dont la foi est mise à l’épreuve. Ces soignants dispensent des soins de confort basés sur le dévouement.

La fonction soignante est organisée dans la société avec l’apparition des grandes épidémies. Le mot « enfermier » est apparu  en 1398, dérivé du terme « enfermerie ». « Enfermière ou infirmière apparaît dans les statuts des maisons féminines des ordres nés des croisades, pour désigner la moniale chargée de soigner ses consoeurs malades. L’appellation est devenue courante dès la fin du XVème et le début du  XVIème siècle pour désigner la sœur infirmière, le moine infirmier » (3)

On retrouve aussi dans le mot « infirmier », le terme « infirme » (du latin , infirmus) qui désigne quelqu’un de faible, sans force, atteint d’infirmité, impotent, invalide; l’infirmier devient celui qui s’occupe des infirmes.

Les infirmières  s’occupent des besoins matériels des malades. Elles les nourrissent, les lavent, leur donnent des thérapeutiques, changent leurs draps, ansent leurs plaies et veillent à la propreté. Elles connaissent une foule de remèdes.

Hildegarde de Bingen

Parmi ces femmes, une figure s’impose: celle d’Hildegarde de Bingen (1098-1178) qui a sûrement agi comme médecin dans les monastères et dans ses voyages. Elle pulie deux traités de médecine ou de sciences naturelles dans lesquels elle décrit une grande quantité de maladies physiques et psychologiques, et propose des médicaments pour soulager ou guérir (ses livres énumèrent pas moins de 213 variétés de plantes et 55 arbres et plus d’une douzaine de dérivés minéraux et animaux.

 

Hospices et soins infirmiers

Les premiers hospices sont issus des monastères et la façon dont les moines et les moniales s’occupent des malades va servir de modèle aux laïcs. Les monastères disposent d’une infirmerie où les malades reçoivent les traitements, mais également d’une pharmacie et d’un jardin de plantes médicinales.

La volonté de créer des hôpitaux vient souvent des ecclésiastiques. On voit naître des communautés religieuses de femmes vouées aux soins des malades. Les plus connues sont les Augustines de l’Hôtel-Dieu de Paris, fondées au VIIème siècle et réformées au XIIIème siècle; celles-ci restent le modèle des congrégations hospitalières.

Un grand nombre des hôpitaux encore existants sont fondés au Moyen-Age: Hôtel-Dieu de Lyon, Hôtel-Dieu de Paris, Hôpital d’York, Hôpital Saint -Thomas de Londres, … Par exemple, l’Hôtel-Dieu  de Paris, près de Notre-Dame, accueille les pauvres, malades ou non dès 651; il est ouvert aux malades en 829 et restera à la charge entière du clergé jusqu’en 1505.

Le temps passant, les bienfaiteurs laïcs fondent aussi des hôpitaux. La plupart de ces établissements sont contrôlés par les autorités religieuses ou les princes. Le personnel est religieux dans la majorité des cas; ce sont des moines et des moniales dont la collaboration et la cohabitation sont très réglementées.

Si la médecine est enseignée à l’Université, il n’y a pas d’école pour les Sciences Infirmières. La formation se fait en pratiquant en suivant les plus anciens. D’ailleurs, il n’existe pas de fonction soin au sens où nous l’entendons aujourd’hui. Les malades étaient regroupés dans des lieux fermés tels les léproseries qui ont une fonction d’hébergement et d’isolement.

 

Pour conclure cette approche des soignants au Moyen-âge, deux profils se dégagent:

  • celui de ceux qui prennent soin afin de préserver la vie, rôle généralement dévolu aux femmes
  • celui de ceux qui donnent des soins pour lutter contre le mal avec la notion de traitement.

Le premier est en lien avec la fonction soignante élaborée autour du rôle maternel, évolue au Moyen -âge vers des valeurs propres aux religieuses qui endossent ce rôle, telles la disponibilité (les religieuses n’ayant pas la charge d’une famille) et l’abnégation, valeurs inscrites dans la tradition de charité et de bénévolat. Ce qui ne sera pas sans conséquences pour la profession d’infirmière.

 

Bibliographie

(1)  COLLIERE Marie-Françoise, Promouvoir la vie, InterEditions, 1982, page 50/389

(2) Ibid p 52

(3) Trésor de la langue française. Dictionnaire de la langue des XIXème et XXème siècles, 1789-1983, tome 10, Paris, CNRS, ouvrage cité par DUBOYS-FRESNEY Catherine, Le métier d’infirmière en France, PUF, Collection Que sais-je, 1996, page 9/127

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