Les pratiques soignantes dans l’antiquité

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Dans la première partie consacrée aux pratiques de soins dans l’antiquité, nous avons traité celles de l’Egypte ancienne évoqués dans plusieurs manuscrits sur cuir ou sur papyrus, sur des peintures et par l’intermédiaire d’objets. La référence de la médecine égyptienne repose sur le mythe d’Osiris, assassiné par son frère Seth et dispersé dans le Nil en trente-six morceaux dont la sœur et épouse d’Osiris, Isis, retrouva trente-cinq morceaux qu’elle réunit et ramena à la vie. Seul manquait le phallus de son époux, morceau dévoré par un poisson. Isis put néanmoins être fécondée par Osiris ayant pris la forma d’un faucon et donner ainsi naissance à Horus. Outre les divinités que nous venons de citer bien d’autres sont invoquées par les égyptiens pour la santé. Le pharaon partage avec elles le pouvoir de guérir. Imhotep, que nous avons cité en première partie, symbolise la fusion de la médecine mythologique et praticienne. De nombreux temples lui ont été consacrés ce qui atteste de son influence sur la société égyptienne jusqu’à la conquête du pays par Alexandre le Grand (322 av JC), et explique son identification par les grecs à Asclépios qui devient Esculape pour les Romains. Les offrandes à ce dieu sont indispensables pour obtenir une guérison. Cependant, à force de voir des malades les prêtres médecins et les laïcs ont appris à reconnaître les maladies et les soigner.

 

2ème partie : la médecine dans l’antiquité grecque

Tout comme pour l’Egypte ancienne, la littérature évoque les soins dans l’Antiquité grecque et romaine à travers la pratique de la médecine. En effet, les médecins antiques jouissaient d’un statut particulier, malgré un lien toujours très fort avec la théurgie. La médecine grecque est censée remonter à l’époque d’Homère dont l’Odyssée mentionne les médecins de profession, « artisans qui rendent service à tous ». Les soins de cette époque reposent sur les pratiques magiques ou religieuses avec bain de purification et sacrifice, ou encore cathartiques, et de surcroît payants. L’enseignement de la médecine n’est pas formalisé. Il existe toutefois des centres d’apprentissage, comme les écoles de Cos ou de Cnide, les Asclépiades. Le plus célèbre médecin est bien sûr Hippocrate (Vème siècle avant JC), issu d’une famille de médecins et ayant fréquenté les Asclépiades. L’enseignement se structure après la fondation de la bibliothèque d’Alexandrie et de son musée, soit vers 285 avant JC. S’y est ouvert un centre de recherches, équivalent de nos universités, où se sont formés des médecins célèbres comme Hérophile, Erasistrate, Dioscoride… Beaucoup d’entre sont des précurseurs. Citons Galien dont les travaux sont à la base de la médecine arabe pendant que l’Occident chrétien perd en grande partie les savoirs antiques.

Les grands noms de la médecine grecque

La médecine pré-hippocratique
Le pythagoricien Alcméon ouvre la première école de médecine grecque à Cnide en 700 av JC où la pratique de l’observation trouve son origine. découvre les nerfs grâce à la dissection sur des animaux. Il développe les connaissances anatomiques des organes des sens : nerf optique, canal auditif, tympan et découvre l’existence des trompes d’Eustache. Il attribue au cerveau le rôle de siège de la pensée.

La médecine hippocratique
Hippocrate symbolise l’émancipation de la médecine. Pourtant, les médecins grecs continuent à se considérer comme les descendants d’Asclépios et quand l’ordre des médecins s’ouvre par la suite aux étrangers, il leur faut prêter serment en citant Apollon, Asclépios, Hygie et Panacée.
Il existe de nombreux médecins privés, mais Athènes dispose d’un service de santé géré par l’état. Les futurs médecins se présentent devant l’Ecclesia. Et les pratiques comportent des interventions assez élaborées (blessés pansés avec des baumes, soins dentaires avec amalgames de plomb ou d’or, bains d’yeux…).


Hippocrate, considéré comme le « père de la médecine », (né en 460 avant JC-377 avant JC) établit son école Cos et enseigne la médecine moyennant salaire. Selon lui, l’origine des maladies n’est pas dans le divin, mais réside dans des changements d’air et de saison ; Les maladies sont provoquées par un déséquilibre entre les quatre humeurs (sang, phlegme ou pituite, bile jaune et bile noire). Le rôle du médecin est de rétablir l’équilibre en faisant jouer les éléments contraires, d’où la pratique de l’allopathie. Ses deux fils, Thessalos et Dracon sont ses disciples.
Son œuvre, la collection hippocratique comprend une soixantaine d’ouvrages, correspondant au savoir de l’école médicale dont Hippocrate n’est l’auteur unique. Ses connaissances sont l’observation et la dissection des animaux et par conséquent les connaissances chirurgicales sont limitées.
Il définit l’objet de la médecine avec la célèbre maxime, « Primum non nocere », une des bases de l’éthique médicale encore de nos jours. La médecine reste toutefois un métier qui a ses limites et selon la médecine hippocratique, il faut savoir ne pas intervenir quand toute action est vaine ou nuisible. Nous devons également au père de la médecine, le triangle hippocratique (maladie, malade, médecin) où la relation thérapeutique est une stratégie d’alliance dans le combat contre la maladie mené par le malade avec l’aide du médecin. Un autre aspect de la médecine hippocratique est le professionnalisme avec rigueur, honnêteté, calme, compréhension et sérieux, ainsi que le rôle important de l’observation via les cinq sens, de l’interrogatoire du patient et de son entourage pour déterminer les changements au regard de l’état antérieur. L’examen clinique est assez proche de ce qu’il est aujourd’hui. L’analyse des données recueillies s’intéresse au diagnostic mais plus encore au pronostic.
De plus, Hippocrate a donné son nom à des termes encore utilisé de nos jours : faciès hippocratique (changement dans le visage à l’approche de la mort ou pendant une longue maladie), hippocratisme digital (déformation des parties molles de l’extrémité des doigts ou des orteils, signe important dans la BPCO, le cancer du poumon, les cardiopathies cyanogènes …), réduction d’Hippocrate (réduction d’une luxation de l’épaule par traction sur le membre supérieur accompagnée d’une contre-traction dans l’aisselle)…
Ainsi, la médecine hippocratique se situe plus dans le cadre général des médecines naturelles plutôt que dans le cadre de la médecine académique moderne surtout fondée sur l’anatomie, la clinique et la biologie. Son enseignement repose sur une véritable déontologie médicale exprimée notamment dans le fameux Serment d’HIppocrate.

Evolution de la médecine après Hippocrate

Aristote (384 av JC-322 av JC) reste l’un des penseurs les plus influents, l’un des rares à avoir abordé presque tous les domaines de connaissances de son temps. La nature (physis) tient une place importante dans sa philosophie. Membre de l’Académie de Platon et son ami, il devient le précepteur d’Alexandre le Grand jusqu’aux quinze ans de ce dernier. Il fonde le Lycée, sa troisième école (après celles d’Assos et de Mytilène). Aristote distingue cinq vertus intellectuelles : technè (art ou technique), épistèmè (science des vérités éternelles), phronésis (prudence), sophia (sagesse) et noûs (intelligence). La médecine, selon lui, relève à la fois de l’épistèmè par l’étude de la santé humaine et de la technè par le soin (la première peut être apprise à l’école, la seconde vient de la pratique). Elle est une science productive (ou poïétique) mais qui s’appuie aussi sur la biologie, la botanique (sciences spéculative sou contemplatives), l’éthique (science pratique). Selon Aristote, la science utilise la démonstration comme instrument de recherche.

La médecine se perfectionne avec Hérophile de Chalcédoine, disciple de Praxagoras et d’Erasistrate de Céos, avec l’émergence de l’école empirique qui se contente de décrire les maladies.

Hérophile (vers 330-320 av JC – 260-250 av JC) est l’un des premiers avec Erasistrate à s’intéresser au fonctionnement du corps sain, contrairement à Hippocrate axé sur la maladie. Il aurait rédigé neuf traités d’anatomie qui n’ont pas survécu à l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie. Ses ouvrages perdus portaient sur l’anatomie, le pouls, la thérapeutique, le régime et l’obstétrique et sont cités par Galien. Hérophile établit l’anatomie de l’œil et du foie et met en évidence l’importance des pulsations cardiaques pour le diagnostic. Après sa mort, les recherches anatomiques cessent progressivement pour ne reprendre que vers 1350 avec Mondino de Liuzzi et la dissection de cadavres.

Erasistrate (vers 310-250 av JC) étudie auprès de Théophraste, successeur d’Aristote. Fondateur avec Hérophile de l’école d’Alexandrie, il s’oppose à la médecine hippocratique, à la saignée, à la théorie des humeurs, et avec la distinction entre nerfs moteurs et nerfs sensitifs, l’observation des circonvolutions du cerveau, et la description exacte du cœur. Ses connaissances en ophtalmologie et ses travaux en font un précurseur de la neurophysiologie et de la neurologie, ainsi que le fondateur de la physiologie expérimentale.

Detail of a Woodcut depicting ancient herbalists and scholars of medicinal lore « Herophilus and Erasistratus »

Galien (131 – ) suit se études médicales à Smyrne, Corinthe et Alexandrie, Il exerce plusieurs années auprès de gladiateurs ce qui lui confère une expérience pratique des traumatismes profonds. Sa thèse sur la circulation sanguine, bien qu’erronée, fait longtemps autorité. Nous reparlerons de lui lorsque nous aborderons les pratiques soignantes chez les Romains.

Quels soignants pour quels soins dans la Grèce antique ?

Contrairement aux égyptiens, la Grèce connaît surtout le médecin généraliste. Il existe peu de spécialités hormis la chirurgie, la gynécologie (comme en témoignent des traités des écoles de Cnide et de Cos). Il existe aussi des ophtalmologistes et des dentistes.
La formation des médecins se fait la plupart du temps par apprentissage. Les disciples apprennent auprès de leurs maîtres l’art du diagnostic et du pronostic, ainsi que les actes médicaux de l’époque : saignées, lavements par clystères, pose de ventouses, et quelques actes chirurgicaux comme la trépanation. Toutefois, le titre de médecin ne fait l’objet d’aucun contrôle, même si à Athènes, l’Ecclésia examine les titres des candidats pour sélectionner les plus capables. Il suffit selon Gorgias « d’être beau parleur » plus que compétent ! Le médecin recruté a ensuite à sa disposition un local pour ses consultations et les médicaments prescrits sont remboursés par l’Etat grâce à un impôt spécial. L’objectif est surtout pour l’Etat de disposer de médecins « compétent » à une époque où l’état sanitaire est précaire.
Le pharmacien tient une place importante et prépare les remèdes, prescrits par les médecins ou vendus directement, à partir d’épices et de plantes.

Des femmes médecins furent reconnues par leurs pairs. Elles restent néanmoins souvent confinées aux tâches de l’enfantement. La plus ancienne sage-femme mentionnée chez les Grecs est Agnodicé née au VIe siècle avant J.-C., à Athènes où la loi a longtemps interdit aux femmes et aux esclaves d’étudier la médecine. Elle se serait déguisée en homme pour assister aux leçons du médecin Hiérophile, et se consacrer essentiellement à l’étude de l’obstétrique et à la gynécologie. Il y a donc à l’époque des sages-femmes simples accoucheuses, et d’autres véritables obstétriciennes connaissant toutes les formes de thérapies (diète, drogues, chirurgie, hygiène) et attentives aux grandes théories médicales et aux cas individuels.

Agnodicê, la première gynécologue

Enfin, les pédotribes se chargent de l’enseignement sportif au sein du gymnase Après un apprentissage sur le tas le plus souvent. Ils sont à la fois diététiciens, masseurs-kinésithérapeutes.
Il n’est à l’époque pas question de soins infirmiers, ceux-ci ne se distinguant pas de la médecine.

A suivre, 3ème partie les pratiques soignantes chez les Romains

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